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LES NOTES-DÉESSES

pas intervenir, et pourrait mettre en mouvement, au contraire, un Esprit redouté.

Chez les Hindous, la description du système musical est du même genre. Elle fait intervenir, comme chez les Chinois, les idées de chef (Rajah ou tonique), de premier ministre (Mautri, analogue à notre « dominante »), de sujets, εἴς... Les srulis eux-mêmes (quarts et tiers de ton) sont personnifiés et ont des noms de nymphes. Chaque note est sous l'influence directe et la protection d’un dieu :

Sa (abréviation de Shadja — la) est rattaché à Ai;

Ri (abr. de Rishabha — si) » BRAHMA ; Ga (abr. de Gändhära — do) » SARASVATI ; Ma (abr. de Madhyama = ré) » MaAHADÉVA ; Pa (abr. de Pauchama — mi) » LacsHmi; Da (abr. de Dhaivata — fa) » GANE'S'A; Ni (abr. de Nishäda — sol) » SURGA (1).

Cette manière de voir est devenue celle des Grecs, avec de simples changements de noms, et s’est maintenue, plus ou moins affaiblie, chez les modernes. Au x° siècle de notre ère, nous voyons le théoricien Réginon prendre encore au sérieux le système qui « attribue » ou regarde comme « tout à fait semblable » telle note à Saturne, telle autre à Jupiter, celle-ci à Mars, celle-là à Mercure, εἴς... et affirme que ces idées ne sont pas seulement celles des philosophes païens, mais aussi celles des ardents prédicateurs de la foi chrétienne (De harm. Inst. Epis. 5).

(1) Ce symbolisme ne nous étant connu que par des ouvrages appartenant à des époques où les croyances primitives étaient altérées et brouillées (en ce qui concerne la musique), on ne s’étonnera pas qu'il ne soit pas toujours présenté de la même facon. Le principe sur lequel il est établi nous importe seul. A. H. Fox Strangways le reproduit ainsi d’après le Mahäabhärata et le Naradasiksà :

D'après le MAHÂBHARATA D'après le NARADASIKSA divinités notes correspondantes caractéristiques divinités analogues dans la nuture Sa Agni grondement Agni paon.

Ri Prajapati couleur sombre Brahma chataka.

Ga Sonna couleur claire Soma chèvre.

Ma Vayu mollesse Vishnu grue.

Pa Indra vigueur (manque) coucou.

Dha Brhaspati ? (id.) grenouille.

Ni Varuna note inharmonieuse (id.) éléphant.

Evidemment, tout ce symbolisme est dû à des « modernes », mais ces modernes suivaient d’antiques traditions populaires.

Chezles Arabes, héritiers des Grecs, des idées du même genre sont formulées par les Frères Sincères, ou Frères de la pureté (titre désignant une Académie de philosophes et de savants groupés à Bassorah, auteurs d'une encyclopédie comprenant 51 traités, et représentant l’état de la science arabe aux environs de 1500). Dans leur Epître 4° sur la musique, édition de Bombay, t. 1, 1305 H, p. 105, on lit la description suivante des cordes du ’oud : « la corde 7i7 ressemble au feu, le son en est chaud. La corde mathna ressemble à l’air ; le son en est doux et frais. La corde mithlath ressemble à l’eau ; le son en est froid et humide. La corde bam ressemble à la terre ; le son en est grave ». Simple assimilation littéraire, dira-t-on. Peut-être ! mais assimilation qui a pour fondement et pour cause une croyance antique. Et ibid., p. 105, les cordes ne sont plus mises en rapport avec les phénomènes naturels, mais avec des faits physiologiques : « La 717, corde haute, augmente la bile et combat la pituite; la #athna fortifie le sang, est contraire à l’atrabile ; la mithlath augmente la pituite et combat la bile ; la bam augmente l’atrabile et apaise le sang. »

On sait qu’à l’église abbatiale de Cluny, chaque ton du plain-chant est représenté par une statue avec légende.

Il nous suffit de connaître une personnification ou un symbolisme de ce genre, pour apprécier tout de suite à sa véritable valeur, en nous dégageant de nos habitudes d'esprit moderne, un fait qui ne me paraît pas relever de la théorie purement musicale. Les Hindous divisaient leurs Rags, ou mélodies, en trois classes : dans la première, analogue à l’ensemble des modes du plain-chant, la mélodie employait les sept notes de la gamme ; dans la deuxième, six notes étaient d'usage ; dans la troisième, cinq seulement. Mais on doit comprendre l'importance et la gravité de ces divers choix. Comme chaque note de la gamme est assimilable à une divinité, et que chaque divinité aun pouvoir spécial, il en résulte que modifier la gamme c'est modifier, du même coup, le caractère de l'intervention divine dans les actes auxquels le chant est associé : supprimer un 51, c'est ne point faire appel à Brahma ; supprimer un do, c'est laisser Sarasvati en dehors de l'opération musicomagique; etc... [1 paraît légitime de supposer que la classification des mélodies d’après le nombre et la nature des notes employées, a pour origine une classification des actes magiques d’après les Esprits auxquels on les rattachait.

Reprenons maintenant la théorie des modes telle qu’elle apparaît dans la musique grecque. Elle se réduit à un mécanisme des plus simples. Etant donnée l'échelle diatonique de #1 à m1, on prend suc-

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