‹ Études de philologie musicaleChapitre 44 sur 63 · PROBLÈME DE I/ORIGINE DES NEOMES Ï · texte numérisé non relu

PROBLÈME DE I/ORIGINE DES NEOMES Ï

dé mouches, de crochets, de traits bizarres; on dirait une troupe de lutins minuscules sortis de la boîte à surprises d'un Merlin Tenchanteur, et qui se seraient glissés entre les paroles latines pour contrarier l'attention du lecteur.

Ce sont les neumes (mot d'origine inconnue), représentés dans nos spécimens sous la forme cursive, latine et traditionnelle qui, après avoir pris naissance en Italie, s*esl répandue en Suisse aux monastères de Saint-Gall, d'Einsiedeln, de Rheinau, puis en Alsace, dans le Palatinat, en Hollande, dans tous les pays de langue allemande, et enfin en France.

Dans la plupart des cas, rien n'est plus simple que de dire à quelles notes exactes correspondent ces signes qui, pris en eux-mêmes, indiquent simplement une élévation ou un abaissement de la voix: il suffit de rapprocher les manuscrits primitifs où les paroles sont notées avec des neumes purs, des manuscrits plus récents où les mêmes paroles sont accompagnées de neumes placés sur lignes et d'une notation précise. Ces derniers sont la traduction littérale des premiers. Il est vrai qu'on n'a pas toujours cette traduction. Elle manque, par exemple, pour les vers de Virgile que nous avons reproduits; peut-être la Irouvera-t-on un jour.

Quant à la question d'origine, disons-le tout de suite: tout le monde reconnaît aujourd'hui que les neumes ne sont pas autre chose qu'une transformation de l'accent grammatical. Accent aigu, accent grave: ces deux signes (introduits autrefois dans la représentation graphique de la pensée par un rhéteur de génie) ont donné lieu, en se combinant, à toutes les formes des neumes, et, en se brisant, aux notes modernes. Un besoin tout naturel de précision et de clarté a conduit les copistes à les placer d'abord sur une, puis sur plusieurs lignes, de façon à constituer peu à peu la portée actuelle.

Il est difficile, en dehors de toute considération paléographique, et en dehors des témoignages formels, d'avoir réfléchi aux origines

particularité n'a jamais été signalée par nos philologues et c'est à D. Mocquereau que je dois de la connaître. Aux mois de février et d'avril 1896 j'ai communiqué à la Société des humanistes français, à la Sorbonne, les photographies que j'ai fait faire à Florence de six pages de ce ms. contenant des neumes et j'en ai signalé l'intérêt au point de Yue paléographique y philologique (indications que fournissent les notes liquescentes sur la manière dont le latin était prononcé] et musical. Le résumé de cette étude se trouve dans le Bulletin des humanistes français, n^ 10*

de l'art musical et à son évolution, sans reconnaître la justesse de cette explication. Les accents grammaticaux, avant d'avoir donné naissance aux neumes, étaient déjà une sorte de notation rudimentaire; ils indiquaient les syllabes sur lesquelles il fallait abaisser ou élever la voix; ils étaient la notation d'une partie de la musique contenue dans la parole. S'il est démontré que le chant primitif s'est dégagé peu à peu du langage parlé, n'est-il pas naturel que, parallèlement, la notation musicale soit sortie de l'écriture?

Nous allons voir maintenant les longs et inutiles voyages qu'a faits la critique dans le domaine de la philologie avant d'arriver à une théorie si naturelle et si simple. Au lieu d'observer les faits usuels et immédiats de l'écriture, on a vagabondé au loin, dans un dédale de conjectures compliquées. C'est l'histoire de l'homme qui court le monde pour rencontrer la Vérité, pendant que la Vérité l'attend au seuil du logis abandonné. Ici comme ailleurs, Tesprit humain s'est bien montré fidèle à ses habitudes: débuter par le rêve, finir par l'observation de la réalité; bâtir la maison en commençant par le haut; embrouiller à plaisir les choses et ne s'aviser que très tard des solutions les plus simples.

On peut diviser en quatre périodes l'histoire de la question que nous avons choisie :

La première s'étend de 1806 environ à 1849; elle est représentée par Fétis;

La seconde s'étend de 1849 à 1852; c'est une transition représentée par Th. Nisard;

La troisième s'étend de 1852 à 1880; elle est représentée par Ed. de Coussemaker;

La quatrième a commencé en 1880, avec les Mélodies grégoriennes de Dom Pothier, dont les Bénédictins de Solesmes, auteurs de la Paléographie rmisicale^ sont les brillants continuateurs depuis 1889.

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