‹ Études de philosophie ancienne et de philosophie moderne [microform]Chapitre 24 sur 105 · V. — Le Monde physique · texte numérisé non relu

V. — Le Monde physique

La matière va servir à former le monde physique. Figurons-nous-la agitée en tous sens, prête à recevoir toutes les formes que le Démiurge, usant de persuasion (ueiÔcG), se dispose à lui imprimer. Le Démiurge intervient, et, dans cette masse informe, il introduit d'abord des triangles. Les propriétés combinées de ces triangles vont servir à rendre compte de la diversité des quatre éléments. Nous sommes ici en présence d'un des traits les plus curieux de la physique platonicienne. Elle renferme toute une partie mécaniste, comme chez Démocrite, puisque c'est aux combinaisons toutes géométriques des triangles que sont attachées les propriétés scientifiques des éléments. Mais n'oublions^ pas - et ceci est de la dernière importance — que les combi- v naisons des triangles ne sont possibles que par leur partici- \ pation à certaines Idées éternelles. Les triangles se combinent donc : les isocèles engendrent une pyramide et c'est le feu,... etc. Cependant, à la différence des systèmes mécanistes, le feu est tout autre chose qu'une apparence pure. Il est des Idées du feu, de l'air, de l'eau, de la terre, auxquelles participent les éléments formés de triangles. Les propriétés de ces éléments existent en elles-mêmes.

Des éléments se forment les corps inorganiques, entre autres les métaux. La manière dont Platon essaie d'expliquer leur naissance est comme l'idée conductrice et inspiratrice de l'alchimie future.

Quand il s'agit de passer aux êtres vivants, les dieux inférieurs interviennent. Ce sont eux qui façonnent les êtres vivants avec un art incomparable, selon l'ordre du Démiurge, et en se conformant, autant qu'il est possible, aux modèles divins. Le corps des hommes est l'œuvre de ce& dieux. Ils façonnent la partie mortelle de l'âme en la joignant à la partie immortelle, résidu de loeuvre du Démiurge. Une fois l'être humain constitué, Platon en explique à sa manière toutes les propriétés et toutes les fonctions. Il distingue, comme nous l'avons déjà dit, les diverses facultés

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de Tâme, analyse minutieusement les fonctions de tous nos sens. Ses théories sur la vision et la perception de la lumière sont, entre autres, des plus originales et ont été souvent discutées. Le plaisir et la douleur reçoivent aussi leur explication. Et Ton peut s'assurer que la future définition aristotélique du plaisir gardera de celle de Platon tout ce qu'elle a d'essentiel en y mettant plus de précision. Platon ne nous dit-il pas, en effet, que toute impression qui se fait en nous contre nature et par violence est douleureuse, tandis que celle qui est forte, mais conforme à la nature, est agréable? Le philosophe s'étend ensuite, et assez longuement, sur les propriétés diverses de nos organes, entre autres, sur les fonctions prophétiques du foie. Puis il décrit les différentes maladies du corps en s'inspirant, selon toute vraisemblance, d'Hippocratc. Et le Timée s'achève une fois tout lunivers non seulement passé en revue, mais encore expliqué. On peut, en effet, dire de ce dialogue qu'il embrasse dans une synthèse, il est vrai confuse, mais complète, toutes les sciences que Ton distinguera plus tard sous les noms d'astronomie, de physique, de chimie, de physiologie, de médecine, etc. Et ce n'est pas sans un légitime orgueil, dont il a d'ailleurs pleine conscience et devant l'expression duquel il ne recule pas, que le philosophe reconnaît la richesse, la nouveauté, l'originalité de ses explications. Platon est en effet le premier qui ait tenté une si audacieuse entreprise et qui ait essayé des choses une explicrtion totale. On peut reconnaître que son audace a reçu sa récompense. Car, en dépit de ce que ses explications offrent aujourd'hui de suranné, ce sont elles qui s'imposeront jusqu'à l'avènement de la pensée moderne. Nous ne pouvions songer à en reproduire le détail puisque la part de vérité qui en subsiste est, aujourd'hui, tout à fait insignifiante, mais nous devions essayer de résumer ce grand et curieux essai de cosmogonie en raison de la grande influence qui lui était réservée dans l'avenir.

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