‹ Etudes de pathologie nerveuseChapitre 5 sur 201 · P À T I I 0 1, 0 G I E NERVEUSE · texte numérisé non relu

P À T I I 0 1, 0 G I E NERVEUSE

contenant cette idée, que les propriétés acquises par les individus d’une espèce — sous l’influence de conditions modificatrices — sont d’autant plus héréditaires que plus de générations ont subi l’influence des mêmes conditions.

Sous l’action combinée des lois d’hérédité et d’adaptation, prennent naissance des formes nouvelles dont les perpétuelles métamorphoses sont normalement guidées par la grande loi de la sélection naturelle, suivant laquelle les individus les mieux adaptés aux conditions du milieu extérieur sont les plus aptes à se développer, à vivre et à se reproduire.

Mais en outre, lindividu peut être soumis pendant sa vie à des conditions d’existence anormales, ou être atteint de processus morbides qui produiront chez lui des modifications transitoires ou définitives. Celles-ci n’entachent souvent qu’une minime partie de son organisme ; mais si elles sont d’ordre à avoir une répercussion sur ses organes générateurs, elles détermineront, chez le descendant, des modifications de développement bien plus profondes, définitives et différentes de celles acquises par l’ascendant. Les modifications de l’espèce, de cet ordre, échappent aux lois de l’hérédité progressive comme à celles de l'hérédité conservatrice ; ce sont les faits d'hérédité morbide, qu il ne faut pas confondre avec les maladies héréditaires. Ils sont fréquents en pathologie nerveuse ; comme exemples : l’épilepsie chez les descendants d’alcooliques, les syndromes de Little d’origine congénitale, etc... et enfin nombre de faits rentrant dans le vaste cadre de la prédisposition aux affections nerveuses, lorsque cette prédisposition est due à une cause morbide accidentelle entachant les parents lors de la procréation. Ces troubles nerveux des descendants ne rappellent souvent en rien les accidents présentés par les ascendants , ce sont des faits dé hérédité hétéromorphe, de sorte que Ion a pu dire, a\ec raison, que le caractère le plus apparent de 1 hérédité morbide est la dissemblance, contrairement à l’hérédité normale dont le caractère fondamental est la ressemblance.

Tenant le milieu entre l’hérédité physiologique et I hérédité moibide, apparaissent les maladies familiales, qui prennent à 1 hérédité physiologique son caractère essentiel, la ressemblance. L’acquisition de certaines propriétés, même anormales et sans relation naturelle avec les modifications du milieu extérieur, par plusieurs générations successives subissant des influences analogues ou convergentes, peuten effet, à un moment donné, avoir comme consé quence la création d’un type nouveau intégralement transmissible. Mais cette transformation, au lieu d’être physiologique, crée un type anormal, qui, loin de constituer une adaptation à de nouvelles conditions d existence, relève de la dégénérescence ou de la monstruosité.

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Dès lors, nous verrons réunies, dans la création et la transmission des affections familiales, au cours des générations, les lois de l’hérédité conservatrice et celles de l’hérédité progressive.

Le mode de tiansmission le plus naturel et le plus fréquent est le mode diiect pai hei édité ininterrompue, le plus souvent unilatérale, exceptionnellement hilatei ale. Cei laines alïections ont paru, du moins jusqu ici, ne se transmettre que suivant cette rigoureuse continuité ; la chorée d’Huntington, la paraplégie spasmodique familiale. De la sorte, lorsqu’un membre d’une famille morbide reste indemne, sa descendance paraît être désormais à l’abri de l’affection. Par ailleurs, aussi fréquents sont les faits d 'hérédité intermittente ou al tei nante, selon laquelle les descendants prennent les caractères morbides d’une génération plus ou moins lointaine.

D autre part, la maladie d’un ascendant, transmise selon le mode ininterrompu ou discontinu a plusieurs membres d’une seconde génération, peut, dans les générations suivantes, n’atteindre que les neveux ou cousins de ces individus : c’est Yhérédité collatérale. Pour certaines affections, elle existe meme d’une façon exclusive.

D ailleurs, les cas dans lesquels les frères et soeurs d’une même famille présentent la même affection familiale, sans qu’on en trouve la trace chez les ascendants, et ceux qui concernent l ’oncle et le neveu, sans qu’aucun aïeul ne fût atteint, sont également des faits d 'hérédité collatérale. Le terme d’hérédité, pris dans une large acception, rappelle ainsi que l’origine de la maladie doit êtie recherchée dans la constitution vicieuse d’un germe fourni par l’un des ascendants. L’ hérédité collatérale n’est, en réalité, qu’une hérédité directe, puisqu'on biologie il n’y a vraiment que des hérédités directes, mais avec la possibilité pour celles-ci de rester latentes dans une ou plusieurs générations intermédiaires.

Les modes d’hérédité interrompue sont donc soumis à cette grande loi d’héicditr latente qu’ont lumineusement expliquée les expériences de Mendel. Sa puissance peut ne pas s’amortir avant qu’une immense série de générations ne se soit écoulée : et c’est à celle même loi que sont rattachés tous les phénomènes connus sous le nom d 'atavisme.

Letlc latence de l’hérédité des caractères anormaux suggère deux questions subséquentes : pourquoi la maladie ne frappe-t-elle pas, sans exception, tous es membres de la génération immédiatement suivante, et pourquoi atteint- 6 6 CS descendants de tels de ces membres qui avaient été épargnés ? L’étude que nous ferons plus loin des causalités multiples qui interviennent dans le ÜVM°PPement d<3S afrcclions familiales, tentera de répondre à ces questions. die 3,8 l1 faUt tcrur compte, tout d’abord, de la soumission de certaines malau simplement de certains faits familiaux aux lois d’hérédité sexuelle nor-

male. La physiologie de l’hérédité nous apprend qu'à côté des caractères sexuels primordiaux, il existe des caractères secondaires, transmis de pair avec les premiers, soit d’une façon directe, par le générateur du même sexe, soit, plus rarement, d’une façon indirecte, par le générateur de l’autre sexe, qui, ne possédant pas lui-même ces attributs, les tient de son ascendant d’une façon latente.

