LA MUSIQUE ET L'IMITATION DES ÉTATS AFFECTIFS
Cette fonction instinctivement comprise par les primitifs, au lieu d'emprisonner, pour ainsi dire, l’action de l’art musical dans la vie intérieure et individuelle, ou purement humaine et sociale, devait au contraire la faire rayonner sur le monde physique tout entier.
En effet, le primitif ne fait pas de distinction entre les phénomènes physiques et la vie morale. Pour lui, il n'y a dans le monde que des états affectifs. Il interprète, d’après ce qu'il est lui-même et d’après ce qu’il a vu dans son clan ou sa tribu, ce qui est autour de lui. Partout, dans le minéral comme dans le végétal, il croit qu’il y a une âme, un Esprit, quelqu'un ; que ce quelqu'un a une volonté et une sensibilité semblables à celles de l’homme ; qu’il est accessible aux mêmes plaisirs et aux mêmes souffrances, aux mêmes joies et aux mêmes rancunes, à l'amour et à la haine ; qu’il peut s'apaiser ou se mettre en colère, triompher ou être vaincu.
Il en résulte qu’exprimer un sentiment ou exprimer l’essence même de l’objet matériel le plus réfractaire (selon nous) aux arts du rythme, c'est tout pour le primitif. Si la musique traduit les sentiments élémentaires de la vie intérieure, la nature entière est son domaine, puisque la vie psychologique est partout, et a les mêmes lois. Les poètes ont fait des vers où ils s'adressaient aux arbres, au soleil, à la lune, à n'importe quoi. C'est un reste de cette superstition instinctive qui fait que l’homme se projette partout. Le musicien primitif a pu chanter ou jouer devant un végétal ou un minéral, tout comme Timothée devant Alexandre, en se croyant devant une personne.
En une scène de ce genre, le semblable est (ou se croit) en présence du semblable.
Ces principes étant bien établis, j'ai à examiner comment les usages de la magie ont déterminé l’organisation du langage musical.
par les idées utilitaires des primitifs, insistent sur cette idée:ilne faut pas juger une mélodie d’après le plaisir, mais d’après son rapport avec l’âme, avec 1 ἦθος (Lois, 11, 655 À ; Pol. VIII, c. 5, 1340 a). Pour la plupart des anciens, l’objet de la musique est la « rectification » de l'âme (ἐπανόρθωσις). — Plotin est tout près de l’idée de magie quand il dit que l’effet d’une mélodie sur l’âme est en quelque sorte nécessaire, parce que la musique agit sur l’âme à l’état de nature, non influencée par la raison (ἄλογος ψυχή).
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