‹ Études de philologie musicale IIIChapitre 54 sur 169 · AUTRES TÉMOIGNAGES SUR L'ÉVOCATION DES OMBRES · texte numérisé non relu

AUTRES TÉMOIGNAGES SUR L'ÉVOCATION DES OMBRES

(Medic. fac., 39) : « Nec mediæ finduntur cantibus angues, Nec redit in fontes unda supina suos Et quamvis aliquis Temeseia moveritæra Nunquam Luna suis excutietur equis » ; (Metam., VII, 195): « Cantus artesque magarum » ; suit l'énumération des effets precédemment exposés ; ({bid., 203) : « Vipereas rumpo verbis et carmine fauces;….. currus quoque carmine nostro Pallet avi... [le Char du Soleil, ancêtre de Médée] ; (/bid., 424) : Médée assemble des nuages pour se rendre invisible : « Effugit illa necem, nebulis per carminamotis » ; (Metamorph., XIV, 337) : description des effets du chant de la nymphe Canens : «... Silvas et saxa movere Et mulcere feras et flumina longa morari Ore suo, volucresque vagas retinere solebat »; (/bid., 267), à la voix de Circé : « Tunc quoque cantato densetur carmine cœlum. »

δ τι, — Autres témoignages sur l'évocation des ombres, les spectres, etc.

Dans un fragment d'Euripide, reste d’une pièce inconnue, on lit la prière suivante, qui n’est autre qu'une scène de magie ayant pour objet d'évoquer des ombres :

« Α toi qui gouvernes tout, Zeus, ou bien Invisible, si tu te contentes « de ce nom, j'apporte la libation et les gâteaux de sacrifice ; de ton côté, « accepte cette offrande de prémices de toute sorte, sans feu sur l'autel, « répandue abondamment. Parmi les dieux d’en haut, tu tiens en main « le sceptre de Zeus, et parmi les dieux de la terre, tu partages le pou- « voir de l’Invisible. Éclaire l'esprit de ceux qui, avant de lutter (Ὁ), « veulent savoir d’où viennent leurs maux, quelle en est la racine, et « quel est celui des bienheureux à qui ils doivent offrir un sacrifice expia- « toire pour trouver la fin de leurs peines. »

Ce passage est très obscur; la cérémonie rituelle est à peine indiquée, tout est vague, et pas un mot n'indique un rôle joué par la musique. Mais ce fragment est éclairé et complété par la grandiose scène des Perses où Eschyle est beaucoup plus près des traditions de la magie.

La reine Atossa, dans une angoisse et une épouvante qui lui font oublier toute étiquette, apporte des offrandes funèbres dont elle donne le détail : du lait, du miel, du vin, des olives, etc. Puis, s'adressant au chœur, elle lui demandede chanter des hymnes tandis qu’elle s’acquittera de la cérémonie rituelle. Le chœur chante alors une prière aux démons chthoniens, la Terre, Hermès, le roi des morts, pour obtenir qu'ils renvoient à la lumière du jour Darius, suprême ressource de ceux qui sont frappés d’un grand malheur. « M’entend-il? dit le chœur; le roi de bienheureuse mémoire, le roi égal aux dieux, m’entend-il pousser mes

gémissements douloureux, mes prières barbares aux modulations variées qui signifient clairement le deuil? Je crierai ma douleur suprème. Certes, en dessous, il m'entend!.. O roi, antique roi, allons ! viens ! sur le sommet de ton sépulcre, montre ta sandale teinte de pourpre et les courroies de métal de la tiare royale! Viens, père, exempt de maux, Darius! » Chant dont la composition est un rythme ternaire de strophes et d’antistrophes accouplées (AA’, BB’, CC’, D), et où les répétitions symétriques de mots ou de simples exclamations ont un caractère nettement musical.

— Fidèles fils de fidèles, vieillards perses, contemporains de ma jeunesse, de quel mal souffre la cité ?...

Ainsi parle Darius. La vertu magique du chant l'a fait sortir de sa tombe et l’a ramené à la vie.

Dans des circonstances du même genre et à l’aide du chant (Chocéphores, v.454 et suiv.), Électre et Oreste invoquent Agamemnon devant sa tombe et lui demandent son assistance. Quand elle a terminé sa prière, Électre ajoute, comme si elle était prise d’un scrupule de formalisme, ce vers curieux qui fait allusion à des pratiques traditionnelles et rituelles : « Cet hymne est celui des dieux qui sontsous la terre » (v.473), ce que le Scholiaste explique ainsi : « Les chants (dont je viens de me servir) sont bien ceux qui sont employés pour les dieux d’en dessous (comme Agamemnon) et non pour les dieux du ciel. » Ici, l’idée magique par excellence — la contrainte par la formule — réapparaît nettement.

Horace (Ep. XVIT) : « Possum crematos excitare mortuos » [vocibus meis]. — Virgile (Æneis, IV, 491) : « nocturnosque movet manes » [carminibus]. — Tibulle (1, Eleg. 2) : « Hæc cantu finditque solum manesque sepulchris Elicit et tepido devocat ossa rogo. » — Ovide (Amores, Ι, Eleg. vur) : « Et solidam longocarmina findit humum. » — Manilius (Astronomicon, 1, 334):« Domuitque infernas carmine leges. » — Lucain (Pharsale, VI, 527 sq.\ cite l'évocation des morts parmi les opérations magiques des sorcières thessaliennes. Plus loin (/bid., 568) : « ... gelidis infudit murmura labris Arcanumque nefas Stygias mandavit ad umbras.» Une magicienne ressuscite un cadavre qui doit dévoiler l’avenir, en injectant dans ses veines un philtre dans les éléments duquel figurent « infando saturatas carmine frondes ». En même temps elle profère des sons mystérieux : « confundit murmura primum Dissona et humanæ multum discordia linguæ. » (/bid., 686 sq.) Le cadavre ranimé ne pourra pas l’être une seconde fois : « Talibus exuram, Stygiorum carmine, sylvis Ut nullos cantata magos exaudiat umbra. » {/bid.

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