Or, parmi ces caractères sexuels secondaires, peuvent prendre place des anomalies se conduisant à leur égal. La pathologie de l’hérédité abonde en faits de cet ordre, dans lesquels une prédisposition morbide atteint exclusivement les garçons ou les filles d’une même famille. Certaines des maladies familiales, comme la maladie deïhomsen, leptosis congénital, qui ne touchent que les individus mâles, obéissent d’une façon régulière à ces lois. D’autres s’y soumettent d’une façon irrégulière et différemment suivant les familles considérées, atteignant uniquement soit les garçons, soit les filles, au cours

d’une série de générations.

La transmission de ces caractères anormaux aux individus d’un seul sexe se fait, soit directement par des générateurs du même sexe, soit indirectement par des générateurs de sexe différent, et naturellement, dans ce cas, suivant le mode alternant et collatéral. L’exemple le plus remarquable et le plus souvent cité de cette hérédité collatérale exclusive homosexuelle par conducteurs

exclusivement hétérosexuels est l’hémophilie. En pathologie nerveuse, on trouve la démonstration également évidente de cette hérédité matriarcale , suivant l’expression d’Apert, dans l’atrophie papillaire familiale, où les hommes sont seuls atteints, et où les femmes, quoique toujours indemnes, sont seules à

transmettre la maladie.

Toutes les lois précédentes qui, normalement, régissent la transmission des caractères légués, sont, suivant Darwin et llaeckel, les lois de Y hérédité conservatrice. Or, l’évolution générale des maladies familiales est encore soumise à un certain nombre des lois de l'hérédité physiologique progressive

ou hérédité des caractères acquis.

Mais, tout d’abord, quelles sont les modifications organiques acquises qui peuvent se transmettre par voie d’hérédité ? En pathologie nerveuse, il est, en vérité, exceptionnel que des altérations acquises par l’ascendant durant sa vie se reproduisent, chez le descendant, sous la même forme. 11 existe bien des faits d’épilepsie chez les descendants d’alcooliques à manifestations convulsives; il existe bien des cas de tabes juvénile héréditaire chez les descendante de tabétiques (et encore ne s'agit-il, peut-être, dans ce deinici cas, que c e méningomyélites postérieures d’origine syphilitique). Mais, dans ces aits, même intoxication ou la même infection a frappé en meme temps, et 1 ascen dant au cours de sa vie, et le descendant, soit dans le germe qui 1 a ciéé, soit

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dans sa période embryonnaire ou fœlale. Il ne s’agit donc pas de la transmission d un caractère ; ce ne sont pas des cas d’affections familiales.

En lealite, il n y a gueie que 1 expérience bien connue de Brown-Séquard

épilepsie expérimentale obtenue chez le cobaye par hémisection de la moelle ou section du sympathique et se reproduisant spontanément chez ses descendants — qui puisse démontrer, du moins d’une façon théorique, la possibilité de la transmission à la descendance d un phénomène nerveux morbide acquis durant la vie.

Et l’on doit admettre, d’une façon générale, qu’il n’existe de transmissible au descendant, sous une forme similaire, que les modifications subies par l’ascendant durant sa vie embryonnaire, ou, tout au moins, sa vie fœtale. Encore faudra-t-il que ces propriétés acquises se soient fixées à l’état de caractères assez spécifiques pour qu’elles obéissent aux deux grandes lois d hérédité progressive : loi d hérédité homochronique et loi d'hérédité hornotopique, exprimant que les variations acquises par un organisme au cours de sa vie embryonnaire ou extra-utérine, et transmises héréditairement à sa postérité, apparaîtront, chez les descendants, au même âge que chez l’ascendant, et dans la région même où elles siégeaient chez ce dernier.

La loi d'hérédité hornotopique , ou loi d’hérédité dans les régions correspondantes du corps, n’est, pour ainsi dire, jamais en défaut dans les maladies familiales du système nerveux; toutefois elle doit être comprise d’une façon assez large et 1 on doit entendre par là que les affections frappent toujours, dans une même famille, le même système anatomo-fonctionnel. Sous l’influence des conditions secondaires que nous aurons à signaler, elles peuvent d’ailleurs atteindre ce système en des points différents. Nous verrons, par exemple, quela maladie de Friedreich et l’hérédo-ataxie cérébelleuse sont quelquefois transmises l’une et l’autre aux descendants d'une même génération par un générateur atteint de l’une ou de l’autre de ces affections ou d’un type intermédiaire; en réalité, le caractère morbide transmis est la dystrophie cerébello-spinale familiale.

maladies nerveuses familiales obéissent encore, en général, à la loi d hérédité homochronique , ou loi d’hérédité aux âges correspondants. Elles y r°n ’ néanrn°ins, plus d’exceptions qu’à la précédente, soit qu’une dégéné-

morrT llUllVe de la race rende plus précoce l’apparition des phénomènes mor ne es, soit que des conditions modificatrices nouvelles et convergentes

lé'mé T,'1’,'13"8 ^ dernière génération> l’intensité et la précocité du caractère seconds ' * -.eSt qUC’ malgré la Srandc complexité des causalités en narU-T ' eX1Sle’ leUlS e<rets’ un certain déterminisme ; on remarque, l’homnrR11 un Parallélisme manifeste entre les dérogations à la loi de morue et a celle de l’homotopie : pour prendre le même exemple

que précédemment, clans une famille de dystrophiques cérébello-spinaux, les spinaux, type Friedreich, sont toujours touchés d’une façon plus précoce que les cérébelleux, type Marie.

Nous voyons, de la sorte, que si les phénomènes d’hérédité morbide empruntent leurs fondements aux grandes lois de l’hérédité physiologique, ils sont loin de leur obéir avec constance et avec rigueur. C’est que, parmi les caractères morbides acquis, considérés selon leur puissance héréditaire, il existe une échelle infinie de degrés. Les uns ne sont transmis qu’à la génération suivante et avortent dans leur évolution phylogénique; les autres prennent rang de caractères spécifiques ; et pour chacun d’eux, cette puissance de

transmission varie considérablement suivant les cas.

Dans cette combinaison perpétuelle des forces de 1 hérédité conservatrice et de l’hérédité progressive concourant à déterminer des formes nouvelles

des organismes, interviennent constamment deux grands facteurs antagonistes symbolisés par les expressions de loi de l’hérédité fixée et de loi de l hérédité

mêlée ou bilatérale.

