‹ Études de philologie musicale IIIChapitre 68 sur 169 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

δι, τ La répétition.

En laissant de côté la difficile question de savoir quel est le contenu et le sens d’une mélodie, on peut dire qu’il n'y a œuvre musicale que là où il ya un système de formes organisées d’après un plan. Or l’organisation des formes, en musique, obéit à une loi fondamentale : la répétition. Cette loi est observée d'une facon plus ou moins habile par [65 compositeurs anciens et modernes.

Voici une pièce du x siècle, transcrite (par M. Pierre Aubry) du célèbre manuscrit de Montpellier. Au point de vue du rythme, elle peut être ainsi disposée :

Cette pièce, de structure un peu confuse, donne le schéma suivant :

AS BTP) (A, À) A BE

Il semble qu'il y ait là une suite de trois thèmes musicaux identiques, suite interrompue par l’insertion d’un vers qui estlui-même une reprise. C’est un rythme reconnaissable à première vue, mais comme dissimulé, ou emmêlé, ou « contrarié », à moins qu’il ne soit gauchement observé.

Voici un autre exemple de combinaison assez complexe, mais plus nette, et qui, bien qu'il puisse être analysé de plusieurs façons, paraît reposer sur un principe analogue. Beethoven construit de la manière suivante le thème à variations de sa sonate op. 26 ; c’est un lied à trois parties combiné avec la répétition ternaire d’une même idée :

1° A (phrase de 4 mesures, ne concluant pas sur la tonique) ;

2° B (phrase nouvelle de 4 mesures, à clausule encore suspensive) ;

3° A’ (répétition du n° 1);

4° C {phrase de dix mesures conduisant à la reprise de A) ;

5° A’ (répétition du n° 1).

Soit, au total, trois idées : A, B, C, dont la première, reparaissant trois fois, fait une sorte de refrain.

$ 2. — Explications proposées.

D'où vient ce goût en musique pour la répétition ? — Goût instinctif ? Sans doute ; mais l’explication ne suffit pas, étant trop générale. Tout ce que fait l’homme a l'instinct pour principe ; il y a autre chose.

La répétition est évitée le plus possible dans le langage verbal artistique ; si elle apparait dans quelques parties spéciales de ce langage (vers de même mesure, rime, etc.), c’est qu’elle y a été introduite par la musique. Elle est au contraire, pour le compositeur, la chose normale, et, en quelque sorte, la règle. Dans le canon, elle fait, à elle seule, tous les frais du travail d'invention. Dans la fugue, elle règne aussi. Dans la musique de danse, elle est encore plus nette, puisqu'elle n’emprunte plus le léger déguisement de la transposition. Elle reparaît dans tous les genres : airs populaires, chant liturgique (1), sonate, symphonie. Elle se retrouve dans la construction d’une simple phrase instrumentale comme dans celle d’un système étendu. Elle est pratiquée par les musiciens de toutes les Ecoles: les classiques l’affectionnent particulièrement ; nos contemporains tendent à s’en affranchir, mais nul ne s'y soustrait. Une musique qui, ressemblant à un discours d’avocat ou

(1) Même pour les mots, dans le Xyrie, les offertoires{tels que les donnent les anciens manuscrits), le Sanctus, l’Agnus Dei, la communion de la messe des morts, etc.

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