LE DRAME LITURGIQUE CHEZ LES GRECS
côté religieux et du côté social, grâce à l'imagination d’un poète hellénique. Ce qui subsiste et subsistera toujours (même sous des formes nouvelles) des anciens rites, c’est l’invocation ; c'est aussi le principe même des rites qui accompagnent les formules orales : l’imitation.
$5. — Le drame liturgique chez les Grecs.
Dans le culte initial de Dionysos, à côté des choses dites (ou chantées), il y avait les choses faites, l'action, dont l’objet était de représenter tout ce qui est essentiel dans la conception de la personne du dieu. Cette dualité formera toujours la base du théâtre grec, etil nous paraît facile de saisir les divers moments de l’évolution.
Lorsque le dieu a une légende complète, la partie mimée prend plus d'importance et de développement. Lorsqu'il est rattaché aux autres dieux, l’invocation n’a plus un objet unique, étroitement limité, et s’enrichit de toutes les idées morales sur la condition de l’homme, la nécessité de la modération et de la sagesse, etc., etc., qu’entraîne cette généralisation. En même temps que le point de vue se déplace et que l'horizon s'agrandit, s'effectue peu à peu un progrès décisif. A l’origine, c'est un seul officiant qui, avec le concours d’autres hommes servant de figurants ou de comparses pour les cortèges, est chargé de mimer la légende ou certains épisodes caractéristiques de la légende de Dionysos; il est, non pas soliste ou #7onologuiste, comme on dirait aujourd’hui, mais « pantomime ». Puis il s’adjoint un « second acteur ». Enfin la cérémonie rituelle n’ayant plus un caractère exclusivement religieux et étant associée à une solennité politique (fêtes lénéenes, Anthesléries, grandes Dionysies), on songe tout naturellement àtraiter d’autres légendes divines que celles de Dionysos. Dans une dernière période, — où, d’ailleurs, on ne rompra jamais d’une façon absolue avec le principe du mythe, mais où on se rapprochera de plus en plus de la réalité, — on traitera des légendes purement humaines. Le chœur, qui était d’abord l'essentiel parce qu'il représentait l’incantation primitive, verra son rôle diminuer peu à peu et sera obligé de céder la première place aux simples acteurs. Avec Sophocle, avec Euripide surtout, il commencera à être dépossédé et à devenir un hors-d'œuvre. Pendant la période romaine, l'orchestre qu'il abandonne pour la scène, devient un demi-cercle ; chez les modernes, ce sera moins encore; et, d’autre part, sur la « scène », le progrès continuera de plus en plus, dans un sens opposé.
On traite des sujets « tragiques »? Sans doute ; maisil ne faut pas être dupe de ces mots de «terreur et pitié ». C’est, comme dirait Montaigne, « un fantôme à estonner les gens ». Il s'agit avant tout de rehausser l'attrait d'une grande fête populaire, et on peut y arriver, entre autres moyens, par des spectacles qui, en dépit de l'opinion de Nietzsche, n'ont rien de douloureux, d’austère, de sombre ou de « pessimiste », parce que la poésie les enveloppe et les transforme en beauté, Ainsi, une Parisienne très délicate mettra dans son salon la statue en bronze d’un dieu chinois monstrueux, ou un masque jäponais grimacant, non pas pour effrayer ses hôtes, ou exprimer son « pessimisme », mais parce que ce sont des pièces d’art, d’un travail curieux. N'oublions pas, d’ailleurs, que les Grecs avaient aussi, à côté de la tragédie, le drame satirique et la comédie.
Σ 6. — Le drame liturgique au moyen âge.
Partout, le drame a eu des origines religieuses (Dietrich, p. 191). Chez beaucoup de peuples, il est sorti des danses magiques. Le caractère sacré originel du théâtre hindou est attesté par l'usage persistant de faire la consécration solennelle du lieu où l’on joue et de commencer par une prière. Au Japon, la pantomime du Dengaku paraît évidemment sortie de danses orgiastiques et a été comparée aux fêtes de Dionysos. Chez les Persans, on a chanté d’abord les malheurs de certains héros religieux ; puis on les a représentés en personne (comme Houssein) en leur faisant réciter une complainte, et on est arrivé enfin au vrai drame.
Un sujet d'étude qui est plus voisin de nous et qui permet de fortifier ces considérations par un groupe de faits très important, c’est le drame liturgique du moyen âge, tel qu’il s'est développé en France, en Angleterre, en Allemagne, en Italie et en Allemagne. Si on le compare spécialement à la tragédie grecque, on observe trois caractères communs.
D'abord, tout le théâtre sérieux du moyen âge sort de la liturgie. Le T'e Deum laudamus qui termine ces compositions et aussi les drames les plus profanes estcomme le cachet final attestant la provenance d’un document. Un même processus conduit du dithyrambe rituel à la tragédie, de l'office catholique au mystère, comme de l’ancien cantique persan au tazyeh moderne. Le lieu de la scène est l’église elle-même, la nef, plus tard le seuil de l’église. La langue employée est celle de la