La loi de l’hérédité fixée ou constituée exprime que les propriétés acquises sont d’autant plus sûrement transmissibles à travers la série successive des générations, que ces générations elles-mêmes ont plus longtemps subi

l’influence des mêmes causes modificatrices.

La loi d'hérédité mêlée ou bilatérale n’est que l’expression de ce fait banal que tout organisme engendré par génération sexuée, peut recevoir, de chacun de ses générateurs, des caractères particuliers. Mais il faut ajouter que, tandis que certains caractères de race s’associent chez le descendant poui contribuei une hybridité ou un métissage, il en est d’autres qui ne se transmettent jamais que dans leur intégrité. Presque toujours ils n atteignent qu une paitie seulement des membres d’une môme génération, et même ils sautent que quefois une génération avant de reparaître ; mais toujours ils se îepioduis dans leur forme intégrale et ne se manifestent jamais selon des t>Pe intermédiaires. Les expériences de Mendel 1 ont démontré et légiféré ces faits ;

et l’on sait avec quelle remarquableprécision, vraimen tmathematique, au cours des générations des races qu’il a lait naîlie expérimentalement, rapport des propriétés originelles des premiers générateuis. C est justemen qu’on a donné le nom de caractères mendéliens aux caraclèies qui sont soumis aux règles de transmission édictées par Mendel : quand on cioise deux Aan t de même espèce, différentes entre elles par des caractèics qui s opposent, e. hybrides de première génération présentent tous celui des catactèies qu est dominant; mais le caractère dominé n’a pas dispaiu, il itsh latent

Voir Apcrt, loco citalo.

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reparaît, dans son intégrité, chez certains des descendants des générations suivantes.

Or, Cuénol a établi, suivant la meme méthode expérimentale, que les lois de 1 hérédité mendélienne peuvent egalement s’appliquer à certains caractères pathologiques familiaux des races animales. Et en examinantle mode de transmission des maladies familiales chez l’homme, nous retrouvons la trace évidente de ces lois, qui seules eclairent certaines particularités de leur évolution et de leur transmission héréditaire. Il est assez remarquable, en effet, que ceux des descendants, qui sont atteints des caractères morbides d’un ascendant, les présentent, en règle générale, dans leur totalité et dans leur intégrité; autrement dit, les membres d’une même famille tarée, ou sont réellement indemnes, ou sont nettement et complètement atteints. De même, si apiès s etre éteinte au cours de plusieurs générations, la maladie reparaît inopinément, c est encore avec 1 intégrité de ses caractères ; et ceci explique aussi pourquoi les cas aberrants, les cas initiaux, se présentent d’emblée avec une intensité de manifestations égalant celle des cas qui terminent une longue lignée. D ailleurs, ces particularités propres aux maladies familiales les

distinguent encore des tempéraments et des diathèses familiales, dans la transmission héréditaire desquels, le passage d’un type à un autre, d’intensité et d’aspect différents du précédent, et d’autre part la substitution ou l’hybridité sont au contraire des faits extrêmement fréquents.

Pour quelles puissent se soumettre complètement aux lois de l'hérédité mendélienne, il faudrait que les affections familiales, définitivement fixées, devinssent de véritables caractères de races. Mais il n’en est jamais ainsi. Tout au plus, certaines affections, comme la chorée chronique héréditaire,

1 hérédo-ataxie cérébelleuse, où les symptômes ne se manifestent qu’à un âge relativement avancé de la vie, se rapprochent quelquefois de celte fixité en atteignant successivement jusqu’à cinq et six générations connues. Un facteur souvent invoqué comme cause de la persistance héréditaire des diverses particularités morbides est la consanguinité; en réalité, on l'observe beaucoup moins souvent dans l’étiologie des maladies nerveuses familiales, que dans celle des malformations familiales. On peut cependant retrouver l’influence de celte consanguinité dans certaines affections, qui, comme l 'idiotie amaurotique familiale, atteignent presque uniquement une même race, et dont les cas aberrants réalisent sans doute un retour à une variété atavique, déterminé par un croisement favorable.

Valides mal adaptées aux conditions de la vie, les maladies familiales

ont donc une tendance générale à s’éteindre, sous l'influence des lois de la sélection naturelle. Certaines de ces lois sont bien connues et ont été depuis longtemps mises en relief par Darwin.

Rappelons tout d’abord ces deux notions convergentes : d’une part, dans le croisement de deux individus, dont l'un représente une forme modifiée de l'espèce et l’autre le type normal, la tendance des produits sera de se conformer au type normal, lorsque la forme modifiée ne constitue pas une adaptation physiologique à des conditions nouvelles de vie ; d’autre part, dans le croisement de deux variétés de l’espèce, comportant l’une et l’autre, dans l’un de leurs caractères, une variation de la forme spécifique, de sens different, les produits ont encore tendance à revenir à la forme spécifique initiale. L’hérédité bilatérale suffirait donc à elle seule à provoquer l’extinction des affections familiales, puisque les modifications de l’organisme qu’elles représentent ne sont pas le fait d’une adaptation à de nouvelles conditions de l’existence.

Mais l’impossibilité de reproduction qui entache nombre d individus atteints d'affections familiales, du fait même de la maladie ou par suite de

conditions secondaires, est une cause plus puissante encore de 1 extinction naturelle de ces affections. Et par là, les maladies familiales se relient à la dégénérescence dont le principe stigmate est la stérilité. Elles font même partie du grand cadre de la dégénérescence, si l’on entend par dégénérescence la « tendance anormale à la variation de la descendance, qui, au lieu de retourner au type ancestral, et sans résulter d’un changement dans l’adaptation au milieu, devient, au contraire, de moins en moins capable de s’adapter et de réagir contre les influences du milieu, d’une manière propre à assurer l’évolution normale de l’espèce ».

Mais elles s’écartent de la dégénérescence, au sens où on l’entend généralement en pathologie humaine, d’une part, parce que le dégénéré ne donne pas naissance, d’ordinaire, à des êtres qui lui ressemblent, la dégénérescence étant la dissolution même de l’hérédité, d autre part, parce qu on ne tiomc, en vérité, que fort peu de stigmates généraux de dégénérescence associes au processus principal des maladies familiales, conlraiiemcnl à ce que observe chez les névropathes par simple prédisposition lieréditaiic, épileptiques, par exemple.

