‹ Études de philologie musicale IIIChapitre 143 sur 169 · LE LYRISME MAGIQUE CHEZ LES INDIENS · texte numérisé non relu

LE LYRISME MAGIQUE CHEZ LES INDIENS

perpétuité et la force de la tribu, abondance des fruits de la terre, sécurité, etc. ; c’est l'équivalent du culte de Dionysos chez les Grecs. Dans cette sorte d'introduction à l’ensemble de la cérémonie, sont successivement invoqués tous les Esprits qui servent d’intermédiaires entre les hommes et Tira'wa, la « grande Puissance ». Le nom de l'Esprit invoqué est en capitales dans chaque strophe (1).

I IV Ho-0-0 ! H0-0-0 !

l’hare, ’hare, 'ahe ! l'hare, ‘’hare, ‘’ahe ! l'hare, ’hare, ’ahe ! l'hare,’hare,'’ahet!

Heru! Awanoksau. He! Heru ! H'Uraru. He!

l'hare, ‘'hare, ’ahe. l'hare, ’hare, ’ahe!

II V Ho-0-0 ! Ho-0-0 !

l'hare, ’hare, ’ahe! l'hare, ’hare, ’ahe!

l'hare, ’hare, 'ahe ! l'hare, ’hare, ‘’ahe!

Heru ! Hororu. He ! Heru! Tonaru. He!

l'hare, ’ahe ! l'hare, ’hare, ‘ahe!

III VI Ho-0-0 ! Ho-0-0 !

l'hara, ‘’hare, ’ahe! l'hare, ’hare, ’ahe!

l’'hare, ’hare, ’ahe! l'hare, ‘'hare, ’ahe !

Heu! Shakuru. He ! Heru! CHanaru. He!

l'hare, ’hare, ’ahe ! l'hare, ‘’hare, 'ahe !

Nous savons qu'il s’agit d'une cérémonie de magie. Nous avons la mélodie de ce lyrisme tout primitif et le détail des circonstances où elle était chantée; alors même que nous ne la posséderions pas, 1] nous sufhrait de constater la répétition des formules et l'identité des strophes pour en déduire le caractère musical de tout le morceau.

Voici maintenant l'explication de ce texte par Miss Fletcher :

ho-o-0 ! — exclamation qui sert ici de prélude ou d'introduction au chant.

l’hare — exclamation indiquant que l'attention se fixe sur quelque chose d’important dont il faut considérer le sens et l’enseignement.

’hare — abréviation du mot précédent.

’ahe = autre abréviation, avec changement de l’r7 en ἢ.

heru — exclamation respectueuse, comme en présence de quelque chose de sacré.

he = autre abréviation de J’hare.

Qu'y a-t-il, en somme, dans chacune des strophes de ce « carmen » ? Une exclamation qui est une sorte de geste imposant l'attention, et le

(1) Twenty-second annual report of the Bureau of american ethnology, contenant The Hako, a Pawnee ceremony, par Miss Alice C. Fletcher, 1 vol, 371 p.

nom de l'Esprit invoqué. Voilà les deux pauvres éléments de tout ce lyrisme ! Le geste vocal se réduit à une ou deux interjections (40o-0-0 et l'hare).

Un graminairien habitué à manier des propositions et des formes analytiques, ne trouve là rien qui le satisfasse ; et s’il en est ainsi, c’est qu'il ne s’agit pas d’une composition littéraire, mais d’une composition musicale. Voilà le fait essentiel et premier. D’autres faits accessoires contribuent à le mettre en lumière.

Comme 1] n’est pas un beau parleur, ou parce qu’il n’a pas à sa disposition des mythes constitués, favorables à l’essor de l’imagination poétique, ou bien encore parce que la mention de ces mythes n’est nullement nécessaire à l’opération magique, le poète-chanteur magicien se borne, pour tout développement, à modifier la forme de l'interjection (l'hare, ’hare,'ahe, he). En laissant de côté la petite introduction (ho-o-0), on peut dire que la première strophe se résume ainsi en un cri: He Awahokshu ! et la seconde : He Hotoru ! et la troisième : He Shakuru ! εἴς... C'est là essentiellement /a formule magique. Ce n’est presque rien ; pour le magicien, la mélodie sur laquelle cela est dit — l’incantation — est l’important.

Même observation à faire sur le chant adressé, la nuit, aux Pléiades (douzième rituel de la même cérémonie Hako) (1) :

I II Weta racha ; ha ! Weta racha ; ha !

W'eta racha : weta racha : Weta racha ; wela racha ; CHAKAA ! CHaKkaA ! H Ruto Chiaro ! Ha! Wira ; ha ! Ruto Chiaro ! Ha ! Wira ; μα!

Traduction de ce texte par miss Fletcher :

Weta — Venant, approchant (appliqué aux étoiles qui apparaissent à l'horizon). racha = s’élevant en haut (id.).

ha ! = regardez, voyez !….

CHak4a — nom des Pléiades.

Ruto = c’est

Chiaro = bien

Wira — venant, apparaissant.

ha l=yoyezl,

Ici encore, il n’y a guère qu’une exclamation, un geste, et un nom

magique.

Supposez maintenant un chanteur qui, au lieu d’être un « primitif »

(1) Miss Alice C. Fletcher, ibid.

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