II. Dei.akuk, Éditeur
LES TUMEURS DU CORPS CALLEUX
en général, il s’agit de noyaux extrêmement volumineux et irréguliers, boursouflés. Entre ces éléments se trouve une substance granuleuse amorphe. Sur les confins de la tumeur, on voit que celle-ci n’est nullement distincte du tissu nerveux voisin, qu’elle l’infiltre, au contraire, d’une manière active. Entre les fibres nerveuses s'engagent de nombreuses cellules à noyaux volumineux, celles-ci sont très rares dans la substance grise. Les vaisseaux sanguins sont très abondants, dilatés pour la plupart; certains sont rompus et sont au centre de placards hémorragiques. La paroi de ces vaisseaux est extrêmement mince, réduite le plus souvent à un endothélium.
La méthode de Nissl, pratiquée sur les coupes des circonvolutions frontales, occipitales, temporales et rolandiques, m’a permis, néanmoins, de constater des altérations cellulaires indéniables. Sur les circonvolutions voisines de la tumeur, les cellules pyramidales sont aplaties, tassées, les prolongements se colorent moins bien. Sur les circonvolutions éloignées, on remarque qu’un très grand nombres d’éléments sont en chromatolyse surtout centrale; le noyau est presque décoloré entièrement et le nucléole déplacé excentriquement. La réaction névroglique péricellulaire est peu développée (pl. XIV).
Je ferai remarquer, en dernier lieu, que, contrairement au premier cas, il n’existait pas de lésions vasculaires notables dans les circonvolutions.
Résumé anatomo-clinique des deux cas
Chez le premier malade P..., un homme de cinquante-huit ans, les phénomènes ont eu un début brusque en apparence, par un ictus, laissant à sa suite une hémiparésie droite légère qui a augmenté progressivement; dès après 1 ictus, il y a eu des troubles intellectuels assez intenses, surtout de l’obnubilation et de la torpeur cérébrale. Les signes de compression générale de 1 encéphale ont été assez modérés; il y a bien eu une céphalée assez intense et des vomissements, mais la stase papillaire n’est survenue qu’assez tard et n’a jamais été considérable, tout signe de compression des nerfs crâniens a toujouis fait defaut. En un mois et demi, l’hémiplégie droite est devenue presque complète; elle s est accompagnée d’un hémitremblement droit marqué et dune hémiataxie légère; jamais il n’y a eu de spasmodicité; le signe de Babinski est resté négatif. Très tardivement, aux phénomènes moteurs du coté droit, s est superposée une hémihypoesthésie. Le côté gauche est resté jusqu’à la fin complètement indemne. Quant aux troubles intellectuels, ils affectaienl le caractère d’une diminution globale de l'intelligence, mais sans phénomènes démentiels proprement dits, et, très rapidement, le malade est tombé fans un véritable gâtisme. Quelques crises épileptiformes se sont alors montrées et le malade est mort dans le marasme, trois mois après le début annarent des accidents. 1
Quant aux lésions constatées du côté du système nerveux, elles consistent essentiellement dans la présence d une tumeur principale, de beaucoup la plus importante et très probablement la première en date, siégeant sur le corps calleux dans ses deux tiers antérieurs, et comprenant le genou et le bec. hn avant, celte tumeur se prolonge dans le lobe frontal gauche et atteint une partie de la circonvolution frontale interne; latéralement la masse néoplasique s’étend dans le centre ovale surtout à gauche, mais n’atteint pas les circonvolutions de la face externe. En bas, on note l’envahissement des deux piliers antérieurs de la voûte et du septum lucidum. Avec cette tumeur coexistait un noyau de moindre importance par son volume, occupant la partie inférieure des circonvolutions frontale et pariétale ascendantes gauches ainsi que le pied de la deuxième circonvolution pariétale.
L’étude des coupes, traitées parla méthode de Weigert, et portant sur tout 1 hémisphère gauche, nous apprend que les fibres blanches, qui irradient dans le centre ovale, sont très diminuées de nombre, surtout dans la moitié antérieure. La tumeur intéresse particulièrement les fibres de projection du lobe frontal et aussi, quoique à un degré moindre, les fibres de la couronne rayonnante qui montent vers les circonvolutions pariétales. Il va sans dire que les fibres qui passent dans les deux tiers antérieurs du corps calleux sont pour la plupart détruites. Certains faisceaux d’association tendus entre les diverses parties du même hémisphère sont également atteints; je veux parler surtout du faisceau occipilo-frontal et du cingulum. Le premier est sectionné par la tumeur au niveau du lobe frontal, le second au niveau de la partie antérieure du corps calleux. Du côté droit, la tumeur ne se propageant pas vers le centre ovale, ces faisceaux sont respectés.
Outre ces faits, la méthode Weigert montre que les fibres tangenliclles du plexus d’Exner sont, d’une manière générale, atrophiées sur les circonvolutions frontales et pariétales; de plus, on remarque que des hémorragies s’étant produites dans les circonvolutions frontales gauches, les fibres qui en émanent sont très diminuées de nombre; par endroits la substance blanche des circonvolutions est absolument claire après l’action de l’hématoxyline. La structure histologique de la tumeur permet de la classer dans le groupe des gliomes à cellules fusiformes.
