FLEISCHEPi — P. WAGNER
— La concordance des manuscrits sur lignes, répondrons-nous sans difficulté ! II est vraiment surprenant qu'une méthode aussi simple soit Tobjel d'une contestation. Si on ne l'admettait pas, on serait obligé de résoudre un problème beaucoup plus difficile : on aurait à expliquer comment il se fait que, sans entente préalable (comme le prouvent les variantes elles-mêmes), les manuscrits sur lignes présentent des versions mélodiques uniformes. Ajoutons enfin que si, par l'étude comparée des manuscrits, on a pu démontrer l'identité d'une mélodie telle que le Justus depuis les origines jusqu'au xvii' siècle, la démonstration vaut pour toutes les autres pièces du Graduel. Que M. Fleicher veuille bien réfléchir aux conséquences qu'aurait sa thèse ; s'il persistait à soutenir que cette méthode de comparaison « n'est pas scientifique », ce n'est pas seulement la philologie musicale, c'est la philologie presque tout entière que son scepticisme atteindrait.
En attendant qu'il nous dise, dans le prochain livre qu'il annonce, comment il compte déchiffrer les neumes sans employer les moyens habituels, M. Fleischer consacre ce premier volume à « éclairer » la question des origines. On sait p<ir quelles phases est passé le problème. Or, bien qu'il soit parfaitement au courant des derniers travaux,'M. Fleischer nous ramène en 1852; comme de Coussemaker, il assigne aux neumes une double origine : il affirme (p. 95) que les neumes-points viennent des signes de ponctuation; quant aux neumes-accents, il entreprend de nous en donner une théorie complète en esquissant une histoire qui nous paraît à la fois très hypothétique et superflue.
Son point de départ, c'est l'étymologie qu'il donne du mot neume. Il le fait venir de vsûfwe (en latin nulus^en allemand Wink^ Geberde) c'^sik'dire signe de tête^ ou geste; et de cette étymologie, qui n'est rien moins que certaine, mais à laquelle est suspendu tout son livre, il tire, en s'aidant de quelques textes dont la plupart sont bien équivoques, la doctrine suivante : il croit qu'il a existé, d'abord en Orient, ensuite chez les Grecs, un art très complet qu'il appelle la Chironomie^ ou art d'accompagner et de diriger par des gestes la voix des chanteurs (p. 28): ces gestes dessinaient la mélodie dans l'espace et constituaient une sorte de langage muet; à une certaine époque ils ont été fixés par
1. V. le fac-similé photolypique donné dans la Paléographie mmicale des Bénédictins de Solesmes (II, planche 4).