ROLE DES SEPT PLANÈTES DANS LA MAGIE
Il y a aussi une classification planétaire des quadrupèdes, des oiseaux, des poissons, des parfums, des parties du corps, des sens, des caractères, des vertus, des périodes de gestation, des âges de la vie humaine. Et c'est sur le rapport présumé de tel astre avec tel fait ou tel être terrestre qu'étaient fondés beaucoup de rites magiques. Idée qu'il ne faut pas regarder comme dépourvue de bon sens, idée grandiose et profonde, malgré les applications enfantines et les abus pitoyables qu'on en a pu faire, car elle se ramène à l’idée de l’unité du monde et de la connexité de toutes ses parties. Il est certain que tout ce qui vit, tout ce quiest, à la surface de la terre, depuis l’herbe nouvelle qui pointe sur le sol et le soufle qui passe jusqu’à nos pensées les plus hautes, tout subit l'influence des corps célestes placés dans l'infini, de telle sorte qu’une seule des « lois » du monde ne pourrait être modifiée sur un point, sans que l’ensemble fût autre. Les compositeurs du xxe siècle de notre ère sont eux-mêmes dans un cas beaucoup plus compliqué : sans qu'ils s’en doutent, ils subissent la double influence du Cosmos et celle de tout le passé de l'humanité.
Il est à remarquer aussi que dans les légendes les plus anciennes, une idée morale est associée à la personnification de chaque planète. Plutarque (Traité sur Osis et Osiris, 47) résume ainsi la mythologie des Perses : « Oromase, né de la plus pure lumière... a produit six dieux, dont le premier est celui de la bienveillance ; le deuxième, celui de la vérité ; le troisième, de la légalité ; le quatrième, de la sagesse ; le cinquième, de la richesse ; enfin le sixième est le dieu qui a le privilège de créer les jouissances attachées aux bonnes actions... Ensuite, Oromase s'étant donné à lui-même un accroissement triple est allé se mettre à une distance aussi grande du soleilque celle qui sépare cet astre de la terre. » Il dit plus loin : « Les Chaldéens pensent que les planètes sont des dieux, parmi lesquels 115 en désignent deux comme bienfaisants, deux comme malfaisants ; les trois autres sont intermédiaires et participent de l’une et l’autre disposition. »
Le rôle des sept planètes une fois bien déterminé dans la magie, il n'était pas possible que la musique n’en tint pas compte ; musique et magie étaient trop étroitement liées pour qu'il en fût autrement. C’est sous l'influence traditionnelle de cette doctrine de magie que, selon l'Ecole de Pythagore, la lyre d'Hermès à sept cordes fut considérée comme le symbole des sept planètes ; que le ciel lui-même a été assimilé à une lyre à septcordes, et qu'on a enfin créé la gamme sidérale, dont voici un schéma (ce n’est pas le seul, même pour l'échelle heptatone) :
Lune, Mercure, Vénus, Soleil, Mars, Jupiter, Saturne
Il n’est pas inutile de signaler que la gamme de neuf sons, formulée après la gamme de sept, a été rattachée, elle aussi, à une gamme céleste plus étendue (Pline, ist. nat. II, 20, ὃ 84; Martianus Capella de Nuptiis, II, $ 169-199). « Enfin, dans un système qui paraît déjà avoir eu les préférences de Platon, on assigne à la mélodie des sphères une ampleur bien plus considérable, qui peut aller jusqu’à quatre octaves et une quinte (Macrobe), mais où les seuls sons fixes sont jugés dignes de la sainteté des corps célestes. L'évaluation la plus modérée (Plutarque, Ptolémée) se tient dans les limites de deux octaves, ou ajoute un degré à l’aigu... On a reconnu dans cette formule le « clavier » de la cithare perfectionnée de dix-huit cordes, qui sert de base aux tableaux d’Alypius... Ainsi, en regardant les textes de près, on s'aperçoit que les différentes formules de la gamme céleste correspondent aux différentes échelles de la lyre qui furent en usage chez les Grecs depuis le νι siècle jusqu’au 1% siècle avant notre ère »,et réciproquement (Th. Reinach) (1).
En d’autres termes, les variations numériques de la gamme des Grecs ont été parallèles aux variations de leursidées sur les astres qui composent le système solaire, ce qui atteste la persistance de l’idée initiale: connexité de la musique et de la magie planétaire. M. Th. Reinach ajoute : « Les différents types proposés pour la mélodie des sphères ne sont, en quelque sorte, que la projection, dans l'espace infini, des gammes qui furent, à un moment donné, le plus en faveur dans le monde grec » (2). J’intervertirais volontiers l’ordre des termes, en me représentant les Pythagoriciens non comme des musiciens qui généralisent une découverte musicale, mais comme des savants qui, subissant la tradition, projettent dans la théorie musicale des idées d'astronomie et de magie très antérieures à la constitution de la gamme.
Les primitifs ont chanté sans avoir de système musical spécifique. Si l'on songe que les Grecs, si intelligents et si artistes en paroles, ont mis plusieurs siècles à distinguer un adjectifd’un substantif, on admettra que les premiers chanteurs ont été étrangers à une grammaire musicale. Après eux, les techniciens ont voulu créer cette grammaire, ce qui a demandé beaucoup de temps et de tâtonnements (ainsi ils ne se
(1) Revue des Etudes grecques, 1900, p. 472 etsuiv. (2) Th. Reinach, Jbid., 1900, p. 434.