AUTRES TÉMOIGNAGES ANCIENS
cette voix. «Qui chante ainsi ? » est la question habituelle où se résume l'intérêt de la mélodie. Personne n’est mis dans la confidence de ce petit drame plus ou moins long, qui se termine par un enlèvement, un mariage, ou un flirt prolongé. Certains chants expriment les lamentations de la jeune fille loin de l’amant qui a toutes ses pensées et qu'elle veut ramener près d'elle.
On a souvent cité ce chant de Peau-Rouge à sa maîtresse, où la puissance magique de la voix est combinée avec la puissance magique d'un objet matériel : « Œil-de-Colombe, écoute le son de ma flûte ; — Entends la voix de mes chansons ; c'est ma voix. — Ne rougis pas ; toutes tes pensées me sont connues. — J'ai mon bouclier magique ; tu ne pourras fuir.—Je r'attirerai toujours à moi, quand même tuserais — dans une île éloignée au delà des grands lacs... Ne me fuis pas, j'irai te
chercher jusque dans les nuages. — Ma médecine est bonne ; quand je veux, elle attire — l’abondance soit du ciel, soit de la terre. — Le grand Espritest pour moi, ma fiancée. — Entends la voix de mes chansons ;
c’est ma voix. » Cette petite pièce (dont une phrase rappelle une mélodie exquise de M. Massenet: Vous en souvient-il, Madeleine, εἰς...) pourrait être classée dans le même genre que les « sérénades » de la musique moderne; mais celles-ci sont devenues un simple divertissement.
8 ὃ, — Autres témoignages anciens.
Le papyrus 3229 du Louvre (M. Maspéro, Mémoire sur quelques papyrus du Louvre) contient plusieurs conjurations pour envoyer des songes amoureux : « Récite la formule : Lève-toi, Esprit, mâne vénérable de Xent-Ameut... car je t'invoque en ton nom... (suivent des noms incompréhensibles, en hiératique égyptien, écrits à moitié en lettres grecques). Dirige son cœur vers une telle... » Ces opérations requièrent
“la fabrication d’amulettes enchantées par ces formules chantées quatre ou δορί fois. — La seconde des tablettes d'Hadrumète citée par M. Maspéro (Eléments de mythologie et d'archéologie égyptiennes, 11, p. 206) se rapporte à un charme d'amour analogue.
Ovide parle des enchantements dont les Marses ont gardé les traditions « mixtaque cum magicis nænia Marsa sonis », enchantements quelquefois impuissants : «... Circe tenuisset Ulixen si modo servari carmine posset Amor ». Même impuissance contre les chagrins d'amour (Rem. Am., 254) : « Nulla recantatas deponent pectora curas. » (bid., 290). « Deme veneficiis carminibusque fidem.…. » -- Médée essaye
d’agir sur l'esprit de Jason par les enchantements : « Carmen auxiliare canit. » (Metamorph., VIT, 138.) « Agisque carminibus grates. » (/bid., 146.) — Sénèque (Epist. IX), d'après Hécaton, mentionne les philtres et enchantements d'amour : « Ego tibi monstrabo amatorium sine medicamento, sine herba, sine ullius veneficæ carmine. » Aüïlleurs il rappelle les effets de la musique mystique des Phrygiens, prêtres de Cybèle (Epist. CVIIT : « Nec aliter concitantur quam solent Phrygii tibicinis sono semiviri et ex imperio furentes. » — Juvénal parle des charmes amoureux : « Hippomanes carmenque loquar » (VI, 133) et de ceux qui servent à troubler la raison d’un mari (/bid., 610): « Hic magicos affert cantus, hic Thessala vendit philtra quibus valeat mentem vexare mariti. » — Pline (XX VIII, 4) s'élève contre la crainte qu'on a d’être l'objet d’enchantements : il cite à ce sujet les enchantements amoureux dont les poètes ont parlé. — Toute l’Apologie d'Apulée est destinée à se défendre contre l’accusation de s’être servi lui-même d’enchantements et d'opérations magiques pour faire un riche mariage. Il proteste n'avoir jamais composé de vers magiques, « magica maleficia », qu’il oppose aux poésies ordinaires avec quoi on les confond : « An ideo magus quia poeta ? » Il parle du pouvoir incroyable des chants magiques, cantamina. I] y croit d’ailleurs : « Hoc emolumentum canticis accipimus » ; il reconnaît la possibilité d'opérer des prodiges, notamment de prédire l'avenir par le secours d’un enfant, « puerum quemdam carmine canlatum ». On peut inspirer l’amour « seu carminum avocamento, seu odorum delinimento »; mais il nie avoir usé de ces moyens.
Lucien (Lucius, 11) doute qu’il y ait des chants assez forts pour vaincre l'amour : Τίς γὰρ ὠδὴ δύναται μαγεῦσαι τὸν ἔρωτα ; Les Thessaliennes excellent dans cet art (Dialogue des Courtisanes, 4) : οἷαι πόλλαι Θετταλαὶ λέγονται ἐπάδουσαι χαὶ ἐρασμίους ποιοῦσαι. Une magicienne ra-
᾿ . . 2 CR » - = + G 3! = 2 ΤΡ." mène un amant oublieux (Jbid.): ὅδε ὑπὸ τῶν ἐπῳδὼν ἦχεν αὖθις ἐπ᾿ ἐμέ.