‹ Études de philologie musicale IIIChapitre 58 sur 169 · LA MUSIQUE DU DIABLE · texte numérisé non relu

LA MUSIQUE DU DIABLE

part, les hommes font de la contre-partie musicale pour chasser le diable.

Une des fonctions initiales de la musique semble avoir été l’exorcisme, la purification, la conjuration. Ce n'est pas seulement chez les Assyriens (1) qu’on est obsédé par la préoccupation de chasserles mauvais Esprits; c’est aussi dans l'Eglise chrétienne. La musique est parfois une arme offensive pour le démon ; mais (grâce à d'autres formules) elle est une arme défensive pour le croyant. Chaque dimanche, avant la grand messe, le prêtre asperge l'autel pour chasser les démons qui rôdent peut-être dans le saint lieu pour se disputer son attention, le divertir et le perdre (2). Faire de la musique religieuse, vocale et instrumentale, où la parole de Dieu est reproduite, est un sûr moyen de chasser les démons (3). Saint Jean Chrysostome dit que le diable craint spécialement la musique d'église, redoutant qu’elle ne lui enlève les âmes convoitées (4). Saint Basile parle des « mauvais Esprits» qui sont chassés par la musique (5). Je lis ailleurs cette énergique déclaration : "Ὁ « Rien ne trouble, rien n'’excite, rien n'irrite, rien ne blesse, rien n'amoindrit, ne désole et ne pousse contre nous les démons, en particulier le prince du mal, Satan, comme de nous voir sans cesse occupés à chanter des psaumes »(6). Basile de Séleucie parle « des sons de la lyre et du chant lancés comme une flèche contre les démons » (7).

Ces témoignages me dispensent d'en produire beaucoup d’autres, comme il serait facile. Ils montrent que l'Eglise du moyen âge a eu sur le pouvoir du chant des idées empruntées à l'antiquité, qui ellemême les avait recues comme un legs de la magie primitive.

(1). V. Fossey, la Magie assyrienne, p. 219, 259, 285, 245, 257.

(2) Cf. le Moine d’Antioche, Homélie 105, dans Migne, 79, 1752 : « εἰώθασιν οἱ δαίμονες, ὅταν ἴδωσί τινα προθύμως ψάλλοντα. ... ὑποτιθέναι νοήματα τινῶν χραγμάτων δῆθεν ἀναγκαίων .. ίνα χυθὲις ὁ νοῦς,.. ἀπολέσῃ τὴν γλυχύτητα τῆς ψαλμωδίας. « Quandils voient un fidèle chanter des psaurnes avec ferveur, les démons ont l'habitude de lui suggérer des pensées qui sont des obsessions, afin que son esprit soit diverti et la douceur de la psalmodie détruite ».

(3) Pseudo-Justin (Migne, 3, 1358) : ρῆμα [γάρ] ἐστι θεοῦ χαὶ ἐνθυμούμενον χαὶ ἀδόμενον χαὶ ἀναχρουόμενον, δαιμόνων γίνεται ἀπελατιχόν.

(4) πρὸ τοῦ ἀχοῦσαι δέδοιχεν ὁ πονηρός δαίμων, μή ποτε ἀχούσαντες χχτοοθώσωμεν (Expos. in ps. 145, 5). Cf. saint Jérôme, Comm. in epist. ad Ephes., 3, 5, 10.

(5) Homil. in ps. xxix, 1.

(6) Dans Migne, 87, 3017. — Cf. ce que dit Porphyre des chants magiques contre les démons (De abstin. 11, 40).

(7) λύρας μέλος βέλος κατὰ δαιμόνων. (Textes cités par H. Abert, Die Musikanschauung des Mittelalters und ihre Grundlagen, Halle, 1905, P. 107 et suiv.)

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