‹ Études de philologie musicaleChapitre 49 sur 63 · J'en détacherai les lignes suivantes · texte numérisé non relu

J'en détacherai les lignes suivantes

« Il ne peut (^tre mis en doute que les neumes appartiennent absolument au système <ies notations orientales, et rien ne peut faire supposer que Torigine de cette notation soit encore européenne, le chant syllabique étant dans Tinstinct et dans les habitudes des populations occidentales, à l'exception de Tltalie méridionale et de Rome en particulier, au temps des dépravations de l'Empire, lorsque le goût oriental y fut introduit par les chanteurs asiatiques.

« Suivant nos adversaires, les neumes sont la notation romaine dont a parlé le moine d'Angoulôme. — Mais quoi ! d'où seraient venus ces neumes à Rome, qui possédait déjà une autre notation si simple et d'une lecture si facile ? »

2. Ce chapitre est intitulé : Si les Égyptiens ont eu une notation de la musique. Ce qu^eUe -a dû être.

base de tout le système et à donner un corps à une théorie qui est restée une sorte de fantôme romanesque marchant sur les nuages.

A un autre point de vue, il suffira de dire qu'en 1869, et pour des raisons multiples, toute entreprise ayant pour but de donner une Histoire générale de la Musique était prématurée. Aussi raisonnables étaient certaines Histoires universelles écrites sous l'ancien régime. Les renseignements que nous possédons sur la musique des Orientaux sont tout à fait récents et encore incomplets; on commence à peine à poser quelques jalons permettant de rattacher le chant liturgique moderne à son passé gréco-hébraïque et à voir ce que l'histoire de l'art musical pourra être un jour.

Disons néanmoins en terminant (et sans rien retrancher aux réserves graves par lesquelles nous avons commencé ce chapitrej qu'il faut tenir compte du labeur immense soutenu par Fétis dans une tâche aussi ingrate. Il a été l'ouvrier de la première heure; il avait une science à créer, tout à faire, tout à déchiffrer. Les erreurs étaient inévitables. Si pour arriver au but il a pris le chemin le plus étrange et le plus long, celui où il y a le plus de haies et de fossés, de fondrières et de sables arides, c'est que l'exactitude et la simplicité sont des conquêtes tardives de l'expérience. Dans la question de l'origine du langage, que de voyages n'a-t-on pas faits à travers le monde avant de comprendre que c'est par l'observation des phénomènes instinctifs qu'il convient de résoudre le problème! Dans la question des neumes, Fétis a suivi une voie analogue. Il y a cependant quelque chose de touchant — en dépit des défaillances que j'ai signalées — dans l'activité infatigable d'un érudit qui travaille jusqu'au bout à fortifier les premières opinions de sa jeunesse.

Le mérite d'avoir déblayé le terrain encombré par l'érudition souvent dangereuse de Fétis revient à un homme qui eut beaucoup d'intelligence mais très peu de caractère, et qui, après des aventures diverses où il vendit prématurément la peau de l'ours en affectant un rôle démesuré pour sa taille, reste, de tous les critiques du xix* siècle, le plus amusant pour l'observateur, sinon le plus estimable.

Il a été considéré un moment par ses contemporains, et il s'est toujours considéré lui-même comme le pontife maxime de l'archéologie musicale. S'il est vrai que le plus sûr moyen d'imposer son mérite à l'attention d'autrui est de croire d'abord à son propre mérite, Nisard était admirablement doué pour réaliser le rêve de sa vie : diriger le mouvement scientifique de l'Europe {et des temps modernes^ ajoutait-il). Il a cru à sa valeur et à sa mission avec une sincérité grave qui, souvent, désarme la critique. Après avoir été l'objet des faveurs officielles et des récompenses de l'Institut, son nom est souvent cité parmi les plus distingués, dans une de ces énumérations qui semblent consacrer les grands souvenirs en les faisant entrer dans le langage courant; on dit encore : les Félis^ les Nisard y les Coussemaker^ les Rieman?2j etc..

