‹ Études de philosophie ancienne et de philosophie moderne [microform]Chapitre 29 sur 105 · DESCARTES STOÏCIEN · texte numérisé non relu

DESCARTES STOÏCIEN

point; il serait malgré lui et à son insu le continuateur des devanciers qu'il dédaigne; on devrait moins l'appeler le premier des modernes que le dernier des scolastiques

Nous ne nous proposons pas de discuter ici cette question qu II serait, croyons-nous, facile de résoudre à l'honneur de Descartes. Mais à quelque degré qu'il ait subi l'influence d Aristote ou de saint Augustin, il est une autre philosophie dont il nous semble que Descartes s'est inspiré directement dans sa morale et même dans sa métaphysique : nous voulons parler du Stoïcisme. C'est un point d'histoire qui offre peut-être quelque intérêt, d'autant plus que cette influence stoïcienne n'est signalée ni dans l'excellente Histoire de la Philosophie cartésienne de M. Francisque Bouillier ni dans l'étude SI complète que M. Millet * a faite des travaux de Descartes avant 1637.

Que la morale de Descartes ou du moins ce qu'il a bien voulu nous en faire connaître (car il n'aimait pas à se prononcer sur ces sortes de questions; il n'en parlait qu'à contre-cœur et quand il y était forcé ^j, se rattache directement au stoïcisme, c'est ce qu'atteste le Discours de la Méthode. Il pense aux Stoïciens, quoiqu'il ne nomme que les « anciens païens », quand il fait l'éloge de leur morale et surtout quand il lui reproche de n'être « qu'une insensibilité ou un orgueil, ou un désespoir, ou un parricide ^ ». Plus loin, les Stoïciens sont désignés encore plus clairement comme étant ces philosophes a qui ont pu autrefois se soustraire de l'empire de la fortune et, malgré les douleurs et la pauvreté, disputer de la félicité avec leurs dieux* » On retrouve presque leurs expressions dans cette règle de morale ' provisoire qui était « de faire de nécessité vertu..., de tâcher plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs" que 1 ordre du monde, et généralement de m'accoutumer à croire qu'il n'y a rien qui soit entièrement en noire pouvoir que nos pensées ».

(Paris^'Thorin\ TsG?)'; ''' ''''"''"'^' ''' découvertes avant 1637, par J. Mille

2. Lett. XXI, t. III, p. 257, édit. Garnier. ^. Méth., I. 10.

<^ 4. Id., III, 4.

Brocharo. — Études. gf

On peut assurer que cette règle provisoire était devenue définitive, car on la retrouve exprimée à plusieurs reprises avec la plus grande netteté dans les Lettres. Si nous prions Dieu, ce n^est pas « afin que nous tâchions d'impétrer de lui qu^il change quelque chose en Tordre établi de toute éternité par sa providence... C'est seulement afin que nous obtenions ce qu'il a voulu de toute éternité être obtenu par nos prières *. w

Dans les Lettres à la princesse Elisabeth, Descartes discute la théorie de Sénèque sur le souverain Bien ^ Il commente Sénèque. Il le critique sans doute et le corrige : il n'était pas homme à recevoir jamais une opinion toute faite, et même quand il s'inspire des autres, il s'approprie leurs opinions en les transformant. Mais il est d'accord avec le Stoïcien sur le fond des choses, et cette discussion prouve au moins qu'il Favait lu attentivement et le connaissait bien.

Zenon et Sénèque sont les seuls Stoïciens qui soient nommés dans les œuvres de Descartes; mais plusieurs passages autorisent à penser qu'il avait, comme Pascal, lu Épictète. Ne trouve-t-on pas comme une réminiscence de cette lecture dans les endroits où Descartes distingue « les choses qui dépendent de nous, comme la vertu et la sagesse, de celles qui n'en dépendent pas, comme les honneurs, les richesses et la santé =^ ». — « Et même, dit-il encore, à cause que presque toutes les choses du monde sont telles qu'on les peut regarder de quelque côté qui les fait paraître bonnes, et de quelque autre qui fait qu'on y remarque des défauts, je crois que, si l'on doit user de son adresse en quelque chose, c'est principalement à les savoir regarder du biais qui les fait paraître à notre avantage, pourvu que ce soit sans

nous tromper *. »

Ce serait sans doute exagérer que de supposer que Decartes s'est souvenu des Stoïciens quand il s'est servi du terme idées innées, qu'ils avaient déjà employé (eaçoxot Ttpolifijti^y pour désigner, il est vrai, tout autre chose. Mais ce

1. Lett. VI, t. III, p. 204. - Cf. Lelt. XXII, t. III, p. 26G.

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