En somme, c’est justement parce que la dégénérescence n est pas accentuée dans les maladies familiales que les affections peuvent mettre héréditairement sous la même forme et pendant plusieurs générations. Avec l’accroissement de la dégénérescence survient 1 extinction de la vaiiele

anormale.

On voit que le caractère « familial » des affections délermin es par

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l’hérédité est fondé sur un ensemble de conditions élémentaires dont aucune n’apparaît comme absolue, ni comme suffisamment caractéristique à elle seule. Pour être telle, une maladie doit donc réunir au moins plusieurs de ces conditions fondamentales, et elle sera d’autant plus familiale qu’elle obéira à un plus grand nombre de lois de l’hérédité progressive.

De la sorte, il est évident que dans l’échelle des malformations et des troubles organiques transmis héréditairement, il existe une série ininterrompue allant des modifications organiques les plus profondément constituées, jusqu’aux troubles les plus légers apportés dans le développement et qui ne sont, en réalité, que des états de faiblesse fonctionnelle. Si minimes qu’ils soient, on ne saurait dénier à ces états de faiblesse fonctionnelle le nom de familiaux s’ils présentent les caractères généraux d’hérédité que nous avons énumérés. Mais, en réalité, ces états de faiblesse, de prédisposition familiale, ne se manifesteront que sous l’influence d’une cause adjuvante qui les mettra en valeur, et, à la maladie qui en résultera, on ne saurait donner le nom de familiale.

D’ailleurs, en fait, de l’étude des névropathies héréditaires, se dégage cette règle importante et générale : une maladie esl d’aulant plus familiale , c’esl-àdire d' autant plus conforme aux lois d'hérédité progressive, cpie les modifications anormales de l' appareil nerveux, qui constituent son substratum, sont plus profondes et plus étendues.

Ne sont donc réellement familiales que les affections du système nerveux correspondant à de graves altérations anatomiques. Les névroses, les psychoses, tout en prenant parfois un certain cachet hérédo familial, n’offrent guère, d’une façon générale, cette similitude, cette liomochronie, cette progressivité inéluctable que l’on observe, par exemple, dans les dystrophies cérébello-médullaires ou dans l’idiotie amaurotique.

Pathogénie et physio-pathologie des maladies nerveuses

familiales

Dans la partie précédente de ce chapitre, partie étiologique, nous avons cherché à établir à quelles lois sont soumises les maladies familiales, dans leur évolution phylogénique. Il nous reste à envisager leur pathogénie générale, et nous étudierons successivement : 1° les causalités premières de la création de ces formes anormales du développement de l’organisme; 2° les conditions essentielles et originelles de leur transmission héréditaire ; 3° la

nature et le mécanisme physio-pathologique des altérations dystrophiques qui constituent leur substratum, tant au moment où elles se constituent qu’à l’époque où elles apparaissent.

L’hérédité ne crée rien ; elle se limite à la transmission aux descendants des caractères acquis ou spécifiques des ascendants ; il faut donc, tout d’abord, rechercher comment peuvent se fixer, chez un individu d’une première génération, des propriétés anormales présentant les caractères d’une maladie familiale.

Le premier ascendant qui transmet à une série de générations son affection familiale a toujours acquis cette affection par hérédité, car il n’y a que les propriétés héréditairement acquises qui puissent se transmettre d’une façon homologue. Mais, naturellement, cette hérédité est hétérologue : ce qui lui a été transmis, ce n’est point un caractère héréditaire spécifique, puisque ses générateurs étaient eux-mêmes indemnes de la maladie, mais une aptitude spéciale à l’éclosion d’une propriété morbide qui s’est développée chez lui sous l’influence de conditions diverses.

L’origine de cette prédisposition morbide est évidemment complexe, et il est impossible d’établir la part de l’hérédité morbide des générateurs eux-mêmes et celle des causes pathogènes acquises par ceux-ci pendant leur vie. Ce qui est certain, c’est que les causes morbides intervenant au moment de la génération, c’est-à-dire au moment où le plasma germinatif d’un générateur va s’associer à celui de l’autre générateur (influence de l’intoxication alcoolique, morphinique de l’un ou de l’autre générateur pendant la conception), ou pendant la période où les cellules germinatives se multiplient (influence des toxi-infections maternelles sur le développement du fœtus), auront une tendance toute particulière à modifier la structure du produit. De plus, si l’on accepte, dans ses grandes lignes, la théorie de Weissmann, on comprendra, qu’intervenant sur l’embryon au moment où son plasma germinatif, issu directement de celui de ses générateurs, se constitue et se différencie en cellules génératrices, les conditions pathogènes maternelles, transmises au fœtus par la voie placentaire, auront également tendance à modifier la structure de ces cellules, et, par suite, à influencer dès ce moment le développement futur du descendant du produit utérin, descendant de deuxieme génération. Les phénomènes présentés par ce dernier seront donc héréditaires, mais d’une hérédité qui pourra paraître discontinue, si l’embryon utérin a etc plus touché dans ses cellules germinalrices (plasma germinatif) que dans son organisme général (soma).

Ces hypothèses ont reçu, de part et d’autre, la confirmation clinique ou expérimentale. Charrin a mis en relief le rôle que jouent les substances solubles de tout ordre, organiques et inorganiques, exogènes ou endogènes,

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spécifiques ou non, dans le mécanisme des influences exercées par les maladies des générateurs sur le développement des rejetons. Plus particulièrement, il a montré la possibilité de la reproduction d’une lésion viscérale acquise pendant sa vie, par la mère, dans le viscère homologue du produit fœtal. L’existence de synergies, à la fois physiologiques et pathologiques, reliant les organes maternels et fœtaux est actuellement démontrée ; et certaines notions nouvelles permettent même de voir, d’une façon plus objective, dans l’influence des cytolysines et cytotoxines, ce lien mystérieux qui rattache entre eux les organes homologues de la mère et du rejeton. C’est ainsi que Charrin et Delamarre, injectant aux parents certaines cytotoxines, obtenues avec des extraits organiques, ont pu léser d’une manière élective tel ou tel organisme du fœtus.

On ne peut donc nier qu’en dernière analyse on trouve les intoxications et les infections comme cause initiale des dystrophies qui aboutissent aux maladies familiales ; mais la sélection qui s’opère dans les caractères morbides héréditaires au cours de leurs transmissions successives donne, à ceux qui persistent, comme des caractères anormaux de la race, un cachet de systématisation qui manque dans les autres.

