‹ Études de philologie musicale IIIChapitre 95 sur 169 · LA GAMME A CINQ SONS · texte numérisé non relu

LA GAMME A CINQ SONS

sont avisés que très tard du rôle réel de la tonique) ; ils ont cherché la loi de formation des sons composant l'échelle usuelle ; ils sont arrivés, par l'expérience et par le calcul, à constituer un système rationnel. Mais ce qui prouve bien que la gamme est une œuvre tardive, récente, dominée par des idées antérieures et d’un tout autre ordre, c'est que ces techniciens, au lieu de proposer à l'usage les résultats complets de leur enquête, ont faitun choix, en adoptant un nombre rituel et populaire.

δ 10. — La gamme à cinq sons.

Avant la gamme à sept sons, il y a eu la gamme à cinq sons, et, comme intermédiaire, la gamme à six sons.

Au xi° chapitre de son traité sur la musique, Plutarque parle d’un genre de composition lyrique appelé Spondeion, qui accompagnait l'offrande d’un breuvage à une divinité et où on usait d’une échelle musicale très ancienne : on n’y trouvait les intervalles caractéristiques ni du genre diatonique, ni du genre chromatique, ni du genre enharmonique (moderne). Le système était caractérisé par la gamme

Mit, Fée. S1, lai 50,5. mt

ou bien

Pere κ᾿ πὶ SOL ΗΠ 16

Mais cette gamme, d’après Plutarque, était volontairement déficiente ; les sonslaissés de côté étaient employés par l’orchestre d'accompagnement tantôt en consonance, tantôt en dissonance avec les autres notes ; (on pourrait même s'appuyer sur ce passage et en tirer argument, si l’on voulait soutenir que les Grecs ont connu l'harmonie). Il y a eu cependant, chez les Grecs, une première gamme pentatone, pour laquelle le mot de lacune ne pourrait être prononcé que par comparaison avec les gammes ultérieures, ce qui supposerait unemauvaise méthode d’observation. Cette gamme, originaire d'Orient (Ὁ), aurait été importée en Grèce, en même temps que la flûte, par Olympos : elle se serait ensuite amplifiée en empruntant aux Grecs l’usage du demi-ton.

La gamme pentatone est presque aussi universelle que la gamme heptatone.

Chez les Hindous, il y a trois classes d’échelles (Sumpoornu, Khadoo, Oudoo) : la première comprend les gammes à 7 sons, la seconde les

gammes à 6, la troisième les gammes à 5 sons. Dans son livre sur La musique des plus anciennes nations (p. 148), Engel cite une ancienne mélodie en l'honneur de Krichna, communiquée par R. Johnson, de Calcutta, et qui est pentatonique. C’est un exemple choisi parmi beaucoup d’autres. De la Chine, on acité, depuis le jésuite Amyot (1), en passant par Helmholtzetvan Aalst, beaucoup de pièces appartenant aumême système, pratiqué encore aujourd’hui par les musiciens de l’Indo-Chine, du Cambodge, du Siam, et même du Japon. On l’a retrouvée aussi dans le continent américain, chez les Incas du Pérou, les Aztèques du Mexique, les Indiens des Etats-Unis, etc., comme chez les Irlandais, les Ecossais, chez les habitants de la partie occidentale de la Bretagne et les peuples de race celtique.

On en trouve des traces dans le plain-chant, où elle transparait derrière la gamme heptatone. On a remarqué que dansla mélodie Primum quærile regnum Dei, au lieu du début

on trouvait assez souvent, dans les manuscrits :

ΤῈ RE —— a ——

et on a expliqué cette variante en supposant que les moines du sud de l'Allemagne et de la Suisse avaient subi l'influence de moines irlandais. Il suffit de dire que la seconde version est plus ancienne que la première, car la forme sans demi-ton se retrouve dans beaucoup d’autres pièces de chant. Le type mélodique le plus fréquent du Tonarius (répertoire d’antiennes) de Réginon de Prüm (x° siècle), reproduit dans la classification de Gevaert avec le n°29, appartient à une gamme de cinq tons. Ceux qui ont l'oreille un peu familiarisée avec le chant liturgique savent combien fréquent et conforme à l’usage grégorien est le mouvement mélodique qui, partant de la note immédiatement inférieure à la

(1) Mémoires concernant les mœurs, les usages, εἴς..., des Chinois par les Missionnaires de Pékin, Paris, τ. VI, 1780. La gamme chinoise, dans «l’Hymne en l’honneur des Ancêtres », est

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