L'ÉTHOS DES RYTHMES D'APRÈS LES THÉORICIENS ANTIQUES
toutes les fois qu'ils définissent l’éthos d’un rythme, ils négligent d’indiquer le temps. De cette lacune il est peut-être permis de conclure que la doctrine antique sur l’éthos des rythmes, difficilement admissible si on la prend telle qu'elle est, avait sa raison d’être dans des traditions et dans des usages antérieurs, où des faits de caractère extramusical suffisaient à expliquer ce qui, pour nous, relève de la théorie musicale pure.
Avant de mettre en lumière cette idée, rappelons les principaux rythmes antiques élémentaires :
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Tous ces rythmes avaient, selon les anciens, une expression spéciale ; chacun d’eux est une forme de la mélodie ; — le mot grec qui signifie cela (τοοπός) était aussi employé pour indiquer la physionomie morale d'un ΤΩΝ Je ace Ὧεὶ . les via a sans entrer dans le détail des variantes, qui sont très nombreuses (ainsi, le dochmiaque, par suite de résolutions et de condensations, peut avoir 15 formes différentes). Cette richesse rythmique est, avec la richesse modale, une des caractéristiques de la musique grecque. On la retrouve aujourd’hui chez les Orientaux, dans la musique arabe, persane et turque. Dans un mémoire inédit adressé à Mgr Rouillé, marquis de Jouy, ministre de la marine et secrétaire d'Etat sous Louis XV, C. Fronton, « jeune de langue » à Constantinople, signalait déjà, en 1751, un très grand nombre de rythmes orientaux (B. N. ms. 4023,
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nouv. acq.fr. pp. 65-77). En se servant de ce document et de ses observations personnelles, le P. Thibault en décrit 38, d’un caractère bien déterminé(1). La caractéristique des rythmes grecs se trouve dans une série de témoignages très abondants, parfois contradictoires ou en opposition avec certains faits, comme il est arrivé pour l’éthos des modes, mais dont les idées principales sont passées des Grecs chez les Alexandrins, chez les Romains, et reparaissent, plus ou moins altérés, chez les théoriciens musicaux du moyen âge. Ils avaient donné lieu à une doctrine analogue à celle de la distinction des genres littéraires ; Aristote blàme le poète Chérémon d’avoir mêlé des mètres divers en méconnaissant leur originalité propre.
Ce que j'ai à dire, pour établir un lien entre cette esthétique des rythmes et la magie primitive, se ramène aux observations suivantes.