CHAPITRE III
§ 1. Définitions.
Comme le style littéraire, le stye musical se compose de membres de phrase (en grec jcwXov, plur. >.(ùkx^).
Le membre de phrase musical équivaut à un vers en poésie.
On peut le définir ainsi : un groupe de plusieurs pieds appartenant au même genre rythmique. L'unité de ce groupe s'établit de deux façons : Taccent d'un des pieds composants devient un accent principal, dominant celui des autres pieds; en outre, le groupe rythmique est séparé du groupe suivant par une césure ou une coupe^ donnant lieu à une respiration dans le chant, à un lever des mains dans ia musique pour instruments à clavier, à une nouvelle position des lèvres dans la musique pour instruments à vent, etc. Pour cette raison, les kola sont marqués d'une façon beaucoup plus nette dans noire musique que dans notre poésie et dans celle des Grecs.
Les kola sont caractérisés et se distinguent les uns des autres : par le genre rythmique; — par leur étendue, considérée soit nu point de vue du nombre des pieds composants, soit au point de vue des temps qui forment le pied final. Il y a en effet des kola dont le pied final est complet; il y en a au pied final desquels manquent un ou plusieurs temps ; ces derniers sont appelés katalectiques (xaTa>ey.Tty.cç, inachevé); — par leur te77ninaison, qui est féminine ou masculine selon que la césure coïncide avec un temps faible ou un temps fort; — par leur forme initiale qui a ou n'a pas d'anacruse; — enfin parla place de F accent principal (que le goût, en général, peut seul déterminer).
1. -zé. (te) xôjXa l\ (Sv hu&.<svr[ ouv^ott^xe TcspfoSo; = loute période sç compose de kola (Denvs DllALic.-De compos. verb. 13). Lyricorum carmimum qusè versihus colisvo.., componuntur = les chants lyriques, qui se composent de vet's ou hôla (Marius Vict., loc. cit. y p. 58).
48 THÉORIK DU RYTHME
L'étude des kôIa, en musique, est de beaucoup la partie la plus délicate et la plus importante de l'étude du rythme. Elle est la plus délicate, parce que les compositeurs, pratiquant un art en partie instinctif, n'ont pas pris soin de ponctuer leurs phrases par des signes visibles. Les grandes unités rythmiques (la strophe, la zyzygie, la périkope) se marquent pour ainsi dire d'elles-mêmes, tout comme les chapitres d'un livre, les divers points d'un sermon, les chants d'un poème ou les actes d'un drame; il en est de même pour la phrase complète, à la fin de laquelle l'exécutant mettra instinctivement une forte césure et un arrêt, à moins d'être atteint de cécité musicale. Malgré la netteté des règles qu'on peut formuler, il y a évidemment des cas où Ton est embarrassé pour déterminer l'étendue exacte du kôlon ; il y a telle suite mélodique, où rien n'oblige absolument h introduire une césure masculine plutôt qu'une césure féminine et où l'exécutant peut préférer l'une à l'autre sans qu'on soit fondé à l'accuser d'inexactitude; tout ce qu'on peut dire, c'est que, pour résoudre ces difficultés, il faut s'inspirer des habitudes de style de l'auteur que l'on étudie ou qu'on veut « exécuter ». Le critérium fait quelquefois défaut pour distinguer les membres de la phrase; et cependant, si on ne les distingue pas, si on ne les fait pas sentir, on se place en dehors de l'art classique : on ressemble à un acteur qui donnerait l'impression d'une prose libre en déclamant des vers de Corneille ou de Racine.
§ 2. L'étendue des kola.
L'étendue des kola n'est pas la même dans les trois genres de rythme. Les observations faites par Aristoxène sur le lyrisme antique, s'appliquent aussi, sauf une exception, à l'art moderne.
Le théoricien grec n'admettait des kola de 6 pieds que dans le rythme de genre trochaïque; on est cependant obligé de reconnaître que la musique moderne les emploie aussi dans le genre dactylique. Nous dirons donc :
Dans les rythmes trochaïque et dactylique, les kola peuvent avoir jusqu'à 6 pieds;
Dans le rythme ionique, les kola ne peuvent avoir plus de 3 pieds.
