CHAPITRE TROISIÈME
δ... — Ce qu'il faut entendre par « primitifs ».
Le mot « primitif » est un peu vague. Peut-être n'est-il pas indispensable de le définir ici avec rigueur, aucune date précise ne pouvant être assignée à la plupart des faits dont il va être question. Aussi bien, l'idée exprimée par ce mot a-t-elle plusieurs aspects qui justifient des méthodes variées.
1° Chronologiquement, j'entends par « primitifs » les hommes ayant vécu dans la période de quatre ou cinq siècles environ précédant immédiatement la période qui nous est connue par les documents historiques les plus reculés. Cette limite de l'Histoire varie selon les pays.
2° Socialement, les primitifs sont antérieurs aux cultes religieux proprement dits ;
3° Psychologiquement, ce sont des êtres de pur instinct, dirigés par l'imagination et le sentiment, étrangers à la « science » — celle dont nous avons l’idée — et à l'esprit critique ;
4° Esthétiquement, ils ignorent l’art cultivé pour lui-même ou en vue d’un public et n'agissent que pour des fins utilitaires.
De là, des moyens différents pour saisir l’objet de la présente étude.
En nous plaçant au premier point de vue (chronologie), nous n’avons qu’à rechercher les documents historiques les plus anciens et à les interpréter, lorsqu'ils concordent, comme la tradition fixée d’un passé lointain. Ces documents peuvent être indirects ou directs. L'inscription d'Égypte dont il sera question dans un autre chapitre (chambre mortuaire du roi Ounas) est un document indirect, parce qu’elle permet de supposer des chansons magiques antérieures. Direct au contraire est un témoignage comme celui du poète Moschion (1v° siècle avant J.-C.), dont on a conservé ce fragment où reparaît une vieille idée traditionnelle : « Il fut un temps où les mortels avaient une existence semblable à celle des animaux : ils vivaient dans les cavernes des montagnes, dans des