CHAPITRE DEUXIÈME
$ 1. — Le chant magique pour la naissance.
Le roi de Navarre Henri d’Albret avait promis à sa fille Jeanne, si,
au moment de ses couches, elle chantait certaine chanson « pour ne pas avoir un enfant trop rechigné », de lui donner une chaîne d'or qui ferait vingt-cinq ou trente fois le tour de son cou, et une boîte d'or contenant son testament.
Un historien du temps nous donne le récit suivant :
« Les douleurs pour enfanter la prirent entre minuict et une heure. Le roy, adverty par Cotin, descend tout aussi tost ; la princesse l’oyant entrer dans sa chambre commencea de chanter ce motet en langue béarnèse : Nostre donne deou cap deou pon, adiouda mi en aqueste houre ! — Notre-Dame du bout du pont, aydez-moi à ceste heure ! Au bout du pont du Gave, qui passe en Béarn, allant à Juranson, était pour lors un oratoire dédié à la Vierge sacrée, illustrée de miracles, à laquelle les femmes grosses se vouaient, pour avoir heureux et bref accouchement. La princesse n'eut pas plustost rachevé cette prière, qu'elle accoucha du prince qui commande à présent à la France... Ce petit prince vint au monde sans crier ni pleurer, et la première viande qu’il receut fut de la main du roy, son grand père, lequel ayant pris une gosse d’ail, luy en frotta ses petites lèvres qui succèrent ce Jus thériaque de Gascogne ; et, prenant sa coupe d’or, il lui présenta du vin, à l’odeur duquel le petit prince ayant levé la teste, 1l lui en mist une goutte dans la bouche qu'il avala fort bien. Dont ce bon roy estant rempli d’allegresse, se mit à dire devant les gentilshommes et dames qui estaient dans sa chambre : tu seras un vrai béarnais ! »
M. Frédéric Rivarès a publié (Pau, 1868) cette chanson magique,
capable d'assurer la prompte délivrance d’une mère et donner au
monde, sans pleurs ni cris, un garcon bien constitué. La voici, d’après M. Rivarès :