Comment ce caractère héréditairement acquis par un premier ascendant peut-il se transmettre, selon les différents modes que nous avons étudiés, aux descendants des générations successives?

Nous touchons ici aux grands problèmes généraux de l’hérédité qui sont de savoir :

1" Comment des cellules génératrices sont influencées par des modifications anormales survenues dans les différents appareils de l’organisme;

2“ Quel est le mécanisme de la transmission au descendant des modifications spécifiques de la substance génératrice des ascendants, en rapport avec ces caractères.

Nous n’avons pas ici à aborder la discussion des nombreuses théories édifiées sur la nature et le mécanisme de transmission des éléments spécifiques des cellules génératrices, et qui, pour un grand nombre d'entre elles, sont plutôt des hypothèses métaphysiques que des théories biologiques. Qu’il nous suffise de savoir que, si certains naturalistes ont nié la transmission des caractères acquis, l’exislence du phénomène de l’hérédité morbide, homologue ou hétérologue, ne supporte aucun doute pour les pathologistes.

Si, pour l’hérédité physiologique, on accepte d’une façon générale la théorie de Weissmann ou de la continuité «du plasma primitif », les causes

de l’hérédité morbide doivent être recherchées non seulement, avec YVeissmann, dans la réapparition de certaines propriétés du plasma germinatif d’ascendants éloignés, mais encore avec Weigert, Martius, dans des variations accidentelles de ce plasma germinatif. Pour prendre les expressions de Weissmann, ce plasma primitif est, en effet, lui-même influencé par les variations du soma, le second réagissant sur le premier, par suite de la corrélation intime qui existe entre toutes les parties de l’organisme, et qui fait que des modifications suffisamment intenses et profondes des organes d’un individu, retentissent sur ses cellules génératrices.

Cette réaction de tout l’organisme sur les cellules génératrices se comprend facilement quand il s’agit de modifications banales, engendrées dans celles-ci par la toxicité des humeurs, mais il est évidemment plus difficile de se rendre compte de l'influence que peuvent avoir sur les cellules génératrices des troubles morbides survenus dans des organes ne paraissant plus avoir de relation physiologique avec l’appareil générateur.

Cette réaction des différentes parties de l’organisme se comprend néanmoins si l’on considère l’être vivant comme étant déterminé, centré en quelque sorte, par le plasma germinatif qui se trouve contenu dans ses cellules génératrices et qui se perpétue dans les descendants des générations successives. En effet, selon cette manière de voir, tous les éléments cellulaires, qui composent l’organisme et qui se sont différenciés au cours de l’ontogénie, en vue de fonctions différentes, ont gardé de leur origine première (plasma germinatif des générateurs) une partie des propriétés générales de la cellule germinatrice qui leur a donné naissance, propriétés latentes, qui peuvent néanmoins se mettre en rapport avec les propriétés homologues des cellules génératrices de cet organisme et en modifier les caractères spécifiques. On conçoit dès lors comment toute maladie, provoquant un ensemble de réactions dans une partie de l’organisme, peut avoir sa répercussion sur les éléments générateurs.

Mais on doit aussi se demander comment est constituée, d’une façon générale, la tare héréditaire que porte l’individu qui naît en puissance d une maladie familiale. Consisle-l-elle en une altération congénitale ou en une prédisposition morbide? Et, d’ailleurs, qu’est-ce que la prédisposition? comment faut-il la comprendre : malformation constitutive? trouble du métabolisme cellulaire?

Pour les maladies qui sont, non pas une propriété de l’organisme, mais un processus accidentel produit par la réaction de celui-ci vis-à-vis d’une cause morbide, la tare héréditaire n’intêrvicnt que comme une prédisposition,

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comme un risque à contracter ces maladies. Quelque importante que soit cette prédisposition héréditaire, la nature du processus est soumise à la cause déterminante.

Or, pour les maladies nerveuses familiales, on ne saurait invoquer de causes exogènes; la nature même de leurs altérations permet de les considérer comme le résultat d’un processus endogène, congénital. Ces dégénérescences systématiques révèlent, en effet, l’existence d’une dystrophie progressive, apparaissant comme l’effet direct et nécessaire d’un trouble du développement d’une partie de l’appareil nerveux, et systématisée suivant une déterminante familiale.

Un certain nombre d’aflections familiales du système nerveux ont pour substratum une véritable malformation congénitale, constituée dès la naissance sous sa forme définitive et résultant d’un développement anormal du système nerveux; ainsi certains ptosis familiaux relèvent de l’absence ou d’une anomalie de développement du muscle releveur de la paupière; et nombre de sujets atteints d’hérédo-ataxie cérébelleuse présentent une agénésie de leur système cérébelleux.

D’ailleurs, de telles malformations congénitales ne se manifestent souvent que tardivement, comme dans le dernier de ces exemples, et seulement lorsque le processus dystrophique qui s’y ajoute, et qui constitue la maladie familiale proprement dite, a pris un développement suffisant. Il est, en effet, à remarquer que malformations et maladies familiales s’associent fréquemment, et que, en réalité, il est souvent difficile de séparer ces deux termes, puisque l’agénésie congénitale peut se doubler d’un processus dystrophique qui ne fait qu accentuer son anomalie, parfois même sans y ajouter de lésions d’un type nouveau. Il faut cependant réserver la dénomination de maladies familiales aux processus dystrophiques héréditaires évoluant encore après la naissance.

Celte dyslrophie a été diversement considérée. Selon la théorie énergétique , le trouble initial, apporté par l’hérédité dans le développement des éléments, consiste non pas en des altérations structurales, mais en des modifications énergétiques des éléments cellulaires dont la fonction d’assimilation serait, de ce fait, altérée. La doctrine histo-physiologique place la déterminante spécifique de la maladie familiale dans un état anormal de certains systèmes bistologiques, état constitué dès la phase primordiale de leur développement pendant la période embryonnaire.

Ln vérité, ces doctrines ne sont pas fondamentalement opposées, et toutes deux expriment de façons différentes qu’il existe, pour certains systèmes anatonio-fonctionnels de l’appareil nerveux, une constitution anormale, hérédiaire, fl,Ji les prédispose à une transformation régressive, se manifestant cliniquement à telle ou telle époque de l’évolution de I organisme.

