‹ Études de philologie musicale IIIChapitre 124 sur 169 · APOLLON. TROIS INSCRIPTIONS ATTIQUES · texte numérisé non relu

APOLLON. TROIS INSCRIPTIONS ATTIQUES

vrai dire, Eschyle est un poète ; nous savons qu'il était très religieux ; mais c'était aussi un lyrique de langage hardi. Il est possible qu'il détourne ici de son sens religieux et qu'il ramène à l’usage courant, avec une légère nuance de scepticisme ou d'indépendance dans la pensée, un mot qui depuis longtemps avait une signification plus haute. Mais peu importe ; ces textes suffisent à la détermination du premier sens historique du mot.

Ce sens est attesté aussi par les étymologies que les anciens euxmêmes ont essayé d’en donner. C'est ainsi que, accessoirement sans doute, Dionysos est appelé « péonien », épithète donnée aussi à Athénè (Pausanias).

Mais, pour un primitif, la guérison d’une maladie est, au même titre que la maladie elle-même, l'œuvre d’un Esprit ; bien plus, elle est un Esprit. On la spiritualise donc, on ladivinise ; on en fait une puissance spéciale, objet d'incantations spéciales. Un remède devient le Remède; et un convalescent adore sa propre guérison.

C'est ainsi qu’à une époque déjà très éloignée de la civilisation primitive (et où certaines confusions apparaissent déjà dans l'emploi des mots), Homère parle de Paiéôn comme d’un médecin immortel et divin qui guérit les dieux, ce qui suppose une longue période antérieure où on l’a considéré comme guérissant les hommes. C’est une personne. Adès (Pluton) monte au palais de Zeus pour faire soigner par lui une blessure ; de même Arès blessé par Diomède (1). Il est le patron, l’ancêtre mythique des médecins (2). Dans un. fragment d'Hésiode, il est désigné comme capable de guérir tous les maux (3).

8 3. — Apollon. Trois inscriptions attiques.

Nous voilà au second stade de l’évolution; il yen a plusieurs autres.

Les privilèges etles facultés que l'imagination populaire attribue aux Esprits, devenus ensuite les dieux, ne sont très souvent qu’une répétition de la même idée : par exemple, le pouvoir de rendre l’homme heureux et d’écarter de lui tout ce qui est mauvais. D’autre part, il y a comme un encombrement de mythes ; il s'établit entre eux une sorte de lutte pour la vie ; les plus brillants absorbent ceux que la légende n’a

(1) ZL., V, v. 401 et suiv. ; 899 et suiv.

(2) Odyss., IV, v. 231.

(3) Εἰ μὴ Απόλλων Φοῖόος ὕπ ᾿ἐκ θανατοῖο sawoet ἡαὐτὸς Παιήων, ὃς πάντων φάρμαχα οἶδεν.

pas faits assez intéressants ou assez terribles. L'Olympe s'enrichit de «doublures ». On pourrait dire aussi qu’en divinisant la guérison, les primitifs posent un problème auquel ils ne donnent qu'une solution provisoire ; et que plus tard, quand ils attribuent le pouvoir de guérir à un dieu en possession d’un culte régulier (Apollon par exemple), ils donnent à ce problème sa solution définitive.

De là un fait qui produit dans les documents une assez grande confusion. Le pouvoir de guérir est tantôt personnifié à part et invoqué comme une divinité spéciale ; tantôt 1] est ajouté aux qualités d’autres dieux avec la conception desquels on le confond. C’est ce qui est arrivé pour plusieurs « rois » de l'Olympe antique, et en particulier pour Apollon. Ils ont bénéficié des privilèges d’abord attribués à un (TOI » VOISIN.

Apollon qui est le dieu de lumière, le dieu du soleil qui lance au loin les traits de son arc d’argent, était l’objet, à l’origine, d’un chant particulier, appelé « philhélias » (Macrobe), où il était invoqué comme dieu du jour. Bientôt, par une association d'idées facile à deviner, il devient le dieu de la santé, adoré comme tel (Oulios ?) dans certaines villes (Délos, Lindos. Il devient lui-même le dieu de la guérison. Il absorbe les qualités de l’ancien dieu Paiôn. Il lui prend même son nom qu'il ajoute au sien {ainsi paraît-on avoir fait pour Pallas-Athéné, et d’autres dieux). Après avoir chanté le pæan pour Péan, on le chante pour Apollon. Une confusion du même genre se fait pour d’autres divinités, principalement pour Asklépios.

Un marbre trouvé dans le voisinage d'Athènes et aujourd'hui conservé à Cassel, contient trois inscriptions qui peuvent donner une idée de ces faits un peu confus :

Réveille-toi, Asclépios Paieôn, souverain des hommes,

Enfant bienveillant du fils de Latone et de Koronis.

Ayant chassé le sommeil de tes paupières, entends

Les prières des mortels, tes sujets, qui, dans leur joie, rendent propice Ta puissance, Asklépios bienveillant, et tout d’abord Hygiée. Reéveille-toi, léien, et entends ton hymne. Salut!

(Inscriptions attiques de l’époque romaine, vol, II, 1'6 partie, édit, G. Dittenberg, n° 171.)

Ce texte évoque bien l'idée d’une incantation, d’un carmen autrefois chanté; cette idée ressort non seulement de l'usage répété de la formule

très usuelle : Réveille-toi ("Eypeo) (1), mais de la claire désignation de

(1) Cette formule d'appel, ἔγρεο, Surge, lève-loi, est passée de la magie dans le

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