‹ Études de philosophie ancienne et de philosophie moderne [microform]Chapitre 58 sur 105 · Part. V, Prop. XXXIX, p · texte numérisé non relu

Part. V, Prop. XXXIX, p

plus de réalité \ la perfection est conçue non plus selon la catégorie de la qualité, mais selon la catégorie delà quantité. Par suite il faut sans doute reconnaître que la volonté divine est dirigée par une intelligence; mais c'est par ses effets et par ses actes que cette intelligence même se manifeste.

La conception de la Divinité n'est pas la seule partie du système de Spinoza où se manifeste l'influence de la philosophie de Plotin. On pourrait faire entre les deux doctrines un grand nombre de rapprochements. Il serait trop long et hors de notre sujet de les passer ici en revue. Il en est un cependant qu'il convient d indiquer parce qu'il touche de près à notre sujet, et il est de telle nature qu'il ne semble pas que raccord des deux philosophes puisse être le résultat d'une simple rencontre.

Nous avons rappelé ci-dessus la théorie si curieuse de Spinoza sur l'éternité des âmes : les âmes font partie de l'entendement divin, elles y sont en acte, et il s'agit là, non pas de l'ûme humaine en général, mais des âmes individuelles exprimant l'essence d'un corps déterminé. Or nous trouvons chez Plotin une théorie toute semblable. L'âme humaine procède de l'âme universelle, mais elle est en même temps contenue dans l'intelligence divine. La différence entre les deux modes d'existence, c'est que les âmes en tant qu'existantes sont séparées les unes des autres, tandis que dans l'intelligence divine elle se pénètrent toutes. Là aussi il s'agit bien d'âmes individuelles; c'est, dit Plotin, l'âme de Socrate ou de Pythagore qui fait partie de la pensée divine. Plotin, en effet, malgré sa prétention de suivre en toutes choses Platon, a subi l'influence des Stoïciens; il est norainaliste tout comme Spinoza, et si les âmes sont encore appelées des idées, ce sont du moins des idées particulières et individuelles. En outre, selon Spinoza, non seulement les âmes humaines font à la fois partie par leur essence de l'entendement divin, par leur existence de l'ordre de la nature, mais encore dans la vie présente nous avons le sentiment et la conscience de cette réalité supra-sensible : la vie supérieure est mêlée à notre vie actuelle. A la vérité, la mémoire et l'imagination

i . Part. II, Défiait. VI, p. 77.

LE DIEU DE SPINOZA

étant liées à l'exercice des fonctions corporelles, nous ne pouvons nous souvenir de notre existence passée*; nous sommes cependant en communication avec ce qu'il faut bien appeler, d'un terme platonicien, le monde intelligible. La connaissance du troisième genre présente en effet les plus exactes ressemblances avec la votjc.; platonicienne, à cela près qu'elle aperçoit intuitivement des essences particulières et non pas des idées universelles 2. Ici encore Spinoza est d'accord avec Plotin. Les Ennéades nous montrent les âmes humaines en communication, d'une part, avec le monde sensible, où elles se divisent et se dispersent; d'autre part, avec le monde intelligible, où elles s'unissent et participent de l'absolu. « Nous sommes chacun en quelque sorte le monde intelligible : nous sommes liés par notre partie inférieure au monde sensible, par notre partie supérieure au monde intelligible; nous demeurons là-haut par ce qui constitue notre essence intelligible, nous sommes attachés ici-bas par les puissances qui tiennent le dernier rang dans l'âme. Nous faisons passer ainsi de l'intelligible dans le sensible une émanation ou plutôt un acte qui ne fait rien perdre à l'intelligible » {Ennéades, IV, 4, § III). Enfin la distinction de l'essence et de l'existence, qui tient une si grande place dans YÊlhique, et qu'il est si difficile de comprendre clairement, présente peut-être quelque analogie avec la distinction établie par Plotin entre la seconde et la troisième hypostase. Ce sont les mêmes êtres qui sont ici des pensées, là des âmes; mais les pensées sont immuables et éternelles, tandis que les âmes qui les réalisent hors de l'intelligence sont principes de mouvement et peuvent ainsi entrer en contact avec l'ordre de la nature. Il y a sans doute bien de l'obscurité dans la seconde moitié de la cinquième partie de V Éthique, et on peut regretter que Spinoza ne se soit pas expliqué plus complètement sur cette vie en Dieu, par où s'achève toute sa doctrine. En entrant dans cette partie de l'ouvrage on est un peu déconcerté, et plus d'un lecteur n'a pu se défendre d'un certain étonnement ou même de quelque défiance. Manifestement

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