Peut-être les Mânes de Nisard ne se réjouissent-ils qu'à moitié de cette promiscuité. Il se prenait pour un initiateur, un apôtre, un Messie. Si on lui avait demandé quels étaient les principaux critiques de son temps, il eût probablement répondu ce que répondit à l'auteur du présent livre, il y a deux ans, le feuilletonniste musical d'un de nos grands journaux du soir : fe suis le seuil Pour mieux affirmer son rôle, il aimait à s'envelopper de mystère et se faisait souvent impénétrable, refusant — et pour cause ! nous le verrons — de livrer tous les grands secrets qu'il portait en lui.

Erudit solide et substantiel, il l'était certainement; savant, ce

serait trop dire. Tous les amis sérieux de la vérité admettront qu'entre Térudit et le savant il convient de mettre la même distance qu'entre le parleur disert et l'orateur, l'artisan de jolies rimes et le poète, l'honnête homme et le stoïcien. L'érudil s'éparpille sur de menues choses, donnant çà et là d'utiles coups de pioche qui découvrent parfois des morceaux intéressants : le savant fait de l'étude des détails un moyen et non une fin ; c'est avant tout un homme qui sait composer ; comme disent les peintres, il a l'entente de l'ensemble. En outre, son titre est inséparable de certaines grandes vertus : il a une foi dont l'objet est pris en dehors de sa personnalité, et il s'absorbe dans cet objet. Loyauté, c'est sa devise.

Nisard a été exactement le contraire de cet idéal ; il avait ce genre de savoir qui consiste à choisir un mot dans quelque auteur de second ordre et à bâtir sur ce mot tout un système d'hypothèses ; parfois même, le désir de contredire ses rivaux et le goût de la singularité lui ont fait rencontrer quelques idées très raisonnables ; mais il s'est montré incapable de rien fonder. Il appartient, comme Fétis, à cette famille des preux de pédanterie (le mot a été créé, dit Sainte-Beuve, pour les Scaliger) qui frappent d'estoc et de taille, mais ne savent point coordonner leurs prouesses et les exagèrent pour se payer de leur peine. Très mince au fond, étendue en surface par de nombreuses et complaisantes rééditions, traversée parfois de belles lueurs, son œuvre a eu pour conclusion, après des engagements solennels, un aveu d'impuissance plein d'amertume. Enfin, dénué de ce goût supérieur qui prévient les maladresses, approuvant ses confrères lorsqu'il espérait les dominer, mais se retournant contre eux dès qu'il les voyait arriver au premier rang (telle fut sa conduite à l'égard de D. Pothier), il s'est laissé entraîner par son orgueil — et ceci est grave, nous ne manquerons pas de nous y arrêter — jusqu'à l'extrême limite où commence la mauvaise foi.

Il faut pourtant se.faire une certaine violence pour le condamner. On le plaint, quand on le voit, après la lecture de telle page où un auteur connu a oublié de le citer, parler naïvement de son « martyre scientifique » ; on plaint ce moi qui tressaillait douloureusement à tous les succès d'autrui, et qui après avoir employé des moyens désespérés pour se sauver du naufrage, voulut entraîner dans la catastrophe finale des rivaux plus heureux ou moins compromis.

Fanfaron de suffisance livresque, habitué à faire des promesses au delà de ses forces, dupe de ses propres rêveries, criant toujours moi! moi! (deux mots qui par une rencontre piquante représentent assez bien à l'oreille le cri de la grenouille dans son duel à mort avec le bœuf), Nisard a eu toutes les qualités que la Garonne passe pour faire fleurir sur ses bords et dont elle aurait rempli le monde, si elle avait voulu. — 11 est né en Belgique en 181 2.

