Critique philosophique, 17 juillet, sqq
caractéristique intellectuelle de Thomme, M. William James, admet la distinction de Bain et de Stuart Mill, et réserve le nom d'associations par contiguïté aux cas où un tout rappelle un autre tout, le nom d'associations par similarité aux cas où le rapprochement se fait au moyen d'une seule partie commune à plusieurs touts. Un exemple explique cette distinction : « Les chiens arctiques auraient, dit-on, l'esprit de s'écarter les uns des autres, avec les traîneaux auxquels ils sont attelés, sitôt qu'ils entendent la glace craquer... Les plus intelligents des chiens des Esquimaux agiraient-ils ainsi dans le cas où ils chemineraient par troupes sur la glace pour la première fois? Non, sans doute. Eh bien! une bande d'hommes des tropiques n'y manqueraient pas. Reconnaissant que le craquement présage la rupture, et saisissant immédiatement ce caractère partiel du phénomène, à savoir que le point de rupture est celui du plus grand effort, et que le plus grand effort s'exerce à l'endroit où les poids sont accumulés, un Hindou inférera de suite que la dispersion du train doit faire cesser le craquement, et il criera à ses compagnons de s'écarter. Mais quant aux chiens, nous sommes forcés de supposer qu'ils ont acquis individuellement l'expérience d'une liaison entre le fait d'un rassemblement de traîneaux et le fait du craquement ; entre celui de leur dispersion et la fin du phénomène. Ils s'écartent spontanément, parce que les bruits qu'ils entendent ramènent par contiguïté chez eux les idées des expériences antérieures et, par suite, de l'écartement qui en fait partie, et qu'ils renouvellent aussitôt. »
Assurément, il est légitime de faire une distinction entre les associations relativement simples, qui sont seules à la portée de l'intelligence animale, et les associations plus compliquées que l'on attribue à l'homme. Il ne semble pas pourtant que ces dernières soient d'une autre nature et qu'elles diffèrent des premières autrement que par le degré de compHcation. Si l'Hindou que l'on suppose transporté au pôle « reconnaît que le craquement présage la rupture », n'est-ce pas vraisemblablement parce qu'en d'autres occasions et à propos d'objets autres que la glace, en brisant une branche par exemple, il a constaté la contiguïté dans le temps ou la
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Au surplus, M. James lui-même reconnaît, dans quelquesuns des curieux exemples qu'il cite, que Tanimal, au moins lorsqu'il est excité par un intérêt immédiat, est capable d'associations par similarité. L'homme se distinguerait en ce qu'il accomplit les mêmes opérations sans intérêt et comme pour l'amour de l'art. — A tout prendre, il faudrait convenir que le fait d'associer par similarité n'est pas une différence spécifique. Au vrai, il semble que l'homme peut accomplir en tout temps les associations les plus compliquées, parce que, se sentant capable de les accomplir, il y est sollicité par sa nature ; il utilise sa puissance de dissocier les idées et de les recomposer, comme l'oiseau se sert de ses ailes ou le poisson de ses nageoires. La vraie différence, semble-t-il, réside dans l'aperception de la ressemblance et dans le raisonnement qui en résulte. Rien, en effet, n'autorise à supposer que Tanimal, même au moment où il prévoit un événement semblable à ceux qu'il a déjà connus, se rende compte de la ressemblance : dominé par son idée, il accomplit les actes qui sont liés à cette idée et qu'elle suggère, suivant les lois qui unissent les faits de conscience et les mouvements. L'homme fait d'abord la même chose ; mais, en outre, il se rend compte de ce qu'il fait. Après la spontanéité et l'élan, ou presque en même temps, la réflexion apparaît : il comprend. On voit bien la différence à la diversité des sentiments que l'homme et l'animal manifestent à la suite des mêmes actions. Vraisemblablement, les chiens arctiques dont on nous parle, après l'acte qui les sauve, sont ce qu'ils étaient auparavant : une fois l'événement passé, si vivement qu'il les ait frappés, ils n'y pensent plus : il se perd avec les autres dans le passé, jusqu'à la prochaine occasion. L'homme aime à se rendre compte de ce qu'il a fait : il se complaît à refaire son raisonnement, et par cela même il se rehausse à ses propres yeux ; il éprouve ce contentement de soi-même, cette fierté que tout homme a connue à l'instant où s'éclairait en lui quelque vérité difficile, cette joie de l'intelligence qui se sent ellemême, si manifeste chez les enfants quand ils entrent en possession d'une idée nouvelle.
Nous n'avons envisagé jusqu'ici la loi de similarité que dans les associations d'idées complexes : doit-elle aussi
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disparaître si Ton considère les associations d'idées simples? — Stuart Mill, discutant l'opinion que nous soutenons ici et qui avait déjà été défendue par HamiltonS demande si, au moment où une sensation sucrée éveille par association Tidée d'une sensation analogue antérieure ^ on peut voir dans cette association autre chose qu'un rapport de ressemblance. Il serait facile de multiplier les exemples de ce genre.
Il y a lieu de rechercher pourtant si, en pareil cas, il y a bien une association d'idées. Au moment où, éprouvant une sensation sucrée, j'évoque l'idée d'une sensation analogue et antérieure, cette dernière est-elle une idée nouvelle, distmcte de la première, ou n'est-elle que la première, accompagnée du iugement de reconnaissance, marquée de ce signe spécial qui distingue le souvenir de l'idée actuelle? Si, comme il semble que c'est évident pour qu'il y ait association, il faut au moins deux idées, on pourrait soutenir que dans les exemples cités il n'y a point d'associations d'idées.
Mais, en admettant même qu'il y ait une dualité, l'idée présente ne peut être jugée semblable à l'idée passée qu'a la condition d'en être aussi distinguée par quelque côté. Or en quoi peut consister cette différence, sinon en ce que l'idée, en tant qu'elle est jugée antérieure, est accompagnée d'une conscience aussi confuse qu'on voudra la supposer, mais toujours réelle, de quelques-unes des circonstances qui l'ont accompagnée la première fois? Ici encore, la prétendue association par similarité suppose, comme condition, une suite d'états qui reparaissent dans la conscience en vertu de la seule loi de contiguïté : la ressemblance n'est aperçue que quand l'association est déjà faite.
En résumé, les choses se passent toujours de la manière
1 « In mènerai, Similarity has been lightly assumed, lightly laid down. as one of the ultimate principles of associations. Nothing, howevver, can be clearer than that resembling objects, resembling mental modifications, being, to us, in their resembling points, identical-, they must, on the pnnciple of Répétition, call up each other. This, of course, refers principally to suggestion /or thefirst Urne. Subsequently, Redintegration co-operates with Répétition; for now, the resembling objects bave formed, together. parts 0/ thesame mental whole; and are, moreover, associated both as similar and as contrasted. « {The works of Thomas Reid, now fuUy coUected by S. W Hamilton, p. 913. Edinburgh, Maclachlan and Stewart, 1873, sixth. edit.)