ORDRE D'ANCIENNETÉ PROBABLE
mériteraient une dénomination plus noble tout en étant les témoignages d'un art préhistorique très reculé. Ainsi, de petits tubes en os d'oiseau, polis à l’orifice, et ayant parfois un trou latéral, ont été considérés comme ayant formé une flûte de Pan et attesteraient l'existence de la musique dans l’âge du renne (Viette, en 1875). L'idée de « flûte de Pan » est séduisante, commode ; les archéologues en abusent un peu. D'ailleurs, on est loin de s’accorder sur la vraie nature de ces minuscules objets, et leur caractère musical est très contestable. Tout au plus peut-on constater, à l’âge du renne, l'usage du sifflet en os perforé, et dire que « de nombreuses phalanges de renne ou de saïga... rendent des sons sibilants très aigus, dont la note varie suivant la dimension et les dispositions du trou (1) ».
$ 2. — Ordre d'ancienneté probable.
Les instruments de musique les plus anciens que nous connaissions (ce qui ne veut pas dire qu'ils soient réellement les plus anciens) sont des instruments à cordes. Quand l'instrument n’a que trois cordes,comme les guitares qu'on a trouvées dans les monuments figurés de l'Égypte antique, on peut affirmer qu'il appartient à une époque relativement récente, car il était traité d’après le même principe que notre violon actuel : et le fait de jouer une mélodie avec un petit nombre de cordes que l’on raccourcit sur un manche pendant l'exécution est incompatible avec l’enfance de la musique ; il a fallu de grands progrès pour qu’on arrivât à ce résultat, et même pour que l'idée d’un tel mode d'exécution vint à l'esprit.
Nous connaissons aussi des harpes ou des lyres qui remontent à vingt, à trente siècles avant l’ère chrétienne (2), et où l’on trouve 7,8, 10, 12 cordes et plus, chacune ayant pour fonction de donner un son unique et distinct, sans que les doigts aient à intervenir pour élever le son ou pour l’abaisser. Ce système est plus simple, mais il suppose encore une science assez avancée : 1] aurait été impraticable à des musiciens qui n'auraient pas d’abord étudié avec soin la nature des sons, la loi de leur production, le rapport de leur acuité ou de leur gravité avec
(1) J. Déchelette, Archéologie préhistorique (Picard, 1908, p. 203). L'auteur dit que l'interprétation de ces objets est due à Ed. Lartet, et renvoie, pour cette étude, aux Alluvions et cavernes de 5. Reinach, p. 220, ἢ. 5.
(2) Ainsi le harpiste représenté dans le mastaba (chambre mortuaire) de Dahchour, et remontant à la XIIe dynastie (conservé au musée du Caire).
la longueur des cordes. Nous savons que ces connaissances spéciales ont été possédées de très bonne heure par les Égyptiens : je crois même qu'ils les ont transmises aux Grecs avec beaucoup d’autres choses, et que, par exemple, la lyre grecque d'Hermès (trois cordes) est un souvenir de la guitare égyptienne ; mais quand nous sommes en présence de l’une des deux sortes d'instruments que je viens d'indiquer, quelle que soit son antiquité par rapport à nous, nous ne sommes pas fondés à dire que nous nous trouvons en présence d’un instrument « primitif ».
Il en est un peu de ces monuments de musique instrumentale trouvés dans les tombes comme de certains monuments de l’architecture : les pyramides d'Égypte, construites sous les Pharaons, sont œuvre antique, mais non œuvre primitive ; elles supposent une société très bien organisée, capable d’un travail discipliné, l’art de bâtir, la connaissance de la géométrie, etc. Or, par « primitifs », j'entends les hommes qui sont tout à l’origine de la civilisation, encore incultes. Donc, les harpes ne sont pas, dans l’histoire, des points de ἐν, ce sont plutôt des points d’aboutissement.
Bien que la théorie de la genèse et de l’évolution des instruments ne puisse encore être faite, voici, Je crois, ce qu’on peut dire de plus raisonnable sur ce point.
L'homme s’est d'abord servi de deux organes qui lui ont été fournis par la nature et qui ont été le principe de deux séries d’inventions : la voix et les mains. Ce sont les prototypes des instruments à ventet à percussion.
° Les instruments à vent ne sont d’abord que des tubes prolongeant au dehors l’organe de la voix tel que la nature l’a constitué, et destinés à lui donner plus de force ou d'éclat. Puis on donne à ces tubes une embouchure distincte : sifflet, bec, anche. Ainsi, la trompette devient flûte ; la flûte deviendra clarinette ou hautbois.
2° Le battement des mains semble borné à l’indication d’un rythme; mais il paraît avoir été quelque chose de plus pour ceux qui le pratiquaient Dans le bas-relief assyrien provenant des ruines de Kujundschick et remontant au règne d’un fils de San-Kerib, apparaît un cortège triomphal jouant une sorte de symphonie vocale et instrumentale et n'ayant pas moins de vingt-six exécutants : deux doubles flûtes ; sept harpistes ; une batterie ; quinze chanteurs, dont l’un porte sa main à la gorge comme pour faire entendre le you-you oriental encore aujourd’hui en usage ; les autres frappent dans leurs mains. Si l’on dit que ces derniers « marquent la mesure », il faudrait admettre qu'ils ont
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