CONCLUSIONS SUR L'ÉTHOS DES MODES
Par un effet très compréhensible de la tradition, les philosophes ont continué à attribuer à l'usage des « modes » le pouvoir expressif et efficace qui d’abord avait été attribué aux mélodies usitées dans le rituel magique, à un moment où la magie musicale était dominée par les progrès de la science et de la psychologie, et par suite d’une pure illusion sur l’origine vraie de leurs propres idées, ils ont considéré comme fondé en nature et en raison, ce qui n'était fondé que sur de primitives recettes de sorcellerie. En somme, ce que l’on trouve chez les écrivains grecs et chez les théoriciens du moyen âge, lorsqu'ils parlent de l'éthos des formes musicales, ce sont des croyances affaiblies et désappropriées de magicien, ce sont de simples associations d'idées créées par l'usage et très peu fondées sur la réalité.
Je terminerai donc par les propositions suivantes :
1° Les Grecs ont attaché une importance capitale à leurs modes ; mais, sur la signification de ces modes, ils ont eu une doctrine qui est
inexplicable par des raisons musicales et artistiques : la preuve en est
dans des contradictions de tout genre qui, au cours des siècles, se sont accentuées de plus en plus;
2° L’ &éthos » de ces modes est un legs du rituel magique ;
3° Or tout le moyen âge et la Renaissance ont pris les modes grecs pour base de leur musique ; et les deux seuls modes dont nous nous servions encore se rattachent à eux. Ils les résument. Malgré le perpétuel changement des idées, il y a donc, en fait, continuité entre les origines du chant, telles qu’elles sont présentées dans ce livre, et notre système musical contemporain.