Enfin, un dernier problème se pose : celui de savoir quel est encore le mécanisme intime de cette transformation régressive, de cette dystrophie qui constitue le substratum des maladies nerveuses familiales? Nous connaissons le fait brutal : un des systèmes anatomo-fonctionnels de l’appareil nerveux ou de l’appareil de relation, est, à la naissance, ou normal en apparence, ou déjà manifestement taré. Il continue son développement et fonctionne normalement ou anormalement pendant une certaine période de la vie. Puis il déchoit progressivement, alors que les systèmes connexes et tout le reste de l’économie continuent leur fonctionnement régulier.

Or, il existe dans l’organisme des exemples physiologiques de l’involution précoce de certains organes, ceux-ci subissant à un âge donné une atrophie fonctionnelle et anatomique. Et l’idée peut venir à l’esprit de considérer la transformation régressive de tel système, qui fait le fondement de la maladie familiale, comme un phénomène d’involution prématurée, de vieillesse localisée, précoce et discordante.

Toutefois, cette façon de voir ne résiste pas à un examen plus approfondi. Et tant pour leurs manifestations cliniques que pour leurs lésions anatomiques, on ne peut prétendre que les maladies nerveuses familiales soient le fait d’une simple régression sénile, normale dans sa nature, mais se produisant avant l’âge sur certains systèmes constitutionnellement mal développés.

D’une part, en effet, il est très contestable que les cellules nerveuses subissent physiologiquement une involution régressive et fatale, du seul fait de la vieillesse de l’individu. « La cellule nerveuse, a dit Bizzozero, est une cellule perpétuelle »; et il y a de sérieux arguments pour soutenir cette opinion que l’atrophie des cellules nerveuses, que l’on observe chez certains vieillards, n’est point un phénomène d’involution physiologique, mais le résultat des multiples intoxications ayant frappé ces éléments au cours de 1 existence.

D’autre part, les altérations du système nerveux sénile sont elles-mêmes bien différentes des lésions des affections familiales. Beaucoup d entre elles sont déterminées par des altérations vasculaires, qui sont absentes dans ces dernières. L’atrophie cellulaire sénile n’atteint jamais, et sur aucun système, à ce degré de disparition progressive et parfois totale de certains groupes

se trouve bien plus rarement, et en quantité moindre, lorsqu il existe, dans les cellules cependant plus atrophiées des systèmes atteints d’allections familiales. Et en dehors des scléroses « péri » et « paravasculaires » du système

LES MALADIES FAMILIALES D U SYSTÈME NERVEUX

nerveux sénile, la névroglie n’y atteint jamais ce degré de prolifération qui se rencontre dans nombre d’affections familiales de l’axe cérébro-spinal ; bien au contraire, les cellules névrogliques des vieillards ont paru à certains auteurs (Brunacci et Cerletti) etre plutôt a 1 état de repos, à l’état régressif, qu’à l’état de prolifération

S il ne peut ctre idenliiié avec la sénilité nerveuse, le mécanisme de cette disparition, isolée, prématurée d un système anatomo-fonctionnel reste assez obscur.

Existe-t-il dans chaque cellule, une certaine dose d’énergie qui s’épuise peu à peu jusqu’à disparaître entièrement? Quel que soit le degré de connaissance où l’énergétique nous ait amenés, il paraît bien qu’il y a là une conception vague et surtout philosophique. En tout cas, pour nous, médecins, elle n explique rien, tant que le mot d’énergie ne représente pas quelque chose de tangible et de défini.

Je ne veux pas m’appesantir davantage sur cette hypothèse, qui invoque l’empoisonnement de la cellule nerveuse par suite de modifications de son milieu intérieur, dues à la production, par exemple, d’unecytolysine spéciale ; jusqu’ici elle n’est basée sur aucun fait démonstratif.

La théorie d’Edinger me paraît se rapprocher davantage de la vérité en admettant que, d’une façon générale, la plupart des maladies chroniques du système nerveux seraient dues au non-remplacement, dans les neurones des matériaux usés pendant la fonction, d’où destruction de l’équilibre existant normalement entre les divers tissus du système et prolifération de la névroglie qui tend à prendre la place des éléments nerveux affaiblis. Toutefois, Edinger me semble attribuer trop d’importance à cette condition étiologique de « l’usure fonctionnelle », selon laquelle les troubles apparaîtraient dans les systèmes ayant leplus travaillé, au cours de la vie de l’individu. Cette théorie n explique point, en effet, ces deux grandes lois des maladies vraiment familiales : 1 homotopie cl l’homochronie.

Bing appuie celte manière de voir, en ce qui concerne le mécanisme même de 1 atrophie cellulaire, mais en y ajoutant celte notion qu’il existe congénitalement une insuffisance, une méiopragie de certains systèmes où, la répa- Jaliori des éléments ne se faisant pas parallèlement à l’usure physiologique, apparaissent à une certaine époque de la vie l’atrophie et la sclérose. Et il prend en particulier comme exemples les maladies qui s’éveillent au moment 'le la formation de l’individu, comme la maladie de Friedreichou la paralysie spas tique familiale, c’est à-dire au moment où le fonctionnement plus intense ' e certaines parties de l’organisme demande une réparation physiologique

Léiu. Le cerveau sénile {Rapport au Congrès de Lille, 1900.)

plus rapide des éléments nerveux qui président à ce fonctionnement. On peut même se demander si l’insuffisance numérique, qui paraît exister dès la naissance dans certains systèmes anatomo-fonctionnels, n’est pas une des raisons du surmenage auquel serait soumis « l'effectif réduit » des éléments nerveux ?

Cette usure fonctionnelle, physiologique, de certains systèmes méiopragiques ne me parait pas niable. Toutefois, elle n’est pas la cause unique et univoque de la dystrophie des éléments nerveux et la théorie d’Edinger-Bing doit être, à ce point de vue, considérablement élargie.

