Von Monakow. Gehirnpatholorjic , 2‘ édition, page
P VTHOLOG I E NERVEUSE
sur les caractères difTerents des stades plus avancés qui s’éloignent encore plus du sommeil que j’ai ici en vue.
Si je m’étends sur ces particularités, c’est qu'elles ne paraissent pas à mon gré suffisamment mises en lumière, même dans les travaux les plus récents. En effet, Bruns, dans son traité si complet à d’autres égards sur les tumeurs du système nerveux1 fait encore la confusion entre la torpeur (Benommenheit) et le sommeil. Cette torpeur a tendance à se changer en « sopor » ; le malade, laissé à lui-même, tombe peu à peu dans un état crépusculaire, perd les matières et les urines ; pour avoir avec lui une conversation, il faut le réveiller par une excitation violente. Quand il est sorti de cet état, on s’aperçoit qu’il s’oriente bien dans le temps et dans l’espace, qu’il sait ce qui s’est passé autour de lui pendant son sommeil et on aurait tort de conclure à un trouble important de l’intelligence.
La description de Bruns diffère, on le voit, de celle de von Monakow, en ce sens que l’intelligence des malades qu'il a en vue est beaucoup moins touchée : néanmoins, chez ces malades qui perdent matières et urines, qui savent ce qui se passe autour d’eux pendant leur « état crépusculaire », on ne peut vraiment dire qu’il s’agit là de sommeil. Je ne conteste pas qu’il se trouve en clinique des cas assez nombreux répondant à ce tableau, mais le terme de sommeil ne saurait s’appliquer à des phénomènes de cet ordre et ce n’est pas eux que j’ai en vue dans ma description.
J’arrive maintenant aux narcolepsies. Dès 11141, Thermen et Fricka citent le
cas de jeunes gens s’endormant à tous moments. En 1861, Casse attire l’attention sur le « sommeil des noirs » ; Marotte et Labbé, la même année, puis d’autres auteurs, en publient des exemples. Mais le terme de narcolepsie a été créé en 1882 par Gélineau, qui, dans un article de la Gazette des hôpitaux , décrit cette affection qu’il considère comme une névrose spéciale, opinion contre laquelle
s’élève Ballet qui eut le mérite de reconnaître l’origine toxique de la narcolepsie en général. C’est à cette interprétation que 1 on s est arrête aujouid hui,
à part, cependant, quelques cas isolés.
La narcolepsie est caractérisée par un besoin subit et irrésistible de doimii survenant en dehors des heures habituelles du repos, et se produisant par accès plus ou moins fréquents et de durée variable. Le sujet est pris d un véritable sommeil, au milieu de ses occupations habituelles, pendant les iepas, au cours d’une lecture, etc. On l’observe chez les goutteux, les aithiitiqucs, les obèses, dans la chlorose, au cours de diverses auto-intoxications : celles de l’insuffisance rénale ou hépatique, des fermentations gastro-intestinales, etc. Ce besoin subit et irrésistible de dormir se retrouve dans 1 épilepsie, où les
1. Iîiuins. Die Gcscliwiilsle des Nervensystems, 2' édition. Berlin, 1908, p. 92-93.
LE SOMMEIL DANS LES TUMEURS CÉRÉBRALES
accès de sommeil alternent avec les crises ou se montrent à titre d’équivalents : on l’observe encore dans la paralysie générale, la neurasthénie, la chorée, les tics. Parmentier s’est efforcé de distinguer de la narcolepsie le sommeil hystérique, mais cette distinction paraît bien subtile. Le sommeil hystérique, qui peut durer des semaines, comme celui des tumeurs, et même davantage, ainsi que le montrent bien des exemples célèbres qui, de temps à autre, viennent exciter la curiosité du public, le sommeil hystérique peut se reconnaître à l’existence d'anesthésies sensitivo-sensorielles, de zones hystérogènes, etc.
D’une manière générale, les autres narcolepsies se reconnaissent non aux caractères qui sont ceux du sommeil vrai, mais à la fréquence des accès, à leur début subit, irrésistible.
Enfin, le sommeil ou un état de somnolence pathologique peuvent être produits par des affections avec lésions matérielles du système nerveux. Je citerai, tout d'abord la trypanosomiase, dont le parasite se retrouve dans le sang et dans le liquide céphalo-rachidien, et dans laquelle on a constaté des lésions de méningo-cncéphalite.
