Zingehdé, A ’eurolog. Cenlralblatl
LES T U M'EU RS DU CORPS CALLEUX
auteur, il s’agissait d’un défaut de coordination entre les mouvements des deux côtés du corps, ce qui n’est nullement le cas de P... D’ailleurs, la lésion de la voie pyramidale me paraît une explication suffisante, puisqu’on retrouve cette hémiataxie et cet hémitremblement dans des lésions atteignant uniquement cette voie.
La très légère compression de la couche optique gauche ne saurait rendre compte des troubles de la sensibilité, de l’hémihypoesthésie droite constatée chez P... 11 semble qu’il faille faire intervenir des troubles d’origine corticale, siégeant dans la sphère des circonvolutions pariétales, sphère sensitive, comme on le sait bien maintenant.
Peut-être la tumeur secondaire, qui détruit en partie la deuxième circonvolution pariétale et la pariétale ascendante, est-elle pour quelque chose dans ces troubles de la sensibilité, mais ceux-ci me paraissent surtout causés par des lésions vasculaires de l’écorce; d’ailleurs je reviendrai plus loin sur ces lésions vasculaires. Au contraire, c’est au noyau secondaire, qui a atteint le pied de la frontale ascendante dans le cours de son développement, que je suis porté à attribuer les crises épileptiformes du malade, crises qui débutaient par le côté droit de la face. A ce propos, il convient de remarquer que les troubles qui sont notoirement sous la dépendance de celte deuxième tumeur ont apparu tardivement, ce qui justifie l’hypothèse qu’il s’agit là d’un noyau secondaire.
Aucune des deux tumeurs n’ayant tendance à se développer vers la hase,
les voies optiques étant intactes, on comprend l’absence de tout signe du côté des nerfs crâniens et de tout symptôme oculaire.
Quant aux troubles mentaux, ceux que j’ai notés n’avaient rien de très caractéristiques; c’étaient, portés au maximum, ceux que l’on observe dans les tumeurs cérébrales.
.1 ai lait toute une série de constatations anatomiques qui pourraient permettre de les expliquer, mais entre lesquelles il y a un départ à établir. Tout d abord, si la propagation de la tumeur à l’intérieur du lobe frontal droit a joue i n certain rôle, il n’a pu être qu’assez limité; mais il y a une destruction complète du faisceau occipitofrontal, une atteinte importante du cingulum et enfin le corps calleux est louché dans ses deux tiers antérieurs : voilà des lésions anatomiques qui justifieraient la présence de troubles mentaux; toutefois, en me londant sur les examens des auteurs1, sur le cas de mon deuxième malade IL.., je me demande si les lésions de ces organes ne donnent pas heu à des troubles psychiques d’autre nature, troubles qui, dans ce cas, ont pu passer inaperçus, masqués qu’ils étaient par la torpeur cérébrale, le
I • Schusteu, loco cilalo.
P VTH0L061E NERVEUSE
malade ayant été trop tardivement examiné. Je crois plutôt que c’est l’atrophie des libres du centre ovale et des circonvolutions, atrophie qu’on observe très nettement par la méthode de Weigert, qui joue le rôle prédominant. Cette atrophic est due, d ailleurs, en grande partie aux troubles circulatoires au niveau de l’écorce; en effet, les lésions vasculaires ne s’observent pas seulement dans la zone pariétale gauche où elles rendent compte de l’hémianesthésie, mais aussi dans la zone frontale.
Elles consistent en des dilatations excessives et en des ruptures vasculaires. Aussi bien au niveau des circonvolutions pariétales que des frontales externes, surtout sur la deuxième frontale, les vaisseaux de la substance grise sontextrêmement distendus, gorgés de sang; les vaisseaux, tortueux, irrégulièrement dilatés, ne présentent pas de modifications histologiques de leurs parois; certains vaisseaux ont cédé sous la pression du sang et des nappes hémorragiques infiltrent par endroits une ou plusieurs circonvolutions, aussi bien dans la substance grise que dans la substance blanche. Il n est pas étonnant de len contrer une atrophie très nette des fibres de la substance blanche de ces circonvolutions, sectionnées qu’elles ont été par ces foyers hémorragiques. La présence de ces lésions des vaisseaux explique encore l’atrophie des fibres de Tuczeck (fibres langentielles) que j’ai constatée; pour amener leur destruction, la présence de nombreux points hémorragiques suffit amplement.
J’ai d’ailleurs, insisté autrefois1, à plusieurs reprises, sur les troubles cérébraux et la démence dans les tumeurs du cerveau et attribué leur production à la dégénérescence du cingulum et a 1 atrophie des fibres langentielles et des
fibres de la couche moyenne de l’écorce.
Reste le fait de 1 évolution des accidents en trois mois ; on ne peut admettre qu’un gliome, même avec les nombreuses hémorragies qui le sillonnent, ait évolué aussi rapidement; il y a eu évidemment une période latente, tant que la tumeur a été strictement calleuse; l’hémiplégie, lorsqu elle est apparue, a
montré 1 envahissement du centre ovale.
Celle première période a-t-elle été absolument latente? c’est un point que
je discuterai plus loin.
Chez le second malade, R..., une tumeur unique rend très bien compte de tous les phénomènes cliniques.
L’hémiplégie gauche trouve une explication dans la compression de a capsule interne droite et de la couche optique dont les deux tiers postérieurs sont envahis par la tumeur 11 y a même une destruction par le néoplasme du tiers postérieur de la capsule interne. Faut-il voir là l’explication de cette particularité que l’hémiplégie était plus intense au niveau de la jambe
t . Raymond. Société média, des hdpit., 24 juin 1892. - Archives de neurologie, octobre 1893.