Je disais plus haut que la sénilité des éléments nerveux était aujourd’hui bien moins considérée comme le fait d’une régression physiologique, que comme le résultat des multiples intoxications et infections qui, au cours de l’existence, ont atteint les éléments nerveux, sans se traduire au moment même de leur intervention par des manifestations apparentes. Or, on ne sau-

rait nier que bien des maladies familiales de l’appareil nerveux ont été plus ou moins directement influencées par les conditions nocives survenues pen dant la vie. Et pour celles mêmes qui ne paraissent pas avoir été soumises à l’action favorisante d’une toxi-infection ou d’une intoxication déterminées, il est de toute vraisemblance que les multiples facteurs morbides de la vie postconceptionnelle ne sont pas sans exercer leur faisceau d’influences sur l’éclosion, l'évolution, et peut-être même, dans une certaine mesure, sur la distribution des altérations dystrophiques d un système congénitalement taié.

Enfin, n’est-on pas aujourd’hui en droit de penser que l’évolution même de l’individu jette, dans sa circulation humorale, à certaines périodes de sa vie, des substances qui seront toxiques pour ses cellules nerveuses, par exemple de ces cytolysines dont la connaissance est à peine ébauchée. Je fais allusion aux sécrétions internes, à celles, par exemple, qui sont liées au développement du système génital, et dont l’influence sur tout le reste de l’économie est telle que la puberté, la castration, amènent une véiitablc révolution dans l’organisme. Or, n’est-ce pas souvent au moment de la pubertc que se manifestent surtout les maladies familiales du système nerveux? D ailleurs, quel que puisse être le rôle des glandes internes dans le mécanisme de ces dystrophies, l’hérédité n’en reste pas moins la condition essentielle et primordiale, comme dans ces cas de gigantisme familial, où les troubles des fonctions hypophysaires, héréditairement acquis, sont la condition pathoge nique des modifications apportées dans le développement squelettique.

Il résulte de ces différentes considérations qu’on ne saurait prendre a la lettre cette notion primordiale selon laquelle les maladies familiales du s\s tème nerveux sont créées et déterminées par les troubles apportés pai 1 hérédité morbide dans le développement de l’organisme, et indépendamment des

LES MALADIES FAMILIALES DU SYSTÈME NERVEUX

influences post-conceptionnelles. Ce qu'il faut dire, c’est que le trouble initial, survenu dans le développement de l’appareil nerveux, est la condition essentielle, nécessaire à l’éclosion de ces maladies. Dans un certain nombre de cas, ce trouble est d’emblée assez accentué pour que le système touché apparaisse comme insuffisant dès le début de la vie. Dans d’autres cas, il apparaît comme un état de faiblesse fonctionnelle tel, que, du seul fait de son fonctionnement, ou sous la simple influence des phénomènes d évolution physiologique de l’organisme (puberté), le système méiopragique subit une transformation régressive de ses éléments. Enfin, pour une dernière catégorie de faits, les phénomènes morbides survenus dans l’organisme, avant ou après la naissance, interviennent comme des conditions pathogéniques secondaires, exerçant leur influence, soit sur l’éclosion de la maladie qui peut-être n’était pas inéluctable (cas isolés, aberrants, apparaissant dans une génération de plusieurs membres), soit sur sa physionomie anatomique et clinique.

C’est pourquoi il me paraît nécessaire d’adopter, pour définir les altérations qui constituent le substratum des maladies familiales, une dénomination qui ne se limite pas à l’énoncé de l’une ou l’autre de ces conditions de leur mécanisme pathogénique. Pour interpréter le trouble de développement initial qui leur donne naissance, Gowers avait créé le terme d’ « abiotrophy », ou « maladies abiotrophiques ». Pour indiquer que les multiples conditions physiologiques ou morbides, apparaissant au cours de l’évolution d’un organisme, interviennent dans la genèse des altérations qui frappent certains systèmes constitutionnellement méiopragiques, je propose d’adopter, pour définir ces affections suivant une désignation pathogénique, le terme très général de : sénescence physiologique prématurée de certains systèmes anatomo-fo notionnels.

Ce terme de sénescence prématurée exprime le fait que certains systèmes, héréditairement mal constitués, vieillissent plus vite que le reste de l’orga-

nisme, sous l’influence des différentes causes du vieillissement et subissent une régression atrophique. D’autre part, comme elle ne résulte pas d’une dégénérescence acquise, mais d’une dégénérescence originelle, innée, chez l’individu, cette sénescence prématurée est « physiologique », par rapport à cet individu.

D ailleurs, je ne crois pas que cette « sénescence prématurée» soit limitée

au groupe des maladies familiales du système nerveux, ni même à celui des maladies familiales ou héréditaires, envisagées dans leur ensemble. J’ai la conviction qu’elle est le facteur pathogénique essentiel de la création d affections qui ne sont, pour ainsi dire, jamais familiales ou qui ne le sont que très rarement, telles: la sclérose latérale amyotrophique, l’atrophie musculaire progressive type Aran-Duchenne, et quelle constitue un grand processus morbide qui mérite de prendre place à côté des deux processus d’inoxication et d’infection qui dominent de nos jours la pathologie médicale.

Ainsi comprise, la « sénescence prémalurée », systématisée à certains départements cîe l’appareil nerveux, s’étend à nombre d’affections nerveuses dans lesquelles un état méiopragique constitutionnel des systèmes atteints apparaît comme la cause primordiale des altérations. Toutefois, ce n’est que dans les maladies familiales qu’elle est véritablement « physiologique », c’est-à-dire qu’elle est capable d’accomplir toute son évolution sous la seule influence des conditions physiologiques de la vie de l’individu.

Classification clés maladies nerveuses familiales

Le cadre de ces maladies familiales du système nerveux est déjà très étendu ; et nous avons dit plus haut qu’on ne saurait refuser à aucun syndrome anatomo-clinique la dénomination de « familial », s’il se présente avec l'ensemble des caractères précédemment établis. Mais nous avons fait aussi cette remarque, que le caractère familial des névropathies est en relation directe avec l’intensité de leurs lésions anatomiques; et il en découle que, en pratique, il n’est guère de faits de psychoses, et encore moins de cas de névroses, qui puissent être réellement compris dans les syndromes familiaux. Pour les névropathies de cet ordre, le caractère familial n’est donc qu’accidentel et fortuit.

D’autre part, on ne peut encore, à mon avis, considérer comme des maladies familiales ces affections nerveuses, comme la sclérose latérale amyotrophique, la syringomyélie, la sclérose en plaques, etc., dont quelques cas exceptionnels ont paru être sous la dépendance d’une hérédité homomorphe. Ces faits, pris en particulier, peuvent être des cas familiaux; mais les maladies dont ils font partie — ou dont ils ont peut-être seulement emprunté les caractères symptomatiques — ne sont pas elles-mêmes des maladies familiales, car des faits d’exception ne sauraient servir de base à une classification rationnelle.

