CHANT MAGIQUE POUR LA PLUIE CHEZ LES CHINOIS
VII. Chœur sur la pluie. Sens général des paroles : le chœur exprime sa joie de voir tomber la pluie. C'est un hymne d'actions de grâces.
Je citerai encore, comme type d'imitation instinctive réalisée par le dessin mélodique et sa direction, cette prière à Wakonda, chez les Indiens Omakas (1):
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Les guerriers chantent cette mélodie après s'être peint le visage en noir (imitation des couleurs de l’orage).
De l'Amérique passons maintenant à d’autres contrées. Les airs magiques pour la pluie reproduits par Lumholtz, Miss Fletcher, Farewell, Loomis, Troyer, etc., peuvent être rapprochés d’une multitude de faits du même genre.
$ 3. — Chant magique pour la pluie chez les Chinois.
Chez les Chinois, la pluie et le vent sont des divinités fort anciennes auxquelles on sacrifie. Le dieu du tonnerre, qui apparaît dans une période plus récente, est représenté d’après le principe magique de limitation. Un bas-relief le fait voir frappant avec un marteau sur les tambours placés des deux côtés de son char que des servants tirent sur les nuages ; 1] est précédé de personnages armés de lanières signifiant la pluie ; ailleurs, ces personnages tiennent des outres. Ces monuments,
(1) The Wa-Wan Press, vol. 3.
qui rappellent ceux du Mexique, concordent avec les textes littéraires. Le philosophe critique Wang Tch'ong (sorte de Lucien chinois qui a vécu de l’an 19 à l’an 90 de notre ère) raille déjà la conception du tonnerre qu'on représente avec la figure d’un homme fort, tenant de la main gauche des tambourins réunis et, dans sa droite, des marteaux. Aujourd’hui, ce symbole s’est modifié et fixé sous l'influence du bouddhisme : mais le dieu à tête et à pattes de coq qui représente le tonnerre tient encore dans ses mains le ciseau et le marteau (1).
Le livre des rites parle d’une « offrande pour la pluie», et M. de Groot (2) nous décrit une cérémonie qui a pour objet de « mendier la pluie ». Le chant n’y est pas mentionné expressément ; on y relève seulement les exclamations h0-laï, hô-laï (viens, ὃ pluie 1); mais ce sont là des documents tout modernes, où nous voyons les chants primitifs à peu près entièrement remplacés par les formules récitées, par les rites manuels et les symboles matériels. Il est permis de croire qu’à l’origine les choses se passaient autrement. Dans l’ancienne mythologie chinoise, la sécheresse est produite par des démons qui ont pour séjour le sud mystérieux, les contrées tropicales (Chavannes); or une des fonctions de l’ancienne musique était de régler les rapports de l’homme avec les démons.
$ 4. — Chez les Hindous.
Les Hindous avaient partagé l’année en six saisons de deux mois. Pour chacune d'elles, entre autres pour la « saison des pluies», il y avait des Rags, ou airs particuliers, d’un arrangement spécial, qui devaient être chantés dans la saison à laquelle ils se rapportaient, non dans une autre. Les modernes, ayant perdu le sens des choses primitives, ont donné diverses explications de ce calendrier musical. Ils ont dit que, d’après les Hindous, la rapidité ou la lenteur avec laquelle se propage le son est due à l’état de l'atmosphère {air raréfié ou condensé) et que, cet état variant selon les saisons, le mouvement et la nature des Rags devaient varier en conséquence (Aug. Willard). On a suggéré aussi que chaque saison produisant un état psychologique différent, la joie au printemps, la tristesse en automne, etc., on pourrait voir dans ce système une application du principe général d’après lequel la musique
(1) A. Chavanres, Etude des bas-reliefs de Kia-siang-hien (cours du Collège de France, 1908).
(2) Dans ses Etudes sur les fêtes annuellement célébrées à Emouy.