Il vint se fixera Paris en 1841 , avec Tambition de se rendre célèbre dans la littérature et surtout l'archéologie musicale, qui n'avait alors, selon ses propres expressions, que deux ou trois représentants sérieux. Nous le voyons tour à tour maître de chapelle et organiste-accompagnateur à Saint-Gervais , secrétaire d'un Conseiller à la Cour de Cassation, M. Feuilhade-Chauvin, et précepteur de ses enfants, gérant de la librairie parisienne des frères Périsse, de Lyon, collaborateur de divers journaux, tels que la Voix de la Vérité^ de l'Abbé Migne, et l'Ange Gardien^ revue mensuelle de M. d'Exauvillez, où il donna quelques compositions musicales. Il publie alors quelques ouvrages d'histoire et de dévotion dont la liste serait inutile ici. Je signale seulement un « opuscule sur les âmes du purgatoire ». En 1846, il publia son premier essai musical sur le plain-chant parisien — retouché à la fin du xvii* siècle par Châtelain, entièrement refait un peu plus tard par Lebeuf, et tombé dans un état assez misérable qu'il dénonçait énergiquement. En 1847, il publia dans la Revue du Monde Catholique trois articles sur VHymnologie. a II est impossible, écrivaitil douze ans plus tard, de se figurer aujourd'hui l'effet que produisirent ces trois articles dans lesquels T érudition coule à pleins boi'ds » (sic).

Sans insister sur ces détails biographiques (l'auteur lui-même les a donnés avec une fastidieuse et puérile abondance), bornons-nous à exposer l'opinion de Nisard sur l'origine des neumes.

L'histoire de ce qu'il aimait tant à appeler ma découverte et de ce que nous devons appeler aujourd'hui sa banqueroute^ ressemble à une sorte de poème avec prologue, péripéties, intrigue soutenue et dénouement désespéré. Cela commence par un songe, comme la tragédie classique; que dis-je, la tragédie? c'est aux visions des prophètes que nous fait songer Nisard, c'est à l'agneau ouvrant le livre scellé de l'Apocalypse, c'est à Jean transporté sur la haute montagne d'où il voit descendre du ciel l'éblouissante Jérusalem.

§ i . Prologue.

Le 26 février 1848, Nisard adressait au Directeur de la Revue du Monde Catholique la lettre suivante qui parut le 15 avril, dans cette même Revue.

Monsieur le Directeur,

Dans ma dernière Étude sur la Musique religieuse, j*ai ea Thoniieur d'annoncer la découverte que j'ai faite d*un Antiphonaire grégorien,..

Ainsi que je Tal déjà dit, ce codex est d'une époque fort reculée : tout me démontre qu'il a le même âge que T Antiphonaire de Montpellier. En attendant que je vienne donner à vos lecteurs les preuves intrinsèques et paléographiques de cette assertion, permettez, moi de leur faire part d'un événement fort grave dont ce manuscrit a été l'occasion singulière.

Jusqu'à présent, la lecture certaine des notations primitives du plain-chant et de la musique m'avait paru chose impossible, dans Vétat actuel de la science.

J'étais sous l'influence de cette persuasion, lorsque Y Antiphonaire grégorien de la Mazarine me fut confié par mon honorable ami, M. Thiébaud de Berneaud, bibliothécaire de ce riche dépôt national. Je puis le dire en toute vérité : ce beau manuscrit ne me quitta plus un seul instant; et mes yeux cherchèrent sans cesse à y pénétrer les mystères d'une notation qui a été l'effroi de la science depuis trois cents ans.

Un soir, je m'endormis avec le manuscrit dans les mains, après m'étre demandé mille fois si, dans cette étrange notation, il n'y avait pas un fait général qui remplaçât autrefois les portées de la musique actuelle. Il ne me paraissait pas possible que tout y fût livré à l'arbitraire ou à l'incurie des copistes.

C'est dans ces dispositions d'étude que le sommeil me prit.

Tout à coup, je me crois transporté dans une de nos vieilles cathédrales.

On y célébrait l'office divin.

Je me joins aux chantres, et ouvrant avec fierté mon manuscrit, j'unis ma voix à celle du chœur.

A chaque trait mélodique, je faisais entendre des intonations qui excitaient le rire ou la surprise des assistants .

Quel est ce nouveau venu? murmuraient entre eux les chanteurs. Est-ce un fou? est-ce un barbare?

