‹ Études de philologie musicale IIIChapitre 30 sur 169 · L'ÉGLISE ET LE RITUEL ROMAIN · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE ET LE RITUEL ROMAIN

Præcinite Domino in confessione : psallite Deo nostro in cithara ; Qui operit cœlum nubibus et parat terræ pluviam.

Ce psaume est suivi de prières caractéristiques partagées entre le prêtre et le chœur :

Operi Domine cœlum nubibus.

. Et para terræ pluviam.

. Ut producat in montibus fœnum.

. Et herbam servituti hominum.

. Riga montes de superioribus tuis.

. Et de fructu operum tuorum satiabitur terra. Domine exaudi orationem meam.

. Et clamor meus ad te veniat.

. Dominus vobiscum.

. Et cum spiritu tuo.

Ensuite, viennent des oraisons où il est dit : « Deus, in quo vivimus, movemur et sumus, pluviam nobis tribue congruentem... Da nobis, quæsumus, Domine, pluviam salutarem et aridam terræ faciem fluenlis cælestibus dignanter infunde. » On termine par des formules rituelles partagées entre le prêtre et le chœur.

La procession « pour obtenir le beau temps » a un cérémonial analogue et de même nature. Dans les prières des litanies, on dit deux fois : « Daigne concéder le beau temps à tes fidèles ; entends-nous ! » On chante le psaume 66, où on demande à Dieu d’avoir pitié et de ramener la lumière sur sa face. Il est dit encore, dans le dialogue du prêtre et du chœur : « Illustra faciem tuam, Domine, super servos tuos! » et dans l'oraison finale : «.. Nous demandons, Dieu tout-puissant, que tu arrêtes la profusion des eaux de la pluie et que tu daignes nous montrer la Joie de ton visage, hilaritatem vultus tui. »

Dans de telles cérémonies, — vues du dehors, — tout est antique, « primitif », tout rappelle l’incantation magique, vieille comme la société humaine. Cette conception du mauvais temps assimilé au visage de Dieu qui s’obscurcit de malveillance ou s'éclaire de joie, appartient à la fois à la magie, à la grande poésie lyrique et à la philosophie la plus haute ; elle rappelle, entre autres textes innombrables, la façon dont Homère parle des phénomènes atmosphériques (Zeus pleut, Zeus est serein...), le fragment des Orphiques déjà cité dans un chapitre de ce livre (1), cent autres traits qui constituent un des lieux communs fondamentaux de la pensée humaine depuis l'apparition de l’homme sur la

1) 1'e partie, ch. 11, ὃ 3, à la note.

ο LA PLUIE ET LE BEAU TEMPS

terre. L'ensemble est magique par son objet et par son langage (fe rogamus, audi nos !...). Et l’ensemble est tout musical : il l’est par l’usage du chant, du solo et du chœur, par le rythme, par la construction, par la répétition binaire ou ternaire des formules principales, par le retour et la symétrie de certains systèmes, en un mot par tout ce qui constitue la musique.

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