CHAPITRE NEUVIÈME
L'ORIGINE DES GENRES LYRIQUES (suite).
Le thrène, le péan, le dithyrambe, sont les principaux genres lyriques. Les anciens en avaient beaucoup d’autres d’origine analogue. On peut les diviser en deux classes : chants religieux et chants de travail.
Pour les premiers, il est inutile de reproduire les raisons qui nous permettent de voir en eux une extension et un développement de l’incantation primitive. Je me bornerai à de brèves indications, en me servant surtout du XIV: livre du Banquet d’'Athénée.
δι, — Chants religieux d'origine magique. Divers.
Au culte d’Apollon se rattachent :
Les daphnéphoriques où chants du porteur de laurier (1). Tous les ans, on prenait comme prêtre (2) annuel d’Apollon un enfant de famille noble, beau et robuste, qui portait un rameau dans le temple du dieu. Le chant accompagnait la procession. Il en est de même des tripodéphoriques (chants des porteurs du trépied), des épilæmies {chants contre la peste), des épinicies chants pour la victoire, des embatéries (chants de marche de soldats armés).
Au culte de Dionysos se rapportent les oschophoriques chants accompagnant les porteurs d’une branche de vigne, les parœænies {chants de buveurs), les 2/hyphalliques, les épilènies ou chants du pressoir, les chants des ascôlies (fêtes des outres graissées sur lesquelles on sautait à cloche-pied), le fhriambe...
Le culte de Cérès enveloppe toutes les chansons accompagnant les divers travaux qui ont pour objet la préparation du pain, et en premier lieu, la chanson des moissonneurs. Athénée nous apprend, d’après l’auteur d’un livre perdu sur les péans, que les grosses gerbes d'orge
(2) Ἱερέα, dit Pausanias, 1x, 10, 4.
s'appelaient oulos et ioulos, que Cérès elle-même avait recu ce dernier nom, si bien queles richesses de la terre, la déesse qui les représentait, le chant qu’on lui adressait (et le refrain de ce chant), tout cela était désigné par le même mot. Il cite ensuite un très curieux passage de ces chansons :
Πλεῖστον οὖλον, οὗλον, ἵει, ἴουλον ἵει, Envoie-nous beaucoup de gerbes, des gerbes, envoie-nous des gerbes!
formule qui a tous les caractères d’un chant (répétition), d’un refrain (l'ioulos est le nom même du chant) et enfin d’une incantation (ordre, — ici prière — à un Esprit).
Dans la même catégorie, on peut classer le ptistique, chant qui accompagnaitle décorticage des épis de blé; l’igdis, chant et danse du mortier; l’himaios (1), air chanté quand on tournait la meule; le #actrismos, chant et danse de la huche et du pétrin…
L'oupingos était un chant pour Artémis.
Ces chants populaires n'ont pas été fixés; moins heureux que le dithyrambe ou le péan, ils n’ont pas abouti à une forme brillante, savante et artistique. Sans en dresser la liste complète, ce qui serait fort long et presque impossible, il importe de ne pas oublier leur existence, bien que nous ne puissions donner que leurs noms. Tous procèdent d’une idée magique initiale, peu à peu combinée avec une recherche d’agrément où une préoccupation sociale de métier. [ls représentent l’art populaire, inférieur à l’art des poètes et des compositeurs de profession, mais inférieur comme l'humus l’est à la plante qu’il fait fleurir.
Entre les chants religieux et les chants de pur travail, il y aurait bien des groupes à placer; par exemple, les chants dits par les vierges ou pour elles : les parthémies, les érotiques, l'hyménée, l'épithalame, genres qui avant d’être traités par des musiciens-poètes, lettrés et artistes, s’étaient formés spontanément dans la région des croyances populaires. Athénée, d’après un auteur d’ÆErotiques, cite le nom et les trois premiers mots d’une chanson qui paraît s’être appelée Eriphanis et où le chantest mis au service de l’amour malheureux. Il en explique ainsi l’origine. Eriphanis tombe amoureuse du chasseur Ménalque ; pour le conquérir, elle se fait chasseresse : elle parcourt les bois, les déserts, le monde entier, comme Io, en chantant un « nôme » qu'elle a composé.
‘ - 5 n/ (τ) Ἱμαῖος (Hô).