LES ÉLÉMENTS DU RYTHME DANS LA POÉSIE LYRIQUE
Si nous avions pris un exemple dans la poésie lyrique française, nous aurions pu y montrer aussi les éléments du rythme, sauf le premier : le pied ne joue, en effet, aucun rôle dans nos vers. Les vers populaires du Stabat ont l'avanlage de pouvoir servir à une définition préliminaire complète. Cet ensemble de six lignes forme une strophe composée de deux périodes; chaque période a trt)is membres. Les deux premiers de ces membres contiennent chacun quatre trochées (une syllabe forte suivie d'une syllabe taible: stdbat \ mater ^ \ etc.); le troisième membre a aussi quatre pieds, au dernier desquels manque une syllabe : filiûs..,; il est dit, pour ce motif, kataledique (mol grec signifiant : incomplet).
La syllabe du pied qui est forte et frappée de l'accent [sta...) est appelée thesis. La syllabe du pied qui est faible et sans accent {...bat) est appelée arsis.
Le vers qui se termine sur une arsis [dôlorôsa) est un vers féminin. Le vers qui se termine sur une thésis {...fîliûs) est un vers masculin.
Certes, la composition musicale n'a pas toujours la même netteté de structure que cette strophe. En musique, les /cola (membres de phrase), ne sont pas distingués à la fois par la rime et par la disposition du texte; sur la portée, ils adhèrent l'un à l'autre d'une façon continue, et il faut que le sens artistique intervienne pour reconnaître la fin du premier, le commencement du second, etc., en outre, ils peuvent avoir une étendue variable : à un kôlon de quatre pieds, peut succéder un kôlon de trois ou de cinq pieds; enfin, les pieds euxmêmes peuvent changer dans le cours de la mélodie. Quoi qu'il en soit, la strophe latine citée plus haut contient les éléments essentiels et fondamentaux de toute composition musicale; et si le lecteur veut bien graver dans sa mémoire la petite analyse que nous venons de faire, sans jamais perdre de vue : le groupement des pieds en kôlon ; celui des kola en périodes; celui des périodes en strophes, — il aura, dans ses lignes les plus importantes, le schéma du rythme musical.
Un allegrOj un adagio de Beethoven ne sont pas autre chose qu'une suite ordonnée de vers mélodiques, que l'oreille doit reconnaître sous peine de méconnaître l'esprit des œuvres classiques, et qui sont groupés régulièrement.
§ 2. L'organisation des strophes.
Nous avons à compléter les indications précédentes en rappelant comment se combinent les strophes dans la composition poétique.
D'après la doctrine des métriciens antiques, les kola peuvent se succéder de deux manières. S'ils sont toujours d'étendue égale et si la limite des ensembles qu'ils forment est seulement fixée par le sens logique de la phrase, la composition est stichigue^; telle est l'Iliade, l'Odyssée; telles sont les tragédies de Corneille et de Racine. Si les kola, d'étendue plus ou moins égale, forment des ensembles répétés régulièrement et dont la limite est fixée par une raison mélodique à laquelle le sens logique devient subordonné, la composition est dite systématique. A cette seconde catégorie appartiennent les poésies lyriques des anciens et des modernes, et les œuvres de nos musiciens classiques.
Les systèmes peuvent se succéder de diverses façons. Voici les combinaisons principales que les poètes ont imaginées.
Lorsque deux systèmes sont pareils, le premier est appelé strophe, et le second antistrophe*. Cela signifie, qu'ils sont chantés sur uneseule et même mélodie, laquelle se répète deux fois. Cet ensemble de deux strophes identiques s'appelle syzygie^. Toute notre musique de danse (y compris certaines parties de la sonate empruntées à la danse) est composée, nous le verrons, de syzygies, c'est-à-dire que chaque thème mélodique y est répété.
Si tous les systèmes sont pareils, la composition est dite monostrophique; la même strophe s'y répète indéfiniment. Telles étaient, chez les anciens, les odes d'Alcée, de Sapho, d'Horace : tels sont la plu-