‹ Études de philologie musicale IIIChapitre 144 sur 169 · LES REFRAINS DE MAGIE ET LE LYRISME GREC · texte numérisé non relu

LES REFRAINS DE MAGIE ET LE LYRISME GREC

ou un demi-sauvage, soit un « poète lyrique » au sens que les anciens donnaient à ce mot, c’est-à-dire un artiste ayant à sa disposition, comme matière de poème, des mythes précis et brillants , un homme doué d'une grande imagination et suffisamment affranchi des croyances de la magie pour ne pas rester prisonnier de certaines formules. Il procédera autrement, tout en suivant la tradition sur certains points. Il conservera la composition par strophes, et il s’inspirera toujours d’une pensée religieuse. Mais comme, au lieu de parler à un Esprit dont il ne sait que le nom, il s'adresse à un dieu personnel ayant une biographie et une légende fixées, il étoffera ses strophes d’une matière riche et brillante. Il mettra d’abord dans son invocation un peu plus de civilité, de « facon » et de rondeur (comme fait Terpandre, dans le fragment de lui qui nous a été conservé, et qui n’est pas très sensiblement différent des textes que je viens de citer). Peu à peu, au lieu de varier des interjections, 11 développera des idées, il exposera des faits. Toutes cesonomatopées qui suffisaient au primitif s'évanouiront comme insuffisantes pour un esprit cultivé; il n’en restera que la formule-type (16 Hotoru! — He Shakuru ]...). qui sera comme la marque distinctive et le caractère traditionnel d’un genre transformé : ce sera le refrain, gardant son air mystérieux d'autant plus bizarre qu'il est une survivance de vieux usages en pleine civilisation moderne. Dans le refrain reparaîtra et se condensera l’incantation primitive.

$ 4. — Les reîfrains de magie et le lyrisme grec.

Le lecteur jugera peut-être que pour aller des Indiens Pawnees aux Grecs de l'antiquité classique, 11 est difficile de trouver une passerelle solide comme transition. C’est pourtant à la lumière des faits qui viennent d'être exposés que peut s'expliquer le lyrisme populaire antique, base du lyrisme savant. La magie est un fait universel ; en matière de rythme, ses procédés sont partout les mêmes.

Il y a, chez les Grecs, un certain nombre de genres lyriques dont la plupart ne nous sont connus que par leurs refrains. Ces refrains sont très curieux. [ls donnent lieu aux observations suivantes :

1° Chaque refrain indique le nom de la divinité à laquelle le chant est adressé.

2° Ce nom est précédé d’une interjection telle que ὦ, ἰώ, ié, αἷ...

3° L’interjection et le nom constituent une formule indissoluble qui désigne la chanson tout entière, et sert même quelquefois d’épithète au dieu pour qui l’on chante. Exemple:

aï-Linos (Linos désignant ici à la fois un refrain, un genre de chant et un personnage mythique);

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