§ 3. Eôla homogènes et hétérogènes.
Il y a deux sortes de phraséologie : celle ou les kola ont une étendue égale; celle où ils ont une étendue différente.
La première comprend les kola formés de dimètres, c'est-à-dire de 4 pieds, ou de 2 dipodies. On les appelle encore d'un autre nom qui revient au même : des tétrapodies (quatre pieds). On peut considérer comme appartenant à la même classe les kola dont l'élément essentiel est la dipodie : les monomètres (2 pieds) et les trimètres (6 pieds). Il arrive assez souvent qu'un monomètre s'ajoute à un dimètre; mais les trimèlres, là ou on les rencontre, sont un élément principal et non accessoire du rythme. — On trouve quelquefois, après des tétrapodies trochaïques ou dactyliques, des tripodies du même genre; mais ce sont des exceptions.
La seconde classe comprend les kola de 3 pieds (genres trochaïque et dactylique). Ici, l'adjonction d'un kôlon d'une autre étendue est très rare. L'emploi des kola dactyliques de 3 pieds était très fréquent chez les Anciens, il l'est aussi chez Bach; il est devenu beaucoup plus rare dans la musique moderne. — Encore plus rares sont les tripodies trochaïques.
§ 4. Emploi des kola dans Bach, Haydn, Mozart
et Beethoven.
Voici l'indication des divers kola et de leurs combinaisons.
employés par les classiques * :
GENRE DACTYLIQUE 1. Tétrapodies dactyliques.
Elles sont rarement pures, souvent combinées avec des dipodies, des tripodies, des pentapodies, des hexapodies :
4. Les chiffres renvoient aux 24 fugues de Bach [Clavecin bien tempéré), et aux 21 symphonies de Haydn, publiées dans la collection Litolff, aux 6 symphonies de Mozart et aux 9 symphonies de Beethoven de l'édition Peters.
Bach : t. I du Clavecin bien tempéré^ fugues 1, 2, 3, 4, 5, 7, 8, 9, 12, 13, 16, 17, 18,20,22,23, 24. •
Id., t. II, 1, 2, 3, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 12, 13, 14, 17, 19, 20, 23. 21 Symphonies de Haydn ;
6 — de Mozart;
9 — de Beethoven.
Dans les symphonies, la tétrapodie dactylique est d'un emploi presque constant.
2. Tripodies dactyliques, Bach : Ibid.y t. I, 6, 21, 10. — T. II, 16, 22.
GENRE TROGHAIQUE
i. Tétrapodies trocbaïqnes.
Bach : Ibid.y t. II, 11, 18 (avec des kola hexapodiques), et 4. Haydn : Dans chaque menuet^ -y des symphonies. — Dans Fallegro
du début : symph. nM, 2» vivote; n* 2, j? n** 3, ^» vivace assai^ avec
mélange d'hexapodies ; n* 6, j; n* 8, g; n"" H. ô- presto; n° 14, j.
spirituoso; n* 15, tî n* 18, -:* vivace ; n* 19, j- — Dans r allegro finale :
fi fi fi
nM2, g ; nM7, g. presto. — Dans V adagio et Vandante : n** 6, g» andante
cantabile ; n* 21 , j. capricio largo. — Dans V Adagio-Introduction :
Mozart : Dans chaque menuet. — Allegro du début : n** 3, j- —
fi fi fi
Andante : n** 2, g; n** 4, g; n° 6, g poco adagio-
Beethoven : Dans chaque scherzo.- — Dans r allegro du début : n" 3,
o O 'fi
J. con brio; n'' 8,2» vivace con brio ; n° 7, g. vivace. — Dans le finale :
fi *\
n"* 6, g. allegretto. — Dans Vadagio et Vandante : n° 1, g» andante can-
tabile con moto ; n*" 2, g- larghetto; n"* 6,-^» andante molto; n'' 9, -^t adagio.