EFFETS DU CHANT MAGIQUE SUR LES ASTRES. DIVERS
Pline (XXVIII, 2) dit qu’existait encore de son temps la prière de la vestale Tuccia, qui à l’aide d’un chant magique puisait de l’eau avec un crible : « exstat Tucciæ vestalis incestæ precatio qua usa aquam in cribro tulit, anno Urbis paix. » Il rapporte aussi (Zbid., 4) qu'on croyait pouvoir faire éclater les poteries par un enchantement (incantamentum) : « Figlinarum opera multi rumpi credunt tali modo. »
Dans le Xalevala, comme je l'ai déjà montré par quelques citations, on retrouve les prodiges du chant magique, comme chez les Gréco- Latins, mais avec une sorte d’outrance sauvage. Les traits caractéristiques sont fort nombreux. — (Runo 26): Lemmikäinen enchante un terrible serpent enluichantant «les paroles de l’origine du serpent ». Plus loin (Runo 27), une lutte d'évocations magiques a lieu entre lui et ses hôtes qui lui font mauvais accueil. Les uns et les autres font naître à leur voix des animaux et des monstres. Lemmikäinen chante un chant (Runo 28) pour se transformer en aigle, afin de fuir ses ennemis. Il se réfugie dans une île où 1l charme les habitants. Ses chants font naître des fleuves, des lacs, des forêts : il change les caïlloux en or et en gemmes (Run 29). (Runo 40) : ses invocations arrachent un navire aux cataractes qui vont le détruire. — Le Runo 48 renferme une incantation pour faciliter la capture d’un gigantesque poisson enchanté. — Au Runo 16, Wäinämôüinen construit un navire: « Il chantait un chant pour chaque partie qu’il construisait. » Trois paroles lui font défaut et il ne peut achever l’œuvre. Quand après grand peine un géant lui a fait part de ces mots mystérieux, « le bateau est achevé sans le secours de la hache... ». Cf. chez les Grecs la légende d’'Amphion bâtissant les murs de Thèbes en jouant de la clarinette.
On sait les effets merveilleux produits par les sept anges de la Bible qui jouent de la trompette : grêle de feu sur la terre, montagne de feu sur la mer, étoile d’absinthe dans les fleuves, obscurcissement des astres, monstres en forme de sauterelles sortis de l’abîme, armée de chevaux à têtes de lions et à queues de serpents... (Apocalypse, νπι-Χι.)
$ 10. — Effets du chant magique sur les astres. Divers.
Aristophane (Nuées, 749) parle d’une magicienne qui fera descendre la lune du ciel pour l’enfermer dans un étui. — Platon (Euthydème) parle de l’art, τεχνὴ τῶν ἐπῳδῶν, d’enchanter les serpents, les scorpions et autres animaux. [1 compare les hommes aux lions domptés par le chant : ὥσπερ λέοντας χατεπάδοντές τε χαὶ γοητέυοντες (Gorgias). — La
légende d’Orphée reparaît dans Diodore de Sicile (Biblioth. histor., IV, 25) : ὦστε τῇ μελῳδίᾳ θέλγειν τὰ te θηρία χαὶ τὰ δένδρα,
Diodore compare l'effet des chants des bardes sur les Gaulois à celui qu'ils opèrent sur les fauves ὥσπερ τινά θήρια χατεπάσαντες (Ibid., V, 31). — Les chants magiques d'un mage font s'ouvrir la terre jusqu'aux enfers (Lucien, Ménippe, 10). Il existe des enchantements pour chasserles serpents d’un lieu (Philopseudes, 11) : ἐπειπὼν ἱερατιχά. τινα ἔκ 316hov παλαῖας ὀνόματα ἑπτά, Une magicienne (φαρμαχὶςε) fera descendre la lune (Dialogues des Courtisanes, 1): θετταλάς τινας Gdus ἐπισταμένη nai τὴν σελήνην παράγουσα. — Clément d'Alexandrie |Stromates, 3, p. 263) parle du pouvoir des mages qui parleurs chants et leurs cérémonies, ὠδαῖς χαὶ θύμασι, détournent les orages et la grêle.
Tibulle (1, Eleg. 2) décrit les effets ordinaires du chant magique sur les astres : «Hanc ego de cœlo ducentem sidera vidi, Fluminis hæc rapidi carmine sistit 1ἴ6γ... Quum libet, hæc tristi depellit nubila cœlo, Quum libet æstivas convocat ore nives. » — Properce (1, Eleg. 1): « Tunc ego crediderim vobis et sidera et amnes Posse Cytææis ducere carminibus... » ; (II, 28) : « Et jam luna negat toties descenderecœælo. [carmine] » ; (III, 3) : « Orphea detinuisse feras et concita dicunt Flumina Threicia sustinuisse lyra, Saxa Cithæronis Thebas agitata per artem Sponte sua in muri membra coïsse ferunt.. » ; (IV, 5): « Audax cantatæ leges imponere lunæ Et sua nocturno fallere terga lupo. » — Horace (Carm. I, 12): « Unde vocalem temere insecutæ Orphea silvæ... » (cf. II, 11); (Ep. V) : « Quæ sidera excantata voce Thessala Lunamque cœlo deripit. » — (Ep. XVII) «... Per atque libros carminum valentium Defixa cælo devocare sidera Canidia... » ; (Zbid.) : Sabella carmina ; Marsa Nœnia; ... et polo Deripere lunam vocibus possum meis.»— Virgile (Æneis, IV, 487 sq.) : « Hæc se carminibus promittit..….. Sistere aquam fluviis et vertere sidera retro, ... mugere videbis Sub pedibus terram et descendere montibus ornos. »
Ovide (Heroïdes, VI, 83), à propos des enchantements de Médée : «... carmine movit Diraque cantata pabula falce metit, 1114 reluctantem cursu deducere lunam Nititur, et tenebris abdere Solis equos : Illa refrenat aquas obliquaque flumina sistit : [lla loco silvas vivaque saxa moνεῖ... »;(Amores, 11, Eleg. I, 25): « Carmina sanguineæ deducunt cornua lunæ Et revocant niveos Solis euntis equos : Carmina dissiliunt abruptis faucibus angues, Inque suos fontes versa recurrit aqua » ; (III, Eleg.IX, 21) «:Carmine quid victas obstupuisse feras ?» ; (Rem. Amor, 254) : « Non anus infami carmine rumpet humum, Non seges ex aliis alios transibit in agros, Nec subito Phœæbi pallidus orbis erit..….. » ;