AUTRES TÉMOIGNAGES SUR L'ÉVOCATION DES OMBRES
706.) Il faut une opération analogue pour rendre le mort à son premier état: « carminibus magicis opus est herbisque, cadaver Ut cadat... » (Ibid., 822). — Valerius Flaccus (Argonautiques, I, 732 sq.) représente Alcimède et Aeson évoquantles mânes de leurs aïeux : « tenues ad car-mina vultus extulerat... » Plus loin (Zbid., 787) : « execrabile carmen agens ». — (/bid., 448) : « Hæmoniis agitari cantibus umbræ. »
Sénèque (Medée, 696) parle de l’évocation par le chant du serpent Python : « adsit ad cantus meos, »— Lucain (VI, 492, 497) : « Quis labor hic superis cantus herbasque sequendi Spernendique timor?... »;. «… an habent hæc carmina certum Imperiosa Deum ὃ... ». (/bid., 527): « Omne nefas superi prima jam voce precantis Concedunt carmenque timent audire secundum. » (/bid., 527): «... Perque cavas terræ quas egit carmine rimas Manibusillatrat... »
Héliodore (Œthiopica, VI, 14) décrit le sacrifice d’une vieille Égyptienne animant uncadavre pour l’interrogersur l'avenir. Lesrites, imités de la Nekuia de l'Odyssée, sont accompagnés de chants en langue barbare : πρὸς τὴν σεληναίαν Bap6dpors τε χαὶ ξενίζουσι τὴν ἀχοήν ὀνόμασι χατευξαμένη. Le cadavre s’anime à sa voix: ἐπάδουσα ἐξήγειρέ τε καὶ ὀρθὸν ἐστάναι τῇ μαγγανεία κατηνάγχαζεν,
On apaise les mânes sortis des tombeaux par les mêmes cérémonies ({bid., IIT,408) : « Carmina turbatos voluit placantia Manes. » (Cf. Zbid., V, 99.) — Lactance (Divin. Instit., VII, 13):«... quisciret certis carminibus cieri ab infernis animal... » — Mêmes croyances plus tard (Ratherii Veronensis Episcopi Epist. Synodica ad presbyteros, citée par Du Cange): y sont interdits « carmina diabolica quæ super mortuos nocturnis horis vulgus cantare solet ». Plus tard l'évocation des morts reste une opération familière aux sorciers, mais l’incantation proprement dite(le chant) n’y joue plus aucun rôle.
Diodore de Sicile (Biblioth. histor., IV, 51), à propos des enchantements de Médée, dit qu’elle fit apparaître : διὰ τίνων φαρμάχων (ici évidemment dansle sens d’incantation) des fantômes de dragons et devant Pélias l’image d’un agneau à la place du bélier égorgé. — Lucien (Philopseudes, 17) : un personnage du dialogue connaît un enchantement ἐπῳδὴν πολυώνυμον pour chasser les démons rencontrés en plein jour. Ailleurs (/bid., 31) un philosophe met en fuite un spectre qui hantait une Maison : προχειρισάμενος τὴν φρικωδεστάτην ἐπίρρησιν, ἀιγυπτιάζων τῇ POV, χατάδων ἀυτὸν. --- Dans Apollonius de Rhodes (Argonautiques, IV, 1663 sq.), Médée triomphe du géant Talôs en suscitant à ses yeux d’horribles fantômes. Pour les évoquer : ἀοιδῇσιν μειλίσσετο, μέλπε δὲ Κῆρας
θυμοβόρους... τὰς γουναζομένη τρὶς μὲν mapanénher ἀοιδαῖς, τρὶς δὲ λιταῖς... — Eunape (Vitæ Sophist.) représente le philosophe Jamblique suscitant par ses paroles deux figures d'enfant aux sources de Gadara... καὶ βραχέα τινὰ προσειπὼν ἐξεχάλεσεν ἀπὸ τῆς χρήνης χάτωθεν παιδίον... — Les mages, d’après Clément d'Alexandrie (Cohortatio ad gentes, p. 17), contraignent par leurs charmeslesesprits à les servir :... Μάγοι... δαίμονας...
δούλους ταῖς ἐπαοιδαῖς TENOLNAOTES.
δ 12. — La liturgie romaine et la magie.
Ici, arrêtons-nous un instant. Revenons à la question posée dès le début de ce livre : Pourquoi chante-t-on dans presque tous les cultes ? Dès maintenant, il faut indiquer le lien qui rattache le passé au présent.
Je viens de lire la description de la messe dans le Cours de liturgie romaine (t. IT) de Th. Bernard, prêtre de Saint-Sulpice, en m'’efforcant de me placer dans l’état d'esprit qui conviendrait à la lecture de la Cité
antique de Fustel de Coulanges ou de tout autre ouvrage d'histoire. Le’
rituel de l'Eglise a une minutie de prescriptions qui lui donne une grande beauté, et dont le formalisme extrêmement précis est inséparable des idées mêmes de religion et de culte organisés. Mais à chaque instant s'impose le souvenir des rites de magie. Rien de choquant à cela, si l’on a soin de distinguer les idées et les sentiments des modalités d’expression dont elles s’entourent. Il est dans la nature un peu vague des symboles de pouvoir servir à plusieurs fins. Dans les rites s’est produit quelque chose d’analogue : désappropriation et transposition, mais maintien d’usages traditionnels.
Cette réserve faite, les emprunts de l'Eglise aux usages de magie sont attestés par les faits suivants (je ne cite que les plus apparents):
1° L'usage du chant dans la prière et dans le sacrifice. — Il y a des messes « basses » ou « privées » où l’on ne chante pas, ce qui est contraire au principe de magie d’après lequel les actes ne valent que s'ils sont accompagnés d’un chant; mais si, dans la magie elle-même, Île chant initial a eu peu à peu pour substituts la récitation, puis l'écriture, il ne faut pas s'étonner que, hors de la magie, dans les cultes organisés, il y ait eu une substitution semblable Je dis substitution, car la messe chantée, dite encore « solennelle » ou « publique », est la plus ancienne: « La sainte messe, dans les desseins de Dieu et les intentions de l'Eglise, devait être surtout solennelle et publique. C’est le sacrifice, c'est-à-dire l'acte le plus grand du culte extérieur, offert à Dieu au nom du peuple