LA GAMME A CINQ SONS
tonique (note appelée ἐμμιελής par le pseudo-Hucbald), monte ensuite à la médiante ou à la quinte; ainsi pour le premier et le deuxième ton:
nn en | a EN RS — ἘΞΞΞΞ : -e- e- Ce mouvement se retrouve dans le 4°ton, ᾧΞΣ RE, mais pas dans
le 3°, où il produirait précisément un intervalle de PR ton: ere L'horreur du «subsemitonium » ou demi-ton au-dessous de la tonique, persistant jusqu'au ΧΙ“ siècle, a la même cause. Les échelles du plainchant, réduites à la forme pentatonique, ne changent rien aux principes de leur organisation, ce qui tend à montrer que les mélodies se sont constituées bien avant les théoriciens et en dehors d'eux (1).
Carl Engel considérait la gamme pentatonique comme primitive et universelle ; c’est la thèse qu’il soutient dans un livre un peu superficiel paru en 1864 (2).
Comment expliquer ce fait? Une monogenèse, dans un pays indéterminé oriental ou non, suivie de rayonnements et de transmissions, n’est pas inadmissible a priori, quand on songe aux étonnants voyages que certaines formes d’art ont accomplis à travers le monde. Comme on en est réduit aux hypothèses, je croirais volontiers à la transmission pour un certain nombre de pays seulement, avec genèses locales et indépendantes dans les autres, — vagues de fond, se mêlant à des courants de surface.
Toutes les explications qui ont été proposées pour la gamme de sept sons et que j'ai indiquées plus haut, pourraient être et ont été effectivement reprises pour la gamme de cinq. Ainsi, l'échelle ri, ré, si, la, sol, mi, peut être obtenue par une série de quatre quintes avec sol comme point ‘de départ ; mais, ici, la question des origines me semble pouvoir être résolue par un raisonnement très simple :
Si l’on admet que la gamme de sept sons, puis la gamme de neuf sons, ont été rattachées à un système de corps célestes, et que, selon la remarque de M. Th. Reinach, «les différentes formules de la gamme céleste correspondent aux différentes échelles de la lyre qui furent en usage chez les Grecs depuis le νι" siècle jusqu'au 1°" siècle avant notre ère, el réciproquement, » il est tout naturel d’appliquer aux formes
(1) V. Riemann, Handbuch der Musikgeschichte, 1, 2e part., p. 62 et suiv. Je résume quelques lignes excellentes de ce livre, sans adopter les idées personnelles et arbitraires de M. Riemann sur la notation et le rythme.
(2) The Music of the most ancients nations (London, Murray, 1864).
antérieures à la gamme à sept sons l'explication donnée pour les formes qui lui sont postérieures. En d’autres termes, il suffit de prendre d’un peu plus haut la série des faits musicaux parallèles à des croyances astronomiques, et de reculer le point de départ de l’évolution. L’observation faite sur la gamme à neuf sons et sur la gamme à sept sons doit valoir aussi pour la gamme pentatone qui les a précédées.
Si cette thèse ne peut être appuyée, dans tous les pays, sur des documents positifs, elle est autorisée par des faits voisins de ceux dont 1] a été question plus haut et connexes aux doctrines sur la constitution du monde. Chez les Chinois, la gamme à cinq sons se rattache à cette idée que cinq est le nombre symbolisant l'élément Terre, si bien que dans les sacrifices adressés à la Terre divinisée, tout va par cinq ou multiples de cinq. On lit dans un des hymnes des sacrifices Kiao : « Les nombres sont déterminés par l’étalon cinq ». Ailleurs (Æymne à la Terre, ibid. VIT) cinq éléments sont associés à deux principes naturels : « le yn et le yang, et les cinq éléments parcourent leur cycle, puis recommencent ». La gamme de cinq notes, — kong, chang, kio, tche, yu — est aussi en relation avec les « cinq empereurs d’en haut ». cinq dieux désignés par les couleurs qui correspondent aux cinq éléments : l'Empereur jaune au Centre; l'Empereur bleu à l'Est ; l'Empereur rouge au Sud ; l'Empereur blanc à l’Ouest ; l'Empereur noir au Nord.