Un de mes compagnons improvisés eut enfin pitié de moi. C'était un vieillard doux et calme, une de ces physionomies d'une sérénité austère comme l'archéologue en voit représentées dans les splendides manuscrits du Moyen âge.

Il me parut être le chef de la troupe.

Me tirant à Fécart, il me dit avec bonté : Mon fils, tu n'as point siUvi, parait-il, les leçons de 710S écoldlres. Écoute donc.

Et il me fit comprendre avec une brièveté remarquable la régularité symétrique et mystérieuse de la notation. A l'en croire, les premiers chrétiens l'avaient adoptée pour cacher aux profanes le chant de nos saints mystères ; mais dans les différents signes qui composent celte notation, il y avait des éléments réguliers, clairs, populaires même...

Et prenant mon manuscrit, il se mit à corroborer, par des aperçus pratiques, les théories dont il venait d'enrichir mon intelligence.

Puis posant la main sur mon épaule, il me dit : Jeune homme^ voilà tout notre secret !

A ces paroles. Monsieur le Directeur, je me réveillai en bondissant de joie...

Je crus d'abord que mon rêve n'avait été que le jeu fantastique d'une imagination en travail, mais mille expériences m'ont depuis confirmé dans l'idée que j'avais enfîn découvert la clef des hiéroglyphes neumatiques.

Il est inutile d'ajouter que ma découverte sera très prochainement soumise à l'Institut, et révélée, dans la Revue du Monde Catholique^ à tous ceux qui s'occupent de la restauration du chant grégorien.

Je ne veux tirer de tout cela d'autre gloire ou d'autre récompense que celle d'être utile

à l'art religieux.

Agréez, etc.

Théodore Nisard.

Selon son habitude, Nisard a reproduit cette lettre dans divers opuscules. Dans son dernier livre, il a fait précéder ce récit des détails suivants : « une fièvre ardente, suite de nos fatigues et de nos travaux, nous retenait au lit lorsque la Révolution de février 1848 éclata. De la rue Princesse où nous demeurions, nous entendions le tocsin qui laissait tomber son glas sinistre du haut des tours de Téglise Saint- Sulpice, annonçant avec accompagnement de fusillade la chute d'un trône et le délire d'un peuple ». — On le voit, ce prologue {œgri sommai) est une vraie scène de mélodrame, avec trémolo à l'orchestre. Dans une de ses Oraisons funèbres, Bossuet demande s'il ne faut pas considérer les troubles de la Fronde comme le travail de la France qui allait enfanter Louis; peut-être la révolution de 1848 a-t-elle été la rançon inévitable d'un grand bienfait pour l'esprit humain : l'avènement scientifique de Théodore...

Dans son autobiographie, écrite seize ans plus tard, l'auteur luimême appréciait ainsi le texte que j'ai rapporté : « Bien qu'écrite dans le style d'Hoffmann, cette lettre était pourtant le signal vrai de l'une des grandes découvertes modernes en archéologie musicale » [sic).

§ 2. Analyse des « Études » de Nisard.

Pour faire suite à la lettre reproduite ci-dessus, lancée comme une bombe le 26 février 1848, Nisard publia, en 1849 et 1850, dans la Revue Archéologique de M. Leleux, cinq Etudes sur les anciennes notations musicales de FEurope^ cinq articles-pétards, très nets, très osés, contenant une déclaration de guerre à Fétis. Ils étaient précédés de

deux épigraphes dont la première ne brille pas par sa modestie : « C'est en y pensant toujours que Newton parvint à saisir les lois immuables qui régissent Tunivers » ; la seconde empruntée à de Coussemaker, était une raillerie à l'adresse des ignorants et contenait peut-être une précaution : « La traduction des neumes en notation moderne offre selon nous des difficultés telles, qu'on aura toujours la plus grande peine à les résoudre d'une manière complètement satisfaisante. »

Voici les premières lignes de V Intfvduclion où Ton reconnaîtra un jouteur qui promet de s'engager à fond :

« Les anciennes notations musicales de l'Europe sont, pour la science, un impénétrable mystère; moins heureuses que les hiéroglyphes, elles n'ont pas encore leur ChampoUion.

c( Pourquoi ne le dirais-je pas ici? Longtemps j'ai cru qu'il était impossible d'arriver actuellement à l'intelligence de ces notations; mais depuis lors, et au moment où je m'y attendais le moins, mes travaux ont abouti au résultat le plus heureux et le plus imprévu : j'ai découvert, du moins je le pense, la clef de ces énigmes qui semblaient, jusqu'ici, défier les efforts des musiciens archéologues.

