V PÉRIODE A DEUX MEMBRES
La forme élémentaire de la période musicale est celle qui comprend 2 membres de phrase. En pareil cas le premier membre est caractérisé, sans aucune exception, par une progression de l'intensité des accents, et le second par une régression, ou diminuendo. On peut donner ainsi le schéma de cette période, qui fait songer au fronton des temples grecs :
J'rotasis Apodosis
La connaissance de cette structure est de la plus haute importance pour l'exécutant; grâce à elle, la rythmique cesse d'être une discipline purement formelle et devient une science pratique. La direction ascendante ou rabaissement du dessin mélodique, ne sont pas les causes du crescendo et du diminuendo; c'est plutôt le sentiment naturel du schéma que nous venons de tracer et la recherche instinctive d'un mouvement suivi d'un déclin et d'un repos, qui, en général, porte le compositeur à faire monter le dessin de la mélodie, puis à l'abaisser. Il y a d'ailleurs, dans le style passionné, des périodes où le second membre continue la tendance du premier, au lieu de la sus-
LA PÉRIODE MUSICALE
pendre et de la ramener graduellement à l'état initial : elles ressemblent aux périodes oratoires qui se terminent par un point d'exclamation au lieu d'un simple point.
Dans les fugues de Bach, le thème dux est, le plus souvent, une période à 2 membres, formant tétrapodie; elle est répétée par une seconde voix, sous forme d'antipériode {cornes). A l'exécution de l'une et de l'autre s'applique le principe précédent.
En voici un exemple tiré du Clavecin bien tempéré, 1,2:
p cretc
dimtn.
aim tn.
2"* PÉRIODES HYPERMÉTRIQUES.
Il y a des périodes composées de 3 kola ou d'un plus grand nombre, appelées hypermétriques. Entre la protasis et l'apodosis, elles contiennent une phrase intermédiaire, rarement plusieurs; mais cette phrase intermédiaire a toujours la signification rythmique • d'une 2* protasis, jamais celle d'une conclusion. La période composée de 4 kola, par exemple, doit donc être comprise de la façon suivante :
L Protasis \ IL Protasis | III. Protasis | Apodosis.
Au point de vue de l'accentuation, une telle période est soumise à une règle qui est appliquée dans le langage oratoire : dans une suite de mots pleins de sens, également forts, qui marquent soit une reprise de la même idée, soit une opposition, les accents suivent une progression d'énergie toujours croissante.
Ainsi dans cette phrase de Bossuet : « Une grande reine^ \ fille, femme, mère de rois si puissants \ et souveraine de trois royaumes^... » De même, dans la période musicale de plusieurs membres, le crescendo de la première protase s'accentue dans les suivantes, jusqu'au kôlon fmal.
LOu bien encore : « Que faisons-nous autre chose, quand nous flattons notre corps, que à^accroiire la proie de la mort | , lui enrichir son butin | , lui engraisser sa victime? »
En voici un exemple tiré du n** 18 du Messie, de Hândel.
La dernière strophe de cette mélodie est écrite sur le texte suivant:
Tàke his yôke upôn yôu | and léarn ùt him ||
for hé is méek | and iôwly of héart | and yé shâll find rést | and yé shàll llnd rést | uotô your soûls ||
Ce groupe de vers est formé de deux périodes dont la première a 2 membres et la seconde 5 :
Dans la première de ces périodes hypermétriques comme dans toutes les autres du même genre, on pourrait supprimer la phrase intermédiaire et mettre Tapodose immédiatement après la protase. Dans la seconde période, on pourrait supprimer au moins les 3' et V kola. On aurait un sens satisfaisant; mais ce sens serait trop simple : la musique, comme la poésie, aime Tamplification oratoire; elle ne se contente pas de l'expression toute nue : elle la renouvelle et la reprend, sans dire bien souvent quelque chose de nouveau, pour donner de Tampleur et de l'éclat à la phrase. C'est à ce point de vue qu'il convient de se placer dans l'interprétation des périodes hypermétriques.
Voici un nouvel exemple emprunté au Don Juan de Mozart, nMO {air de la Vengeance, chanté par dona Anna) :
jre Période : Or sai chi Tonôre | rapire â me vulse | chi fû il tiâditùre |
che il pâdre '.. che il pâdre [. a mi volsé || 2« Période : Vendetta I.li chiég^o | la chiéd (e) il [, tuo côr '.. !. [, \ la
chîed (e) il tùo cùr ||
Des deux périodes dont se composait le texte littéraire, Mozart a
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formé la première strophe de sa mélodie, en usant de répétitions et en introduisant des pauses. La première période du texte poétique avait 4 membres : Mozart a transformé en hexapodie la tétrapodie du dernier ; la seconde période avait 3 membres : du second, qui était encore une tétrapodie, il a fait aussi une hexapodie. En déclamant simplement les paroles, on sent instinctivement qu'il faut développer le crescrendo jusqu'à la fin de l'avant-dernier kôlon; dans le chant, cette énergie croissante de l'accentuation devient tout à fait indispensable :
Or saî chi l'o . no.re
ra pire a me vol. se chi fû'iltra.di
Il '). . .-. ^ll^,
.tô.re cheil padrel.cheil padre! mi tol.se Ven.deLta!. ti chie^go la
chiede U tuo cor
la
chiede il tao cor.
§ 3. L'enchainement des périodes.
La polyphonie musicale présente une particularité qu'il importe de signaler, ne fût-ce que pour prévenir une difficulté à laquelle se heurterait le lecteur s'il voulait appliquer les principes précédents à l'analyse de la composition.
Habituellement, un kôlon finit avant le commencement du kôlon suivant; mais il peut arriver que les kola se tiennent comme les anneaux d'une chaîne, c'est-à-dire qu'un membre de phrase renferme une partie du membre qui le suit; ainsi, dans le chant, l'orchestre qui accompagne peut commencer une phrase sur la mesure qui termine la mélodie. Le même fait peut se produire dans un chœur ou un duo.
Il peut aussi arriver, dans une mélodie simple (instrumentale), que la même note soit à la fois la dernière d'un kôlon et la première du
kôlon suivant; une ligne de convention doit marquer cette note, qui, théoriquement, compte deux fois*.
La période hypermétrique est analogue au « long vers » retrouvé dans Pindare par A. Bœckh.
La règle concernant le a^escendo dans la ou les protases, et le diminuendo dans l'apodose, est la base de toute exécution musicale classique.
1. C'est à tort que Westphal ne voit un enchaînement de périodes que là où il y a plusieurs parties. (V. Elemente des Musih, R,, p. 157 et suiv.; et Allgem, Theor. etc., p. 232 etsuiv.)