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LA MUSIQUE DESCRIPTIVE ET LA MAGIE

blable, c'estquela musique descriptive ouimitative est, historiquement, la première de toutes. Quoi qu'il en soit, elle occupe une place si considérable que pour produire tous ses titres à notre attention, c'est l'histoire musicale tout entière qu'il faudrait passer en revue.

Je ne m'attarderai pas à citer des exemples de musique descriptive, depuis la Danse macabre et les admirables poèmes symphoniques de Saint-Saëns, jusqu’à Notker Balbulus (x° 5.) en remontant le cours des âges ; je reprendrai tout de suite une question récemment traitée quelles sont les origines de ce genre de composition ?

C'est bien plus haut que le moyen àge qu'il convient de remonter.

Chez les anciens, nous trouvons la musique descriptive associée aux cultes religieux, ce qui nous permet de la rattacher à la magie primitive, fondée, comme je l’ai montré, sur limitation. Je citerai comme exemple le célèbre nôme pythien, véritable « symphonie à programme » de l’antiquité, ancêtre vénérable de toutes les « batailles » en musique de la Renaissance. En voici le sujet.

La victoire d'un dieu sur un monstre est une tradition commune à toutes les mythologies de la race aryenne. C’est un symbole, dont le sens le plus général est la lutte de la lumière contre les ténèbres. A Delphes, ce symbole avait un caractère plus précis et plus local.

D’après une tradition rapportée par Eschyle dans ses Æ’uménides, il y avait d’abord à Delphes un sanctuaire où l’on adorait Gœæa, la Terre. Ce sanctuaire portait déjà le nom de Pytho, c'est-à-dire, d’après une étymologie très vraisemblable du mot, le lieu où l’on venait interroger un oracle. Dans ce sanctuaire était nourri un serpent qui en était considéré comme le gardien. Quand le culte nouveau d’Apollon fut introduit à Delphes, on imagina la légende suivante : Apollon avait eu à détrôner Gœa, à prendre possession du trépied fatidique et à tuer le serpent qui le gardait. Par cette victoire, il était devenu le dieu « Pythios », le dieu qui rend des oracles.

On célébrait ce mythe dans une fête solennelle, la fête des Septéria, qui avait lieu tous les neuf ans, et dont une partie importante avait pour objet de représenter, d’une facon vivante, dans une sorte de drame hiératique, la victoire du dieu. Nous pouvons distinguer, dans ce culte, trois sortes d'imitation:

1° Sur une des terrasses de Delphes, on élevait une cabane de bois et de feuillage : ; c'était la demeure du serpent. Un adolescent d’une rare beauté, choisi parmi les familles les plus nobles, devait représenter Apollon. Au jour fixé par le rituel, il s’avançait au milieu d'un profond silence, suivi de jeunes gens qui tenaient des torches allumées. Quand

on était arrivé à la cabane qui était censée être la retraite du monstre, on y mettait le feu, puis la troupe tout entière prenait la fuite. Cette fuite avait aussi sa raison d’être dans la légende du dieu. La tradition disait en effet qu’Apollon, une fois souillé par le meurtre de Python, s'était réfugié dans la vallée de Tempé pour s’y purifier ; de là, il était revenu à Delphes, escorté d'une pompe sacerdotale, la tête couronnée du laurier sacré dont il tenait un rameau à la main. Pour représenter cet acte de la vie du dieu, les Delphiens, après la fête des Septéria, envoyaient en pèlerinage à Tempé un certain nombre de jeunes gens choisis, qui, pour accomplir ce voyage, suivaient la même route qu'Apollon était censé avoir suivie. A Tempé, le jeune homme qui jouait le rôle d’Apollon était soumis à des cérémonies de purification et à des rites expiatoires. Il cueillait ensuite une branche de laurier consacré et rentrait à Delphes, triomphalement, suivi d’un cortège, comme Apollon lui-même.

Tout cela, c'est une imitation par les actes. (Je l'indique d’après Decharme.)

2° 1] y avait aussi une imitation par: la parole du poète. Nous la trouvons dans l'hymne homérique :

« Apollon, le dieu qui frappe de loin, lance son trait puissant. Déchiré de cruelles douleurs, le monstre gît, palpitant ; 1] se roule sur un espace immense, en poussant de longs et d’épouvantables cris. II s'enfonce dans la forêt, contracte ses anneaux et se tord çà et là sur le sol, jusqu’au moment où il expire, exhalant sa vie avec des flots de sang. »

3° Il y avait enfin une imitation par la musique.

Il y eut à Delphes des concours de chant, puis des concours de musique instrumentale pure (χωρὶς ὥδης) où l’on exécutait le nôme pythien.

De ce nôme, nous avons une description sommaire par Pollux et par Strabon. Il avait cinq parties, ou, comme nous dirions, cinq mouvements, pour peindre la lutte du dieu contre le serpent :

Anacrouse, où prélude ;

Ampeira, premier engagement ;

Kataléleusmos, la lutte proprement dite;

Les iambes et les dactyles, cris de victoire d’Apollon ;

Syrinx, derniers soupirs du vaincu.

Les deux écrivains antiques ne s'accordent pas dans le détail, mais une idée générale assez nette, en ce qui concerne le caractère de cette composition, ressort de leur témoignage. Il y a là une si grande variété d'effets descriptifs qu’on a cru assez longtemps que cette musique était

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