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DIVERSES FORMES DE L'IMITATION, EN MAGIE

du 1v° siècle avant notre ère pouvait suivre encore, sans se douter de l'hérédité qui dirigeait sa pensée. é

Cette théorie de limitation, ainsi comprise, apparaît avec un caractère moins artistique, sans doute, que dans les analyses d'un Aristote ; mais elle reste profondément philosophique : elle a quelque chose de moins sec et de plus humain; elle a ses racines profondes dans une croyance initiale, instinctive, universelle. Et nous verrons que l'examen des faits purement musicaux la confirme.

$ 5. — Diverses formes de l’imitation, en magie.

L’imitation, dans les rites magiques, est pratiquée de facons très diverses. Ë

Il ya d'abord limitation par les gestes (étant bien entendu que certaines formules orales sont toujours nécessaires). C’est tantôt une ébauche plus ou moins grossière du phénomène qu’on désire (par exemple, le geste de l’Australien qui, voulant obtenir la pluie, verse un seau d’eau sur le sol) ; tantôt, c'est une imitation symbolique. Ainsi, une amante délaissée veut-elle ranimer à son profit le cœur de l’infidèle ? Elle fait brûler des feuilles de laurier qui, en se consumant, figurent l’ardeur amoureuse que l’on veut obtenir (Théocrite). Les excrétions de la bouche ont une signification analogue : on crache trois fois, pour signifier qu'on chasse loin de soi un mal ou un mauvais Esprit.

Il y a limitation fondée sur une pure ressemblance de mots. Ainsi un petit mal de la paupière s'appelle orgelet (parce que le bouton dont il s’agit ressemble à un grain d’orge). Pour guérir, dit Marcellus, il faut prendre neuf grains d'orge, avec chacun desquels on touche la tumeur en disantun carmen (1). La partie du gosier que nous appelons la luette, se nomme en latin wva ; et ce mot uva veut dire aussi grain de raisin. Une graine de raisin sec est exigée par le formulaire magique pour la cure de la luette.

Il y a une imitation beaucoup plus lointaine encore, qui semble consister dans le caractère également affirmatif de deux jugements et dans l’analogie réelle qu’on croit pouvoir tirer de là. Voici un carmen pour guérir une maladie (Marcellus) :

Nec mula parit ;

Nec lapis lanam fert ; Nec huic morbo caput crescat, aut, si creverit, tabescat |

(1) Marcellus, De medicamentis, ch. vin, 190-1.

(Un mulet ne peut pas procréer ; une pierre n’a pas de laine; de même, que ce mal ne puisse pas grandir ; ou bien, s’il s’est accru, qu'il se dissolve !)

Enfin, il y a l’imitation sonore et rythmique, faite à l’aide de la voix, et de tous les moyens dont dispose la musique instrumentale que nous appelons aujourd’hui « descriptive ». Elle nous est beaucoup moins connue que l'imitation verbale ou agissante, mais elle a été très importante. Le primitif, nous l’avons déjà montré par quelques exemples, fait de la musique essentiellement mimétique ; ses mélodies sont des gestes vocaux ; les rythmes qu’il emploie sont déterminés par des mouvements observés ; avec de grossiers instruments, il imite le grondement de la foudre, la soudaineté de l’éclair, la chute de la pluie, etc.

Mais tout cela est encore peu de chose. L’imitation musicale, en matière de magie, a un caractère plus intéressant, un sens plus profond et d’un tout autre ordre.

Il convient de ne pas oublier que la voix et le regard sont les deux seuls moyens d'expression qui, par leur immatérialité, semblent directement traduire les états psychiques. La magie se donnant pour tâche d'agir sur l’âme des choses et des êtres en l’exprimant devait employer ces deux ressources : de là le rôle joué dans les rites par le regard et la voix. Chez les Egyptiens, hosiou est le pluriel d'un mot qui signifie, à la fois, fascinalion par le regard et incantation (ce dernier mot au sens étymologique et latin); il donne lieu à deux idéogrammes différents selon qu'il est employé avec l’une ou l’autre signification. Par là nous comprenons mieux que la voix ait été considérée comme ayant un pouvoir magique, soit quand elle est unie à des formules et à des concepts, soit quand elle est purement sonore.

$ 4. — La musique et l'imitation des états affectifs.

Un principe généralement admis, c’est que la musique exprime, « imite » directement (Aristote) les sentiments et les émotions. C’est l'opinion courante et la plus ancienne. Aujourd'hui encore, presque tous les esthéticiens s’accordentà dire que si la musique est impuissante à reproduire la ligne, le relief, la couleur des objets matériels, elle excelle à exprimer la joie, la tristesse, les mouvements de l'amour et de la haine, la colère, le triomphe, en un mot les états affectifs. L'âme est son domaine (1).

(1) C’est pour cela que Platon et Aristote, encore dominés en matière musicale

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