CHAPITRE PREMIER
LE SOMMEIL DANS LES TUMEURS CÉRÉBRALES
Introduction. — Les auteurs classiques mentionnent bien le sommeil comme un signe de tumeur cérébrale, mais sans décrire suffisamment ce symptôme.
Ce qu’est le sommeil normal. — Revue rapide des diverses théories du sommeil : modifications de la circulation sanguine, prétendu centre du sommeil.
Caractères différentiels entre le sommeil et le coma; le coma : ses diverses variétés (dans l’hémorragie et le ramollissement cérébral, dans les intoxications, dans les maladies infectieuses, etc.) : ses divers stades, somnolence, sopor, stupeur.
Diagnostic du sommeil avec les narcolepsies.
Le sommeil dans les tumeurs cérébrales. — Résumé de quelques observations antérieures de Janet, Soca, Maillard et Milhit, Sandri, etc.
Observations personnelles : Première observation. — Jeune fille de vingt et un ans, atteinte tout à coup d’un sommeil incoercible, qui fut pris pour un sommeil hystérique, puis apparition de vertiges, de phénomènes moteurs et de troubles mentaux, indiquant bien l’existence d’une affection organique. Autopsie : sarcome de la protubérance.
Deuxième observation. — Femme de quarante-deux ans, tombée depuis quinze jours dans un sommeil progressif; mort le lendemain de l’admission; autopsie : deux sarcomes, le plus volumineux développé dans lu partie postérieure du ventricule latéral, le second ayant pris naissance dans le prolongement occipital du même ventricule.
Déductions cliniques. — Dans certains cas, le sommeil peut être le premier symptôme de la tumeur; d’autre part, les signes de tumeur cérébrale peuvent être très atténués; difficulté du diagnostic dans ces deux cas, d’autant plus que le sommeil, dans les tumeurs cérébrales, peut être très variable d’aspect : selon les malades, accès de sommeil, somnolence, sommeil continu ; chez le même malade, selon les moments, les progrès de la tumeur.
On pourrait alors songer au sommeil hystérique ; caractères différentiels.
Pathogénie du sommeil dans les tumeurs. — Certains auteurs croient à une lésion d’un centre du sommeil localisé au plancher du mc ventricule, mais la plupart n’admettent pas ce centre et expliquent le sommeil soit par la compression cérébrale générale, soit par des troubles circulatoires, soit par une intoxication due à des produits toxiques venus de la tumeur.
Aucune de ces explications ne parait satisfaisante; nous ne connaissons pas encore la cause du sommeil normal, encore moins, à plus forte raison, celle du sommeil pathologique; nous constatons simplement que ce sont les tumeurs siégeant au voisinage de la base du cerveau qui s’accompagnent le plus fréquemment de sommeil.
Conclusion pratique. — Le sommeil est un symptôme de valeur qu’on peut placer presque sur le meme rang que la céphalée, les vomissements et la stase papillaire comme signe général de tumeur cérébrale, mais ce n'est pas un signe de localisation.
Introduction
Les signes généraux des tumeurs cérébrales sont bien connus et l’on décrit longuement, dans les traités classiques, la céphalée, les vomissements, la stase papillaire, les troubles psychiques, etc. Parmi ces signes, il en est cependant au moins un dont 1 étude me parait avoir ete un peu négligée jusqu’ici, c’est le sommeil.
Ln feuilletant les livres classiques, on trouve bien peu de choses concernant le sommeil dans les tumeurs cerebrales. Dans sa sémeiolog'ie du système ncrveux, Dejeiine, qui décrit minutieusement le coma dans les tumeurs de l’encéphale, ne parle pas du sommeil; dans leur article du Traité de médecine.. Brissaud et Souques écrivent: «L’amoindrissement des fonctions psychiques... ne va jamais sans une tendance marquée au sommeil; lorsqu’ils ne souffrent pas, les malades dorment. »
En Allemagne, dans l’ouvrage classique d’Oppenheim, on trouve cette phrase : « le sommeil peut être le signe initial et l’un des phénomènes dominants de la maladie. » Voilà qui montre bien l’importance d’un pareil symptômeet cependant, jusqu’à ces derniers temps, les travaux d’ensemble sur la question taisaient à peu près défaut. En 1905, j’ai consacré au sommeil dans les tumeurs cérébrales une de mes leçons du vendredi à la Salpêtrière 1 2 ; la même année, deux thèses ont été publiées par Mme Voulfovilch- et par Hercouët:i, à l’aide de documents empruntés en majeure partie à mon service. Toutefois un travail un peu complet sur cette question est difficile à faire, car lorsqu’on essaye de tirer parti des nombreuses observations de tumeurs cérébrales publiées un peu partout, pour tâcher de déterminer la fréquence, la valeur séméiologique et la pathogénie du sommeil survenant au cours des tumeurs cérébrales, on s’aperçoit bien vite qu’il y a peu à tirer de ces matériaux. L’une des principales raisons est le peu de détails donnés par presque tous les auteurs, concernant le sommeil observé chez leurs malades : le plus souvent, il est malaisé de reconnaître, à la lecture des observations, s’il s’agit bien de sommeil véritable, de coma, ou d’une simple torpeur, d’un état d’obnubilation, d’hébétude, comme peuvent en causer, par exemple, la violence de la céphalée ou un affaiblissement considérable des facultés intellectuelles. Il
1. Le Sommeil dans les tumeurs cérébrales. [Archives générales de médecine. 1905.)
2. lJathngénic du sommeil (en particulier dans les tumeurs cérébrales). Paris, 100.), chez Rousset.
•!. Le sommeil dans les tumeurs cérébrales. Paris, 1005, chez Jouve.
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me paraît donc nécessaire de dire, tout d’abord, quelques mots du sommeil vrai, et des différents états qui peuvent le simuler.