Pour ces raisons, la classification, d’ailleurs provisoire, qui termine le remarquable rapport de Massalongo au congrès de Rome de 1008, me paraît beaucoup trop large; et d’ailleurs, à la « classification clinico-anatomique » qu’il présente, je préfère une classification physio pathologique des maladies familiales du système nerveux.

Actuellement encore, leur classement n’est pas exempt de grandes difficultés. Nous verrons, en effet, au cours de l’étude particulière que nous ferons des maladies familiales de l’appareil moteur et des systèmes de 1 équilibre et du tonus, qu'il est impossible d’établir une distinction tranchée entre les dilïé-

LES MALADIES FAMILIALES DU SYSTÈME NERVEUX

rents syndromes familiaux qui, successivement, ont été présentés comme des maladies familiales distinctes. Pour éviter cette subdivision à l’excès, il est nécessaire de réunir en des groupes synthétiques les syndromes anatomo-cliniques qui ressortissent au même système anatomo-fonctionnel. Encore verrat-on souvent des syndromes complexes prendre à plusieurs de ces groupes morbides quelques-unes de leurs manifestations symptomatiques.

Sui quelles données faut-il donc établir ce groupement et ce classement des maladies familiales? Devons-nous nous baser sur la répartition des lésions anatomiques ? Oi , une telle classification risquerait d’être fondée sur des bases incertaines. En effet, nous sommes loin, pour la plupart de ces affections, de pouvoir déterminer exactement, en présence de leurs manifestations symptomatiques, quel est le siège et l’étendue des altérations anatomiques. De plus, il est fréquent de constater, chez les divers membres de certaines familles morbides, des dissemblances assez notables dans la répartition des lésions sur les différents neurones d’un même système fonctionnel, et sur les éléments cellulaires ou fasciculaires de chacun des groupes de neurones.

En vérité, ce qui constitue la constante caractéristique d’un type morbide familial, c est l’existenc e d’un trouble progressivement croissant des Jonc lions d’an meme système physiologique. Ce système fonctionnel peut être intéressé dans 1 une ou 1 autre de ses parties, différemment dans chaque famille et même chez chacun de leurs membres, et quelquefois aussi selon les phases de 1 évolution de la maladie; mais toujours les manifestations symptomatiques appartiennent aux mêmes fonctions, et le trouble apporté dans celles-ci est la marque d’identité de la maladie. C’est pourquoi il nous semble préférable de classer les affections familiales suivant le système fonctionnel dont elles expriment la transformation régressive, la sénescence prématurée physiologique, plutôt que selon la répartition des lésions dans les éléments anatomiques du système nerveux.

, Et d aüleurs, en présence d’un cas particulier, il sera bon d’avoir toujours esprit ces notions qui ressortiront des chapitres suivants :à savoir que, en matif m d affections familiales, il n’existe, à proprement parler, ni « formes norma es », ni « formes anormales », ou « frustes »; que les grands syndromes am! îaux, décrits par les auteurs et auxquels le nom de ceux-ci doit rester voM 10 S°nt’ enréa,ilé’ Plus schématiques que réels; qu’il ne faut donc pas V^t°lr faire,rentrer avcc Peine> dans tel ou tel des types principaux, tel cas Pm iculier, s il n’en présente pas tous les caractères ; et qu’il y a lieu de définir c lacun des types morbides familiaux par le complexus physio-pathologique 'P'1 représente.

considV^68 SChématiqUes’ Primitivement décrits, ne seront plus, delà sorte, CrCS commc des entités morbides séparées, mais comme les types

principaux du vaste groupe morbide des maladies familiales. De la sorte, ils en jalonneront les grandes divisions, basées sur une classification physiopathologique, et dans lesquelles ou même entre lesquelles viendront se ranger toutes les formes de maladies familiales, toutes les variétés dégénérées du type normal de l’appareil nerveux et de l’appareil de relation, quelle que soit leur complexité. Ainsi conçues, les grandes lignes du cadre des syndromes familiaux de l'appareil nerveux et des appareils connexes de la vie de la relation peuvent être ainsi tracées :

A. Affections de l’appareil de l’équilibre et du tonus :

1° Syndrome de l’appareil de l’équilibre et de la synergie musculaire : hérédo -ataxie cérébelleuse ou syndrome de P. Marie;

2° Syndrome de l’appareil de l’équilibre et du tonus : syndrome cérébellospinal ou maladie de Friedreich.

B. Affections de l’appareil moteur central ou système pyramidal :

1° Syndrome paralytique supérieur ou diplégie cérébrale familiale;

2° Syndrome paralytique bulbo-protubérantiel;

3° Syndrome médullaire ou paraplégie spasmodique familiale de Strümpell.

C. Affections de l’appareil moteur périphérique ou système spino-musculaire :

1° Atrophies musculaires progressives myopathiques.

2° Atrophie musculaire progressive type Werdnig-Hoffmann.

3° Myatonie congénitale d’Oppenheim.

4° Paralysie périodique familiale.

5° Myotonies : Maladie de Thomsen, paramyotonie d’Eulenbourg.

6° Myoclonies familiales ; tremblements familiaux.

D. Affections combinées des appareils moteur périphérique et sensitif.

1° Atrophie musculaire progressive type Charcot-Marie.

2° Névrite interstitielle hypertrophique de l’enfance de Dejerine-Sollas.

E. Affections de l’appareil psychique.

1° Idiotie amaurotique familiale.

2° Psychoses familiales.

F. Affection combinée des appareils psychique et moteur.

Chorée de Huntington.

G. Affections de l’appareil visuel.

Atrophie papillaire; atrophie du nerf optique; daltonisme.

Entre les deux groupes R et C prennent place deux affections reliées intimement l’une a l’autre, la sclérose latérale amyotrophique et Yalrophie musculaire myèlopalhique , type Aran- Oucherine. Rien que ces deux maladies ne présentent pas le caractère delà transmissibilité héréditaire, clics ont tous les attributs symptomatiques, évolutifs, anatomiques des affections familiales, dont elles peuvent être considérées comme des formes aberrantes.

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