Chez le deuxième malade, 11. .., âgé de quarante ans, le début a été beaucoup plus lent et s’est annoncé par des troubles psychiques; il y a eu une période prémonitoire de huit mois environ caractérisée uniquement par des troubles mentaux : affaiblissement de la mémoire, bizarreries dans la manière d’être et la conduite, changement de caractère, manque de liaison dans les idées: ces troubles avaient, en grande partie, échappé à l’entourage; j’ai, en quelque sorte, reconstitué cette période. Le début apparent des accidents s’est fait comme
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dans le cas de I par des phénomènes moteurs, par une hémiparésie gauche progressive, survenue sans ictus, et qui s’est très rapidement aggravée au point d’etre presque totale en un mois et demi. Cette hémiplégie était plus accentuée a la jambe qu au bras; elle était spasmodique avec exagération de tous les réflexes, mais sans trépidation spinale et sans signe de l’orteil. Elle s’accompagnait d’une hémihypoesthésie, aussi bien des sensibilités superficielles que des sensibilités profondes. Il y avait également une ataxie prononcée et un tremblement léger de tout le côté gauche. Le côté droit n’était pas tout à fait indemne, on y observait quelques phénomènes parétiques.
Les troubles de compression générale de l’encéphale — céphalée, vomissement, stase papillaire — ont été longtemps au minimum et ne se sont développes que vers la fin. Il n’y a jamais eu de crises épileptiformes, sauf tout à fait à la période terminale. Les signes de compression du côté des nerfs crâniens ont fait totalement défaut. On a observé, il est vrai, une hémianopsie
temporale gauche homonyme, mais c’est là un trouble de la voie optique au niveau du centre ovale.
Quant aux troubles intellectuels, ils ont perdu de leur originalité du jour où sont apparus les premiers phénomènes moteurs; ce qu’on a surtout remarqué a ors, cest une obnubilation intellectuelle progressive rendant très difficile une analyse psychologique un peu fine, de telle sorte, qu’à cette période, le cas ce ..., se rapprochait aussi bien au point de vue psychique qu’au point de vue somatique de celui de mon premier malade P... Depuis l’apparition des roubles moteurs et des premiers phénomènes de compression, l’évolution a ete rapide; la terminaison fatale s’est montrée au bout de deux mois et demi sans complication, par les progrès du marasme.
Les traits qui caractérisent au point de vue anatomique ce cas sont les su, v, mis. j s agit d’une tumeur de nature sarcomateuse, détruisant le tiers pos eneur du corps calleux, en ménageant la partie terminale du bourrelet L extension de cette tumeur s'est lailc d’une manière absolument asvmé-
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Les coupes des circonvolutions des divers lobes du cerveau onl démontré 1 absence de tioubles vasculaires et ont fait voir des lésions portant sur les cellules pyiamidales . chiomatolyse, déplacement du noyau et du nucléole parfois leur dissolution pour les circonvolutions éloignées de la tumeur; aplatissement, tassement et atrophie de ces éléments pour les circonvolutions voisines du néoplasme.
Physiologie pathologique
Je vais tenter maintenant d’expliquer par les constatations anatomiques les symptômes observés chez ces deux malades.
Mon premier malade P... a présenté des phénomènes assez complexes ; la présence de deux tumeurs donne la raison, dans une certaine mesure, de l’erreur de diagnostic commise.
En voyant l'aspect hémorragique de la tumeur, on comprend très bien le début apparent subit des accidents par un ictus; une hémorragie dans la tumeur, plus abondante que les autres, a été la cause de cet ictus. C’est la tumeur principale, en sectionnant les fibres de projection venant des circonvolutions frontales et se rendant dans la capsule interne gauche, qui est la cause de l’hémiplégie observée ; il faut également tenir compte, pour expliquer cette hémiplégie, de la compression exercée au niveau de la capsule interne par la masse néoplasique.
On sait que les hémiplégies progressives dans les tumeurs cérébrales ne s’accompagnent pas toujours d’exagération des rétlexes.
Ce n’est pas que, dans le cas qui nous occupe, il s’agisse de destruction de la voie pyramidale; en effet, l’examen par la méthode de Marchi a montréque la voie pyramidale est simplement comprimée et non dégénérée. Les lésions des cordons postérieurs et des nerfs rachidiens dans la zone préganglionnaire peuvent, d’ailleurs, rendre compte de la diminution des réflexes tendineux1 2 qui, rappelons- le, est bilatérale aux membres inférieurs (abolition des réflexes patellaires et diminution des réflexes achilléens).
La compression légère de la couche optique par le néoplasme ne me paraît pas suffisante pour rendre compte de 1 hemilremblement 1res net cl de l’hémiataxie légère de ce malade.
Devons-nous attribuer ces deux phénomènes a I atteinte du corps calleux lui même!’ Je ne le crois pas; celle liémiataxie ne rappelle nullement celle décrite par Zingerlé-, sous le nom « d’ataxie calleuse »; chez le malade de cet
1. Raymond. Arch. de neurologie, f !)()4. — Journal des praticiens, 1900, etc.