LA MAGIE MUSICALE ET LE BEAU TEMPS. LES INDIENS. LES ORIENTAUX
wivin), si le ciel devient menaçant, le prêtre chante pour dissiper les nuages une série d’airs, dont je détache un fragment donné par Hofman (1). La mélodie y est accompagnée de paroles signifiant: Le ciel est tel que je vous le dis (comme si le prêtre créait le beau temps, en affirmant que le ciel est beau) :
Assez lent
D. C. ad libitum Γαι ΩΣ - -----. ES NERO CS . —— πὸ |
Ces formules, si elles sont reproduites avec exactitude (ce que je suis hors d'état de vérifier, tout en étantdisposé à le croire),sont aussi curieuses que les formules du chant pour la pluie. Elles sont, elles aussi, une imitation ; elles aussi, elles cherchent à réaliser « le semblable par le semblable », selon la grande règle magique. J’y vois une image de sérénité. Comment cette image est-elle obtenue ἢ Je signalerais l'emploi d’une gamme sans demi-tons, si ce n’était là un effet que nous jugeons du point de vue moderne, par comparaison et contraste avec notre gamme actuelle. Mais il y a le mouvement, le grand nombre de points d'orgue, la direction descendante du dessin mélodique, symbolisant ici un retour au calme, l’arrêt prolongé sur certaines notes... Tout cela est bien approprié, sinon au génie, du moins à l'intention naïve d’un primitif qui veut arrêter une menace du temps, la suspendre, et qui la combat par l'illusion du phénomène contraire, en s’imaginant que «quand les choses sont dites — ou chantées! — elles sont faites ».
Un papyrus égyptien du British Museum, traduit par W. Pleyte, indique les « paroles magiques (à dire) lorsqu'on jette Apophis dans le feu ». Ces « paroles » peuvent être considérées comme un chant, car le même mot est employé, dans ce manuscrit (Paroles des Pleureuses), pour désigner un véritable hymne divisé en strophes avec refrain. La recette a pour objet de ramener la sérénité dans l’atmosphère et elle est accompagnée de renseignements très précis sur l'opération magique à accomplir : «..….Apophis doit être faiten cire, et son nom maudit gravé sur l’objet en couleur verte ; 1l faut ensuite le mettre dans le feu, et le feu leconsume en présence de Rä. Faites cela au matin, en plein jour, ou au soir, en présence de Rà, lorsqu'il se repose en Ankhiti, à la
(1) Journal de Folklore americain.
sixième heure de la nuit, à la huitième heure du jour, quand la nuit tombe, à chaque heure de la nuit ou du jour, à un jour de fête, au premier jour du mois, au sixième, au quinzième, à un jour quelconque : et iln'y aura plus de foudre ni de tonnerre dans le ciel. » (Traduction Pleyte.) Nous sommes autorisés à croire qu'un chant faisant partie de ce rituel magique avait lui-même, nécessairement, un caractère magique.
Au moment d’une éclipse, les peuplades sauvages frappent aujourd'hui sur des instruments de peau et de métal et font un bruit assourdissant ; ce n’est certes pas de la « musique », et nous pourrions laisser en dehors d’une histoire de l’art ce tapage grossier, rappelant le charivari encore en usage dans certaines provinces ; mais voici une légende montrant qu'il y a là une très ancienne croyance ; je l’emprunte aux Japonais :
Un jour, la déesse du soleil, Amatérasu, capricieuse comme toutes les déesses, va se cacher dans une caverne. Voilà le monde plongé dans l’obscurité et l’angoisse. Les dieux qui composent l’'Olympe d’Extrême-Orient viennent supplier Amatérasu de reparaître dans son royaume. Elle reste inflexible. Un dieu plus avisé que les autres imagine alors le stratagème suivant. Il prend six grands arcs, les attache fermement ensemble, les fixe sur le sol, et se met à faire vibrer doucement les cordes de cette harpe improvisée. Puis il fait avancer sur le bord de la caverne la blonde. Améno-Uzumé, dont la robe est brodée de fleurs, les cheveux noués avec des pampres de vigne. Tandis que les cordes des arcs se font entendre, Uzumé marque la mesure avec une branche de bambou qu'elle tient dans sa main ; puis, suivant le rythme, elle danse ; enfin elle chante. Attirée et charmée par la puissance de la mélodie, la déesse du soleil sort de sa caverne, et, avec la lumière, la joie est rendue au monde. Cette épreuve donne à réfléchir aux dieux : ils se mettent à cultiver la musique, le chant et la danse, pour que, si le cas se renouvelle, ils puissent se tirer d’embarras.
8 8. — L'Église et le rituel romain.
Je ne mets pas la religion de mon pays sur le même rang que celle des Japonais anciens ou des Nez-Percés d'Amérique. Je suis cependant obligé de reconnaître certaines analogies dans les modalités des cultes.
Il y a des processions, avec chants, pro variis necessitatibus publicis ; on y trouve une procession ad pelendam pluviam et une procession ad petendam serenitatem. Le chant y est employé pour obtenir tour à tour la pluie et le beau temps (1). Deux chanteurs y déroulent les litanies des Rogations, après quoi on dit le Pater. On chante le psaume 146 où il est dit :
(1) Textes récités et chantés dans le Processionale monasticum ad usum congregationis Gallicæ ordinis sancti Benedicti (Solesmes, 1893, p. 289-292).