Gerlier, en 1881, puis en 1897, a décrit le vertige paralysant auquel on a attaché son nom : dans l’une des formes de la maladie, le patient présente un faciès « endormi », mais il s’agit là tout au plus d’un état de somnolence, non pas d'un sommeil vrai, même pendant les accès qui caractérisent cette curieuse maladie.
L'un des principaux symptômes de la polioencéphalite supérieure aiguë hémorragique, ou maladie de Gayet-Wernicke, est une tendance marquée a l’obnubilation intellectuelle, au sommeil, voire même au coma. Or, le substratum anatomique de la polioencéphalite supérieure aiguë est constitué par des petits foyers multiples, hémorragiques et inflammatoires, disséminés dans les parois du troisième et du quatrième ventricule et dans la protubérance.
LE SOMMEIL DANS LES TUMEURS CÉRÉBRALES
Lne étude d’ensemble du sommeil dans les tumeurs cérébrales basée siales observations éparses dans la littérature est assez malaisée, parce que la distinction entre le sommeil et les diverses, états qui peuvent le simuler est trop souvent négligée dans la pratique. Soca, à propos d’un fait personnel dont je parlerai plus loin, a dépouillé près de neuf cents observations dues a (^vers auteurs français, allemands ou anglais, et la conclusion de ce labeur considérable est qu’on ne peut même pas dresser une statistique d’après des documents aussi disparates; beaucoup d’auteurs ne donnent, en effet, que
des détails tout à fait insuffisants, et, dans un grand nombre d’observations, on trouve la confusion dont j’ai parlé, entre le sommeil, la somnolence, la torpeur et le coma. Franceschi1 est arrivé depuis aux mêmes conclusions.
Plus récemment, les thèses de Mme Voulfovitch et d’Hercouët ont été plutôt des contributions particulières qu’une étude d’ensemble; j’en dirai autant des travaux de Blum, de Maillard et Milhit et de Parhon et Goldstein 2 *.
Résumé de quelques observations des auteurs
Je crois donc nécessaire de rappeler brièvement quelques-uns des cas les plus remarquables, parmi ceux qui ont été publiés jusqu’ici. Schuster en a d’ailleurs résumé un assez grand nombre dans son livre sur les troubles psychiques dans les tumeurs cérébrales '.
Voici d’abord une curieuse observation publiée en 1891 par Janet4. Il s’agit d’une jeune fille de quatorze ans et demi. Son père, grand alcoolique, est mort de delirium tremens. Sa mère est hydropique. De ses deux sœurs, l’une est nettement hystérique, avec des idées de persécution ; l’autre, atteinte de la folie du doute. La malade a, en outre, deux frères, dont le plus âgé est un arriéré atteint de mutisme, le second présente des crises nerveuses. La malade elle-même, bizarre dans l’enfance, paraît être devenue normale à partir de l’âge de neuf ans. Vers sa douzième année, elle est envoyée chez des parents, en Amérique, ou sa santé reste bonne jusqu a quatorze ans; à cette époque apparurent les règles. En juin 1891, elle se plaint de fatigue, d’engourdissement. Au bout de quarante-huit heures, elle est prise, pendant une nuit, de délire, puis « elle tombe dans un sommeil profond qui se prolongea pendant quinze jours, sans aucune interruption. Il fut impossible d obtenir d elle aucun mot, aucun signe . tout au plus peut-on, de temps en temps, lui faire avaler un peu de lait. » Son état paraissant s’améliorer, à son reveil on la renvoie en l' rance. Mais, le surlendemain de son arrivée, elle retombe dans un état d engourdissement et de sommeil analogue au précédent, mais moins profond. Quand on lui parlait, elle répondait quelques mots, se plaignant de céphalée et priant qu’on la laissât reposer tranquillement. Elle eut quelques vomissements qui cessèrent bientôt. Son état d engourdissement et de sommeil ne se modifiant pas, elle entra, le 4 août 1891, à Saint-Antoine, dans le service de Hanot, où Janet a pu l’observer.
La malade se laisse facilement réveiller de son sommeil, elle répond bien, peut même se lever cl marcher, mais en se cognant aux objets. On ne note pas d’autres signes objectifs qu’un peu de parésie droite avec tremblement intentionnel du bras et
1. Franceschi. Il soiniio patologico nei luinori cérébrale, (lieu. di palql. nerv. c mentale, 1904.)