LES G É R É B R 0 1' A T H I E S U J T O - T O NIQUES
d’insuffisance rénale, mais conservant leur individualité nosologique. D’autre part, ils ont mis en relief toute cette gamme de troubles psychiques élémentaires et d’états neurasthéniques, survenant surtout au cours de l’urémie chronique, dont la fréquence est infiniment plus grande que celle des psychoses caractérisées.
En dehors des grands syndromes, tels que les convulsions localisées ou généralisées et le coma, qui surviennent souvent à titre de complications terminales de l’urémie, et à côté des petits accidents nerveux décrits par Dieulafoy, manifestant communément l’état d’insuffisance rénale (céphalée simple ou migraineuse, vertiges, phénomènes sensitivo-sensoriels, etc.), les états d’urémie, dans la forme chronique surtout, donnent assez souvent naissance à des phénomènes encéphaliques, dont les principaux types sont les diverses formes d’épilepsie jacksonienne, les paralysies motrices ou sensitives, à forme hémiplégique surtout, l’aphasie, l’hémianopsie.
Les paralysies urémiques sont de date relativement récente. Jusqu’en 1880, l’aphorisme émis par Lasègue en 1852 restait un article de foi : « A quelque époque de la maladie de Bright que l’on se place, quelle que soit l’intensité de la stupeur, jamais on ne constate de paralysie si limitée, si incomplète qu’on veuille le supposer. Toutes les fois qu’une paralysie concomitante est signalée, on peut affirmer qu’elle résulte d’une cause locale et qu’elle n’est pas sous la dépendance d’une maladie de Bright. »
Carpentier, en 1880, et peu après Paetsch, Jackel, Jaccoud, von Leyden, Leichlenstein, avaient publié les premières observations précises de paralysie urémique; mais ces faits étaient restés ignorés delà majorité des observateurs, et les seuls troubles cérébraux de l’urémie, jusqu’alors connus, étaient les accidents convulsifs et comateux. Les paralysies urémiques ne devinrent classiques qu’à partir des deux mémoires publiés dans la Revue de médecine , en 1885, 1 un par moi-même, et l’autre, deux mois plus tard, par Ghantemesse et fennesson. Nous émettions d’ailleurs, et séparément, des opinions sensiblement analogues en ce qui concernait la pathogénie.
Dès lors, l’existence des paralysies urémiques ne fut plus contestée par personne. Les nombreuses observations publiées depuis confirmèrent la description clinique que nous en avions faite. Parurent successivement les travaux de Bernard, Lancereaux, Level, Chauffard, Dreyfus-Brisac, Gammatei, Morand et Canniot, Dercum et Massalongo, Boinet1 2, Baillct -, etc. Parallèlement on reconnut l’existence des aphasies urémiques (Ballet ',
1. Boinet. De l'hémiplégie urémique. (Ucuuc de médecine, décembre 1802.)
2. Baillet. Des paralysies urémiques. (Thèse de Paris, 1880.)
•L Ballet. Leçons de clinique médicale, 1897, p. 281.
P A T H 0 L O G I E NERVEUSE
Dupré '), et des hémianopsies urémiques (Pick1 2), accidents de même ordre et de même nature. Le qui a été mis en discussion, ce qui peut toujours l’être, c’est la pathogénie de ces accidents; je reviendrai sur ce point en tenant compte de quelques faits plus récents, qui éclairent singulièrement cette pathogénie.
Etude clinique
Et, d’abord, est-ce un diagnostic facile à porter que celui de paralysie urémique? La question se pose différemment suivant les cas. Voici un malade jeune, atteint d’accidents urémiques indéniables, survenus au cours d’une néphrite subaiguë, scarlatineuse ou autre. Pendant l’évolution de la néphrite et parmi diverses manifestations d’insuffisance rénale, survient une hémiplégie, une monoplégie, une aphasie, etc. Ces phénomènes se sont produits lentement ou brusquement; ils sont mobiles, en ce sens que la paralysie semble certains jours rétrocéder presque complètement, pour réapparaître bientôt ; le malade n’a pas d’affection cardiaque ; le diagnostic de paralysie urémique se pose alors facilement. Il n’en est pas de même quand les phénomènes d’urémie sont peu marqués, et surtout quand ils se produisent chez un scléreux vasculaire, comme dans le cas dont l’observation suit, car on doit, tout d’abord, penser à une hémorragie cérébrale ou à un ramollissement thrombosique, en n’oubliant pas que l’albuminurie peut exister à litre d'épiphénomène dans l’hémorragie cérébrale.
A titre d’exemple d’encéphalopathie urémique, voici une intéressante observation, qui réunit à la Ibis des troubles psychiques et une hémiplégie dont la nature ne peut être contestée, et dans laquelle on trouvera, nettement accusés, les caractères distinctifs de la symptomatologie et de 1 évolution des paralysies brightiques.
Observation. — Il s’agit d’une femme de quarante ans, couturière. Dans ses antécédents héréditaires, on relève les renseignements suivants qui présentent leur intérêt : la grand’mère paternelle est morte aliénée, ainsi qu’une tante.
Toute jeune, elle a été sujette aux épistaxis. Dès 1 âge de sept ans, elle aurait présenté une paraplégie ayant duré toute une année, et qui, ensuite, guérit entièrement. Il est impossible d’être fixé sur la nature de ce trouble qui, par la suite, na laissé aucune trace. Vers l’âge de huit ans, elle aurait eu, pendant six mois, des accès de