LES TUMEURS DU CORPS CALLEUX
ce là un fait en faveur des localisations an niveau de la capsule interne? je n’oserais l'affirmer; la couronne rayonnante est également prise, mais peu. dans sa partie antérieure motrice; la lésion capsulaire suffit, d’ailleurs, à expliquer l’hémiplégie motrice. On conçoit qu’une hémiplégie de cette origine ne s’accompagne pas du signe de Babinski. Les troubles de la sensibilité, que j’ai observés chez R..., sont évidemment d’origine lhalamique; ces troubles, atteignant les sensibilités profondes aussi bien que les sensibilités superficielles, diminuant d’intensité à mesure que l’on remonte vers la racine du membre, l’hémiataxie prononcée et l’hémitremblement léger qui les accompagnent, c’est bien là un syndrome lhalamique presque pur; et d’ailleurs, la tumeur détruit dans la couche optique les zones, noyau postérieur et noyau externe, qu’on a montrées récemment être le siège anatomique du syndrome thalamique b
La couronne rayonnante, plus atteinte dans sa partie sensitive que dans sa partie motrice, peut jouer un rôle dans la production des troubles de la sensibilité; il est en tout cas d’importance secondaire.
La tumeur est assez strictement limitée au cerveau droit; il y a cependant quelques troubles du côté droit du corps, mais ces troubles, très légers d’ailleurs, sont vraisemblablement expliqués par la compression de l’hémisphère gauche du fait de la tumeur.
J’attire l’attention sur la céphalée qui, pendant toute la période de début, occupait la région occipitale gauche ; je la crois en rapport avec le siège de la tumeur à la partie postérieure et gauche du corps calleux.
Comme dans le cas de P..., il n’y avait aucun symptôme du côté des nerfs crâniens, puisque la tumeur ne se propageait pas vers la base. Il n’y avait pas davantage de propagation au niveau de l’écorce, c’est pourquoi les crises épileptiformes ont été fort rares.
Les phénomènes oculaires sont d’une interprétation assez délicate; je m explique assez mal I immobilité des pupilles à la lumière et à l’accommodation, I examen histologique a montré simplement la dilatation de la gaine du nerf optique et une stase moyenne sans atrophie. En revanche, l’hémianopsie temporale gauche homonyme reconnaît évidemment pour cause la destruction complète par la tumeur des radiations Ihalamiques dans le lobe occipital.
Les troubles psychiques se sont présentés sous deux aspects différents : des troubles mentaux particuliers, précoces, et une obnubilation intellectuelle générale, tardive. Cette obnubilation intellectuelle s’observe habituellement
L Dejerine et Roussy. Société de neurologie, juin I !)()(! syndrome thalamique. {Thèse de Paris, 4907.)
Roussy. La couche optique. Le
clans les tumeurs cérébrales, surtout à la période terminale. Ce n’est pas ici le lieu de discuter la cause et la nature des lésions de cet ordre Est-ce un processus du uniquement à la compression, ou bien un élément toxique entre-t-il en jeu; les lésions des vaisseaux ou, au contraire, celles des cellules ou des libres jouent-elles le rôle prédominant? Voilà autanL de problèmes intéressants que je me contente d’indiquer sans les résoudre. Disons, cependant, que chez 11..., on n’observe pas les lésions vasculaires si frappantes chez notre premier malade, et qu’au contraire les cellules pyramidales des circonvolutions même éloignées de la tumeur présentent de notables altérations.
Restent à expliquer les troubles mentaux spéciaux, sur lesquels j’ai insisté en rapportant l’observation clinique du malade; ces troubles ont été précoces, c’est une raison de plus pour ne pas invoquer à leur sujet une lésion de l’écorce; je les crois bien en rapport avec la lésion du corps calleux et de ses radiations et du faisceau occipito-frontal sous-jacent.
Pour ce qui concerne l’évolution du néoplasme, la période de latence, latence relative puisque R... a présenté des troubles psychiques, correspond à la localisation calleuse primitive; dès qu’il y a eu propagation aux noyaux gris et que s’est montrée l’hémiparésie symptomatique, les phénomènes ont évolué très rapidement, ce qui se conçoit du reste, puisqu’il s’agit d'un sarcome à tendance hémorragique, très envahissant.
On voit d’après l’analyse détaillée dont j’ai fait suivre les observations anatomo-cliniques qu’il ne reste dans mes deux cas qu un minimum de symptômes qui puissent être rapportés à la lésion du corps calleux. Les phénomènes moteurs, sensitifs, ne sont pas sous la dépendance de la tumeur calleuse, mais, ainsi que je l’ai montré, ressortissent à la propagation du néoplasme; des troubles oculaires, les uns reconnaissent la meme pathogenie les autres dépendent de la compression générale.
Restent les troubles mentaux. L’obnubilation intellectuelle generale de mon premier malade est due indirectement a la tumeur, mais nullement a sa localisation calleuse; le syndrome mental spécial présenté par R... constitue donc le seul phénomène que je puisse attribuer, avec quelques réserves, à la destruction du corps calleux par le néoplasme.
Considérations anatomo-cliniques
Je viens de montrer que la symptomatologie, dans mes deux cas de tumeur, se réduisait aux
à proprement parler calleuse, seuls troubles mentaux. Que