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LA MUSIQUE PENDANT LES REPAS

régulier des « hécatombes » y soit assuré. Ce noble mot d'hécatombe cache une opération toute pratique. Une fois les mythes créés et la religion fondée, les cérémonies du culte, décrites par les poètes antiques, sont très complexes. Le seul fait à noter ici, c’est que les formes de la magie primitive, fondée sur l'incantation, y sont maintenues (associées à des éléments très nouveaux), parce qu'il s’agit d’un acte religieux.

Banquets religieux.— Au premier chant de l'/liade, Ulysse va rendre la belle captive Briséis à son père, et fait ensuite un sacrifice expiatoire à Apollon. Voici, d'après Homère, l’ordre des cérémonies constituant ce sacrifice :

1° Prière : « entends-moi, dieu dont l’arc est d'argent, εἴς...»

20 Immolation des victimes, dépecage, préparation des viandes, cuisson (grillade et rôti) ;

3° Banquet : chacun recoit « part égale pour satisfaire sa faim et sa soif » ;

4° Musique, chant d’un « beau péan » où on célèbre, pour achever de l’apaiser, « Apollon qui lance au loin ses traits ».

Le n° 1 et le n° 4 de ce programme sont des survivances de la magie primitive se dissociant en parlé et chanté pour encadrer les rites d’une religion, et perdant le caractère d'une contrainte pour prendre celui d'une prière ou d’un hymne d'actions de grâces.

Dans l’Hymne homérique, lorsqu’Apollon, recrutant lui-même ses officiants, leur indique ce qu'ils auront à faire, le programme est le suivant :

(1° Allumer du feu ; offrir la farine d’orge) ;

2° Prière autour de l’autel ;

3° Banquet, avec libations « aux dieux bienheureux qui habitent l'Olympe » ;

4° Chant de l’/opéan.

Banquets semi-religieux. — J'appelle ainsi un banquet comme celui qui est décrit au VIII chant de l'Odyssée. Le roi des Phéaciens, Alcinoüs, considère comme un devoir sacré de donner l'hospitalité à Ulysse. La cérémonie comprend :

1° L’Zmmolation (1) d’un certain nombre de moutons, de porcs et de bœufs ;

2° Le repas ;

(1) Le mot dont se sert le poète (v. 59) et le nombre des animaux tués ont un caractère rituel.

3° Les chants, avec accompagnement instrumental, de l’aède aveugle Démodocus. — « La phorminx accompagne tous les festins brillants, » est-il dit dans la conclusion du récit. ,

Banquets profanes; survivance d'usages religieux. — Un banquet comme celui de Xénophon, bien qu'il réunisse des hommes distingués qui sont d'esprit très libre, conserve, par tradition religieuse, les deux dernières parties des programmes précédents : alimentation et musique. On boit, on mange, — et on pœanise.

A Rome, mêmes usages et même évolution. Quintilien dit que les anciens Romains avaient l'habitude d'employer à table les cordes (} 465) et la flûte. Cet usage s’accentua lorsque les mœurs grecques passèrent à Rome : seulement, le sens des liturgies primitives s’altérant peu à peu, ce qu’on pourrait appeler le « concert à table » ou « après boire » devint une élégance réservée aux familles riches. Horace, dans un rapprochement significatif, parle de la lyre qui est à la fois « amie de la table des riches et amie des temples » (1). Plus tard, comme nous l’apprennent Pline et Martial, on inséra dans les festins une lecture ou une manière de conférence ; enfin les convives moins délicats préférèrent des danseurs de Gadès ou de Syrie qui accompagnaient du jeu des castagnettes leurs mimétismes voluptueux : on eut des bouffons, des acrobates et même des gladiateurs.

Malgré ces extravagances licencieuses, on voit persister le rôle du musicien, avec un caractère religieux. Plutarque, qui écrit à la fin du premier siècle de l’ère chrétienne, examine « quelles choses sont spécialement bonnes à entendre lorsqu'on est à table», et, après avoir rappelé que, de toute antiquité, la cithare est associée aux festins, il ajoute : « Pour la flûte, même quand on le voudrait, il ne serait pas possible de la bannir de nos tables : elle est indispensable pour les libations » (2). C’est pour ce même motif (les libations, devenues plus tard de simples compliments) que les convives antiques portaient des couronnes sur la tête,

Banquet moderne. — Très cultivé, éclectique, jaloux de son indépendance, mais profondément attaché, malgré lui et à son insu, à des traditions lointaines, l'esprit moderne a tiré de tout cela un type de banquet où les éléments d’origine rituelle sont reconnaissables,

Au mois de juillet 1906, j’ai assisté à un grand banquet donné par la Chambre de commerce américaine de Paris pour fêter l'anniversaire de

{τ 10. 5...1}} ΤΙΣ: (2) Questions de table, VII, 8.

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