CONSTITUTION DU CULTE
etc.…., ou indiquant un sentiment de respect (1° rituel de la cérémonie Hako). C'est bien le lyrisme sous sa forme initiale ; la magie fournit l'élément premier : plus tard, l'imagination des poètes brodera là-dessus (souvent, elle conservera l'élément initial, l'appel à l'Esprit, ou la formule magique essentielle, pour en faire le refrain que les modernes ne comprendront plus).
Il y a une ressemblance profonde, digne de réflexion, entre le culte des Dionysos antiques et cette cérémonieHako, chez les Indiens de l'Amérique du Nord. J’ensignale les principaux traits. Le but de cette cérémonie est : 1° d'obtenir, pour certains individus, les biens de la vie, des enfants, la force, l'abondance, la paix ; 20 de créer un lien d'amitié entre les participants. Il y a en effet deux groupes de célébrants, appartenant à des clans distincts (Miss Fletcher, The Hako, a Pawnee Ceremony, p. 280). Il y ἃ une « préparation », puis la cérémonie proprement dite. De l'ensemble paraît résulter comme probable que le but initial était de faire croître un clan en nombre et en puissance, et de le perpétuer par des naissances continuelles d'enfants (ibid.). Les formes employées pour exprimer ce désir viennent de cérémonies primitives caractérisées par des symboles et des rites représentant les «pouvoirs créateurs ». Ces forces cosmiques, mâle et femelle, sont le jour et la nuit, le soleil et la lune, le ciel et la terre. L’aigle et l’épi de blé représentent en général les principes mâle et femelle. I1 y a deux aigles : le blanc (le père, le défenseur) et le gris (la mère, celle qui construit le nid). Les plumes de l’aigle blanc, principe mâle, sont attachées à un bâton peint en vert (symbole de la terre, principe femelle) ; celles de l’aigle gris, au bâton peint en bleu, symbole du ciel, demeure de Tira'wahut. L’épi de maïs, né de la « mère Terre », — ce mot est dans Eschyle : Μᾶ Γᾶ... — est peint symboliquement pour représenter un contact vivant avec le ciel : une partie est peinte en bleu, etle bâton où il est fixé est surmonté d’une plume blanche (:bid., p. 45, gravure en couleurs). — Le second objet dela cérémonie est probablement une conséquence tardive du premier. Dans une société composée de clans, le gage de la paix est cherché dans des enfants nés de parents qui représentent des groupes politiques différents.
Chacun des rites de cette cérémonie est complet en lui-même, mais ils forment une suite ininterrompue. Les chants sont au nombre d'une centaine. Du commencement à la fin, le rituel est réglé avec une telle minutie, qu’une variante ou une omission oblige à annuler tout l’ensemble (ibid., p. 24; cf. les usages romains, /udi instaurati).
Comme les Grecs antiques, les Pawnees veulent agir par l'incantation sur les forces de la nature et les sources mystérieuses de la vie. Le principe est le même : de part et d'autre, il y ἃ même sentiment, même pensée, même germe de grande poésie lyrique ; et dans les modalités d'imitation, ce n’est pas du côté grec qu'il y ἃ le plus de décence et de goût. La seule différence est que les Indiens n’ont pas pu sortir de la magie musicale et sont restés au premier stade de l’évolution, tandis que les Grecs sont alles beaucoup plus loin.
ἢ 3. — Constitution du culte.
2° De l'Esprit auquel on rapporte tous les phénomènes aboutissant à la production du vin, on fait peu à peu un dieu personnel, auquel on constitue une biographie.
Lorsque cet Esprit a un nom (ce qui est un fait postérieur et ‘très important pour des primitifs), — un nom tiré probablement de la langue ou du dialecte du pays réputé pour avoir inauguré le culte de la vigne, — on en fait un « dieu », et on lui compose une légende, une famille, un cortège où des idées accessoires sont personnifiées ; enfin on établit des dogmes avec un culte régulier. Une religion succède à des rites de magie. On imagine — assez tardivement — un dieu beau, jeune, avec des formes délicates, des boucles de cheveux qui retombent sur les épaules ; on lui donne une grâce féminine. Les attributs qui lui conviennent sont faciles à trouver : le pampre, la grappe de raisin, le lierre, dont les feuilles ressemblent à celles de la vigne sans avoir ses grandes dimensions gênantes. Comme la vigne est sous la dépendance directe du climat, on imagine que ce dieu est fils de Zeus, le souverain de l’atmosphère, et de Sémélé, personnification probable de la terre à l'époque du printemps. — « C’est de l’or qui tombe ! » disent encore aujourd’hui nos paysans quand une ondée bienfaisante vient rafraîchir leur vigne malade de sécheresse. De même, Zeus féconde Sémélé (comme Danaé) sous la forme d’une pluie d’or, pour donner naissance à Dionysos.
Comme la culture de la vigne n’est pas le privilège d’un seul pays, et comme, d’autre part, la croyance aux Esprits et l’usage de l’incantation sont universels, il y a plusieurs Dionysos, dont la légende est adaptée à l'esprit local de chaque pays. Comme la culture de la vigne se répand peu à peu dans le monde, produisant dans la vie sociale un changement économique, soit un progrès de la civilisation, on fait de Dionysos un conquérant, on lui donne les attributs d’un triomphateur, etc., et on se grime, on se barbouïlle le visage, on s’affuble de peaux d'animaux, soit pour figurer le dieu et son cortège, soit pour représenter les êtres et les forces de la nature dont l'idée est liée à un tel culte : ce sera l’origine du masque tragique. — Pour inventer des mythes capables d'expliquer les choses, le génie grec n’a jamais été embarrassé. Pour lui, religion et poésie, c'était tout un. Alors s'organise le dithyrambe.
$ 4. — Le dithyrambe artistique.
Le dithyrambe est une incantation développée et ornée, transformée en chant choral d’apparat, à un moment où la religion succède à la magie.