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il arrive expressément à supprimer la logique déductive. Et il faut bien qu'il en soit ainsi, si l'on admet le point de vue de Tempirisme; dans cette doctrine, en effet, il n'y a que des faits isolés, aucune loi générale, aucun principe universel La pensée, et avec elle la science, se perd dans cet émiettement des choses, dans cette poussière d'éléments que rien ne relie entre eux. Voilà donc le point extrême où conduit la réforme tentée par Stuard Mill au nom de l'empirisme ; c'est non pas la transformation, mais lanéantissement de la logique déductive.
La logique est une science purement formelle. Elle ne sort pas du domaine de la pensée abstraite. Ayant affaire aux seuls concepts qui ne sont assurément pas des données de l'expérience, elle n'a pas de prise directe sur les phénomènes, Elle ne s'occupe, en dernière analyse, que de l'accord de la pensée avec elle-même : et les conclusions auxquelles elle conduit, si légitimement qu'elles soient obtenues, ne sont pas, directement et par elles-mêmes, valables pour la réalité. Si elles sont subjectivement nécessaires, elles n'ont de valeur objective que celle qu'elles empruntent aux prémisses d'où elles sont tirées, et ces prémisses, le logicien n'a pas à s'en préoccuper. Vraies ou fausses, il les traite de la même manière : elles ne sont pour lui que des hypothèses, et c'est par un acte qui ne relève pas de la logique qu'on les déclare vraies.
Par suite, la vérité logique est autre chose que la vérité réelle, en ce sens du moins qu'il ne suffît pas qu'une assertion soit logiquement irréprochable pour être conforme à la réalité. En d'autres termes, la logique (et c'est la condition de la rigueur de ses procédés) ne nous donne accès que dans un monde de possibles : elle ne pénètre pas dans le monde réel.
C'est ainsi que les anciens logiciens ont compris la logique, et c'est encore ainsi, malgré les efforts de Stuart Mill, qu'il faut la comprendre.
Toutefois, si c'est le droit strict de cette science de s'en-
PIIILUSOPUIK MODERNE
LA LOGIQUE DE J. STUAUT MILL
icimor dans rabslraclion cl d'oublier le réel, il faut convenir qu'elle a souvent abusé de ce droit. A force de n'avoir affaire qu'aux concepts, bien des logiciens se sont mis en opposition avec les choses, et les concepls n'allant guère sans les mots, ù force d'être un jeu de concepts, la logique a souvent paru n'être plus qu'un jeu de mots.
Il faut avouer surtout que, si tel est Tunique office qu'elle puisse remplir, elle ne mérite pas une heure de peine. Au fond, que demandons nous à toute science? Qu'elle nous fasî?»! connaître la réalité, les choses telles <|u'elles sont; nos idées n'ont de prix ix nos yeux que par les choses qu'elles rcpréîjcntcnt. On peut penser (si l'on entend par ce mol rélaboratiou abstraite des concepts) pour penser; cela s'est vu, cl peul-étrt» un peu trop souvent. Mais la pensée sérieuse cl utile €>l celle qui mène à la croyance, et la croyance esl cet acte de l'esprit qui sort de lui-même, pose les choses comme réelles et existant hors de lui telles qu'il se les représente. La jMînséc n'est qu'un moyen; la croyance est une lin.
N'est-il donc pas possible, sans retirer ù la Iogit|ue le caractère abstrait que nous venons de lui reconnaître, cl sans lequel elle n'est rien, de la rapprocher davantage de îarcaîilé, de l'interpréter de façon à lui donner le nMo cl la val«m d'une vraie science, c'est-à-dire de la faire servir en «|ue2qae façon à la connaissance du réel?
En fait, la question est résolue depuis longtemps. A chaq^i^ instant nous applicjuons la logi(pnî aux choses de la vie. Nous n'hésitons pas à croire, sur la foi iVun roisonnemcnl juste, (|ue les phénomènes se passeront dans un ordre déterminé. Dans toute science, dans toute méthode, sans exceplcr la méthode expérimentale, on fait une grande place à la logique. Ouelles que soient les railleries dont on a poursuivi certains logiciens, personne n'oserait dire que la logique soit chose inutile. Le logicien lui-même n'oublie pas la réalité autant qu'on le {)ourrait croire. C'est bientôt fait d'affirmer qu'il n'a pas à se préoccuper de la vérité des prémisses qu'il emploie; en fait, il s'en préoccupe. Il n'y a pas d'hommes qui ne soient que logiciens.
Pour expliquer le passage de la pensée abstraite à la pensée concrète, que Thabitudc nous a rendu si familier, on
peut dire fort siini)l(Mn(uit que, les prémisses étant posées comme vraies par un acte de croyance, (|ui échappe à la compétence comme à la juridiction du logicien, les conclusions légitimement tirées sont du même coup posées aussi comme vraies : la croyance se pro[)age et s'étend des prémisses kJa conclusion.
Cette solution pourrait paraître satisfaisante si les concepls
qui figurent dans h^s |)rériiisses étaient de même nature que
les existences |)arti(Milières, les phénomènes concrets sur
lesquels porte ordinairement la conclusion. Mais,. on l'a vu, il
n'en est pas ainsi. 11 reste donc à comprendre comment un