‹ Études de philologie musicale IIIChapitre 63 sur 169 · CONSÉQUENCE DES IDÉES PRIMITIVES SUR LA VOIX HUMAINE · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCE DES IDÉES PRIMITIVES SUR LA VOIX HUMAINE

qui connaîtra son nom aura vaguement sur sa personne un droitet une influence dont il se méfie. Ce sentiment-là est encore une survivance d'idées fort anciennes. On le trouve chez les personnes les plus cultivées. N'’est-il pas arrivé à beaucoup d’entre nous, lorsqu’en cer. taines circonstances on parlait d’un accident possible, d'une mort à redouter, de répondre aussitôt : « Oh ! ne dites pas cela! » A notre insu, nous pensons qu'énoncer certains faits, c'est en provoquer la réalisation. — Nefandum ! disaient les Latins.

Les inscriptions terribles que les guerriers d'autrefois gravaient sur leurs boucliers ; les roins donnés aujourd’hui à nos cuirassés et à nos torpilleurs, ont pour principe cette croyance superstitieuse à la vertu des mots.

$ 3. — Conséquence des idées primitives sur la voix humaine.

De tout ce qui précède 1] résulte que la parole avait pour les primitifs un pouvoir d'imitation réel.

Ces faits établis, mon raisonnement est celui-ci.

La parole a été considérée comme un privilège presque divin. Or nous savons, d'autre part, que le chant n'est qu'une parole renforcée, plus vive et mieux organisée que le langage ordinaire. Par conséquent, si, avec la parole, nous avons un commencement d'action sur les choses, avec le chant cette action deviendra plus décisive ; et il ne faut pas s'étonner qu’elle ait été considérée comme souveraine.

Si un mol produit certains effets réels lorsqu'il est simplement prononcé, À FORTIORI 11 sera redoutable ou bienfaisant, s’il est chanté, organisé en formule modulée. En certains cas, on se donne un droit de prise sur celui qui le porte ; dans d’autres cas, évoquer le nom, c’est faire intervenir la personne elle-même, avec ses attributs et son pouvoir effectif.

Nous allons voir ces idées se préciser, et aboutir à une doctrine qui a joué un très grand rôle chez les anciens et les modernes (1).

(1) Aux textes cités plus haut et relatifs au pouvoir merveilleux de la voix d’après les primitifs, on peut ajouter les passages de la Bible où la parole est assimilée à une épée : Apoc. 1, 16; τὶ, 12 et 16; xIx, 15. Cf. Isaïe, ΧΙ; 4, et xLix, 2 ; Ps. xxx, 6 et 9 ; Ep. aux Ephésiens, vi, 17 ; Ep. aux Hébreux, 1v, 12...

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