L'ALLONGEMENT IRRATIONNEL
el ont la signification suivante : le rapport est rationnel lorsque la partie forte et la partie faible du pied sont, Tune à Tautre, comme dans le trochée à 3 temps ou dans le dactyle à 4 temps; dans le premier, la partie forte du pied est le double de la partie faible; dans le second, l'une et l'autre sont égales. Le rapport est donc, pour le premier, 2 : 1 ; et pour le second, 1:1. Mais il y a aussi, dit Aristoxène, un pied où la partie faible peut avoir une valeur intermédiaire entre 1 et 2 ; c'est le trochée dont les deux parties sont dans le rapport 2 : IJ et qui, pour cette raison, est appelé irrationnel. Ce serait donc ce pied qui, dans le mètre trochaïque pourrait se substituer au trochée rationnel (3 temps), soit à la fin d'un kôlon, soit dans une dipodie trochaïque. Ainsi, l'allongement irrationnel, usité chez les Anciens, n'est autre que le temps premier allongé de la moitié de sa valeur, allongement qui s'exprime dans la musique moderne par un point placé à côté de la note. On aura donc pour le trochée irrationnel, les formes suivantes :
n-iFi-i^jj-
Dans la musique moderne, il y a aussi des membres de phrase dont la fin est allongée; cet allongement est indiqué dans les chœurs d'église par le signe /^ {corona^ point d'orgue). La théorie précédente permet de déterminer exactement la valeur de ce signe qu'on interprète habituellement d'une façon arbitraire, en prolongeant sans raison la pause qui sépare les membres de phrase. Cette durée de la dernière note n'est pas indéfinie ; elle doit être prolongée suffisamment pour altérer le rapport normal des deux parties du pied; mais elle ne doit pas l'être au point de dénaturer le genre rythmique auquel appartient ce pied, et de changer, par exemple, un trochée en dactyle.
Voici un choral où Bach a indiqué lui-même un allongement à la dernière note du kôlon, et qui gagne évidemment au point de vue de sa beauté rythmique comme de sa signification littéraire et musicale, à être interprété d'après la règle précédente. C'est un ensemble (appelonsle provisoirement système ou strophe) composé de deux périodes : la première est à 2 membres, la seconde à 3; chaque membre est une tétrapodie. La tétrapodie du début a une césure secondaire, à la fin de la première mesure, mais ce serait assurément une erreur de considérer les deux dipodies comme indépendantes :
CombienbrèvéîconAienvaine est h vie hu . mai . né» E . phe.me - re
'^ '^ Il I , , ^
est 1 e mon . de ! Tout doit pé . rir dis. pa . raî .trelQuicrainlDieutoujours de. mea . re !
Objectera-t-on qu'Aristoxène, dans le passage cité plus haut, n'a parlé que du trochée irrationnel et qu'il est illégitime d'appliquer sa doctrine à un rythme dactylique? Songeons que nous ne possédons plus l'exposé complet de l'irrationnalité dans la rythmique d'Aristoxène ; le trochée ne figure, dans la phrase de lui que nous avons reproduite, qu'à titre d'exemple; ailleurs, en parlant de la différence des mesures, le théoricien déclare : « les mesures irrationnelles se distinguent des mesures rationnelles en ce que le rapport de la partie forte et de la partie faible ne peut pas être exprimé par un nombre entier. » C'est à peu près le sens de ses paroles ; Aristoxène admet donc plusieurs sortes de pied irrationnels; et on ne se trompe très probablement pas en étendant sa définition aux rythmes dactylique et ionique.
§ 6. Application des principes précédemment exposés. Analyse ou kolotomie de la composition musicale.
L'analyse de la composition chorale chez les lyriques et les dramatiques grecs est une étude créée, dans l'antiquité, par les philologues alexandrins. Ils l'appelaient Ao/o/omte (de rofXTô, coupe, etKwXov, membre de phrase.) Parmi les modernes, A. Bœckh (1785-1867) est le premier qui ait repris ce travail en appliquant une méthode rationnelle à l'ana-