« J'ai annoncé ailleurs que cette découverte serait exposée complètement dans un Mémoire destiné à l'Institut. Je tiendrai parole, si Dieu m'accorde les loisirs nécessaires pour mener à bonne fin une entreprise aussi grande. En attendant, il est bon que je fasse connaître quelques-unes des difficultés qu'il m'a fallu vaincre; l'art y trouvera peut-être son profit, et j'espère même que mes paroles seront une espèce de garantie de la solidité de mes promesses. »

On le voit, les procédés de Fétis n'ont pas été perdus : frapper d'abord un grand coup pour éveiller l'attention, arranger une belle mise en scène, « s'attacher à la grosse cloche », comme on dit en allemand, puis remettre les choses essentielles à plus tard^ avec le sourire d'un homme très entendu qui se réserve, telle est la tactique de nos archéologues. Il y entre autant de charlatanisme que de naïve illusion et de maladresse. Horace conseillait la modestie au début d'une entreprise; ici, comme entrée de jeu et spectacle de premier plan, nous voyons l'Himalaya pris des grandes douleurs.

Ces Eludes de Nisard, disons-le tout de suite, ont pourtant une valeur considérable, et il faut leur rendre justice, en tenant compte de leur date ; leur mérite a été de formuler contre Fétis des objections déci-

sives et de ruiner le colosse aux pieds d'argile au moment où il occupait dans le monde musical à peu près la même situation que Chapelain lorsque certain Nicolas lui porta les premiers coups. Leur défaut, c'était d'abord d'apporter, comme doctrine, une hypothèse qui pour être plus sensée n'est pas moins insuffisante; c'était ensuite deviser trop haut, de croire qu'une science nouvelle était fondée, parce qu'une première erreur était écartée, et de faire des promesses qui ne devaient pas être tenues. Je vais en donner un résumé aussi impartial que possible.

Le premier, Nisard a dénoncé l'erreur fondamentale de Fétis et en a expliqué l'origine en disant que les signes de la notation neumatique, lorsqu'ils sont reliés l'un à l'autre, forment de véritables figures « qu'il est aisé de confondre avec des caractères alphabétiques » *. A la rigueur, cette observation si simple pourrait tenir lieu de longs développements ; c'est le coup de pointe qui suffit à dégonfler tout un système. Nisard suit cependant son adversaire sur le terrain où il s'est aventuré.

L'écriture musicale n'a pu être introduite par les Barbares du Nord pour deux raisons capitales.

La première, c'est qu'elle est antérieure à l'invasion des Barbares. Lorsque Charlemagne demanda au pape Adrien, vers 780, une copie authentique de VAntiphonaire de saint Grégoire, le pontife fit présent à l'empereur de deux manuscrits, dont l'un est conservé précieusement, de nos jours encore, à l'abbaye de Saint-Gall. Or, ce manuscrit est exclusivement noté en neumes : ce qui prouve que l'antiphonaire original avait la même notation. Or, quand saint Grégoire employa les neumes, il ne dut pas se servir d'une écriture récente, peu répandue, peu pratiquée : «- immortel réformateur s'adressant à tout le monde catholique, il a dû nécessairement employer une écriture connue de tout le monde catholique; et je ne crains pas de l'affirmer ici, cette connaissance si universelle d'un système calligraphique présuppose une certaine antiquité à ce système lui-même, surtout à une époque où les relations étaient lentes et difficiles ». Dès lors, si les neumes étaient connus depuis longtemps quand les Barbares firent invasion dans les Gaules, comment prétendre que ces peuples les y ont apportés?

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