LES SYSTÈMES DANS LA SONATE CLASSIQUE
V Dans le 1" allegro de la sonate, souvent aussi dans le second, on trouve une exacte symétrie antistrophique, puisque, des deux parties dont il se compose, la première est répétée, de façon à former l'ensemble suivant : A, A', B. C'est la triade de Pindare, composée d'une strophe, d'une antistrophe et d'une épode. La différence qui sépare la strophe musicale moderne de la strophe antique, c'est que la première est beaucoup plus étendue; si cette différence paraît trop grande pour permettre une assimilation de Beethoven et de Pindare, on peut considérer la première partie de \ allegro^ dans la sonate et la symphonie, non comme une strophe unique, mais comme un ensemble de systèmes différents formant perikope ; la répétition de cet ensemble ne sera plus une antistrophe, mais une anti-périkope; la deuxième partie (non répétée) de \ allegro^ que nous avons nommée épode, sera une épi-périkope. En ce cas, ce n'est plus avec les odes triomphales de Pindare, c'est avec la structure des chœurs de la tragédie grecque, que l'on comparera les compositions de Beethoven.
3** L'adagio a ses origines dans le chant; il n'est autre chose qu'un Lied (ou une imitation du Lied) dépouillé des paroles, et appliqué aux instruments; il a donc la forme systématique. Mais il y règne une assez grande liberté :
Quand la strophe est suivie d'une antistrophe de même étendue, la seconde est une imitation libre de la première. (V. Vadagio de la sonate de Beethoven en ut mineur, n° 5, qui peut se diviser ainsi : !"• strophe, mesures 1-45; 2* strophe ou antistrophe, mesures 46-90; 3* strophe ou épode, mesures 91-112, où le thème principal des deux premières strophes est repris et développé.)
Habituellement, Vadagio n'a pas de symétrie antistrophique; il est composé de systèmes inégaux et forme ce qu'on peut appeler, d'après la terminologie antique, un « canticum alloiostrophique » ou otKolzk'oaévGv ^ c'est-à-dire une suite de strophes inégales. Ces strophes contiennent d'ailleurs des parties sensiblemant égales.
Nous donnerons, comme exemple, Vadagio de la sonate pathétique, avec la manière de scander de Westphal :
BEETHOVEN : Adagio de la Sonate 8, op. 13 (Pathétique).
Chaque mesure à 7 est composée de 2 dactyles ; la longue du dactyle étant résolue, le
pied se compose de 4 brèves, représentées ici par 4 doubles-croches. 2 mesures équivalent à un kôlon tétrapodique (membre de phrase ayant 4 pieds). Ici, comme partout, la fin du vers musical coïncide rarement avec la barre de mesure; la non -coïncidence se produit là ou le kôlon est katalectique (incomplet] et où la césure du kôlon suivant est masculine ; elle se produit aussi partout où, à une tétrapodie, succède un vers plus petit ou plus grand, tel qu'une dipodie, une tripodie» une pentapodie, comme le cas va se présenter. Les petits chiffres placés au-dessus ou au-dessous de la portée indiquent Tordre des dactyles; le petit trait vertical marque la fiu du kôlon, ou membre de phrase musical, équivalent à un vers en poésie ; les 2 traits verticaux marquent la fin de la période et ont la valeur d'un point.
Le titre adopté par Beethoven, acfapto can(a&t7e, indique que cette composition a la forme d'un Lied; or, soit dans le lyrisme moderne, soit dans le lyrisme antique, les vers de 4 pieds sont les plus fréquents.
Strophe A
Syst. 1
«Il