LE THRÈNE DANS LA MUSIQUE MODERNE
certains adagios de Beethoven. Becthoven a fait parfois de l’adagio l’expression de la tendresse idéale, ou de la foi, de la prière, du recueillement ; souvent il en a fait un thrène sublime, une œuvre de sentiment grave et de pitié profonde — suivie, à la manière antique, d’un allegro, d’un scherzo, ou d’un aimable menuet. Et dans cette déploration de la destinée, dans ce chant de deuil qui va au fond des choses, nulle pensée humaine n’a été plus pénétrante, plus émouvante, plus belle que la sienne :
Ce thrène — je ne vois pas ici de mot plus exact et plus juste selon l’histoire, selon le caractère du compositeur et selon le sujet traité dans cette composition — sert d’adagio à la Troisième Symphonie, dite l’« héroïque ».
Thrène aussi, l'admirable andante maestoso (marche funèbre sur la mort d’un héros) de la Sonate pour piano op. 26, où Beethoven, avec les moyens les plus simples (seconde partie en la b), produit un effet digne des plus grands poètes tragiques.
Thrène admirable aussi, l’adagio de la Sonate op. 22, — cantilène qui semble avoir été écrite pour un awlos hellénique :
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Thrène admirable encore, le largo de la Sonate op. 7, qui débute par des gémissements, comme un chœur antique :
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Le mouvement lent n’est pas indispensable. Ainsi le presto agitalo de la Sonate op. 27, n° 2, peut être considéré comme un thrène ; et le finale de la Marche funèbre de Chopin est l'expression d'une douleur éperdue !...
Sans doute, nous avons l’air d’'abuser des mots en imposant à des œuvres de Beethoven un titre auquel Beethoven ne songeait pas. Mais la nature essentielle des œuvres importe plus que leur étiquette. Il est impossible de connaître l’évolution du thrène, d’avoir lu Eschyle et Sophocle, et de ne pas sentir qu’il y a là, — par une sorte d’aboutissement de l'histoire, — reflétée dans la conscience individuelle d’un compositeur génial et promue à une suprême beauté d'expression, toute l'expérience de l’humaine destinée avec tout ce qu’il y a de douloureux, de tragique, de néant, et aussi d’invincible espérance au fond de la vie!