VI AVANT-PROPOS
et qui est consacrée à la grammaire de l'art, mon dessein initial était d'établir simplement le premier chapitre d’une histoire générale de la musique en remontant plus haut qu’on ne fait d'habitude; mais j'ai trouvé sur ma route, sans les chercher de parti pris, une telle abondance de documents précis, concordants malgré la diversité des pays, que l'horizon de mon travail, en s’élargissant et en m'ouvrant des perspectives nombreuses, m'a imposé un plan nouveau. De l’idée dont l'intérêt me semblait limité à celui d’une sorte de préface, est sortie peu à peu une lumière qui a été la récompense de mes efforts : elle m'a permis de comprendre, dans une vue d’enseinble où tout me paraît bien en place, la genèse et l’évolution des arts du rythme, les faits principaux de leur technique, certaines parties de leur grammaire, leurs fonctions successives dans les sociétés humaines ; lumière qui, par surcroît, éclaire plusieurs domaines voisins : l’organisation des cultes religieux, incompréhensibles sans l’incantation et la magie qui leur sont antérieurs ; la naissance de la poésie lyrique, forme libre et ornée de l'incantation devenue œuvre d’art; la plupart des systèmes d'esthétique depuis Pythagore ou Se Ma T’Sien jusqu’à Schopenhauer ; enfin, accessoirement, sur la limite encore indécise de la croyance primitive aux Esprits et du rationalisme pur, un certain nombre de doctrines philosophiques (comme la théorie des idées et des nombres dans les dialogues de Platon ou celle de 1" « imitation » dans la Poétique d’Aristote).
Avant d'arriver à cette synthèse, j'ai fait des enquêtes dans les pays où J'avais quelque chance d’être renseigné sur la musique des primitifs, soit par des documents anciens, soit par les traditions du folklore. Etudiant l’histoire musicale d’après une conception très large, Je voulais m'affranchir de la tyramnie des Grecs auxquels on nous ramène toujours et qui, trop souvent, nous empêchent de voir l’humanité. Je tiens à remercier ici ceux qui m'ont aidé dans cette tâche hardie, infiniment agréable, mais difficile.
J'offre d’abord l'hommage de ma gratitude à M. Maspéro qui, du Caire, a bien voulu m'envoyer, avec des indications précieuses, la photographie des monuments intéressant la musique et découverts en Égypte dans ces vingt-cinq dernières années.
A côté de ce nom glorieux, j'inscris avec le plus grand plaisir les noms de correspondants qui ont eu l’obligeance de répondre à mes